Par
Rédaction La Presse de la Manche
Publié le
21 juin 2026 à 12h14
France Bleu Cotentin a récemment changé de nom pour devenir Ici Cotentin. Une nouvelle évolution pour la radio du service public. En 1986, alors que la bande FM est en plein essor, Cherbourg (Manche) connaît un grand bouleversement avec l’arrivée d’une antenne FIP (France Inter Paris).
Un après-midi d’octobre 1986, sous le soleil de la place de Gaulle, toute la classe politique locale et départementale est présente pour la naissance officielle de FIP Cherbourg : le ministre Olivier Stirn, le maire Jean-Pierre Godefroy, mais également Léon Jozeau-Marigné, Jean-François Legrand, Jean Lerouvreur et Louis Dorinot. Tous sont réunis devant les locaux flambant neufs de FIP, situés dans le théâtre de Cherbourg, en présence du président de Radio France, Jean-Noël Jeanneney.
Lors de l’inauguration, le président du conseil général de la Manche, Léon Jozeau-Marigné, indique :
C’est flatteur de voir placer aujourd’hui Cherbourg et tout le département dans la communication française. Nous avons tous ensemble compris ce qu’il fallait faire pour que, chacun à sa place, la voix de la France puisse se faire entendre.
La « voix de la France », très certainement un clin d’œil à une citation du président Pompidou au sujet de l’ORTF. Pourtant, c’est bel et bien un vent de liberté qui souffle au sein de cette nouvelle antenne locale de FIP.
Lors de son lancement cherbourgeois, la radio du service public se présente ainsi : « FIP est une radio essentiellement musicale, une radio d’accompagnement, de service, ayant pour but de distraire, d’informer mais aussi de faciliter la vie quotidienne des auditeurs. Une journée sur FIP Cherbourg, c’est, de 7 h à 21 h, des journaux d’information, une revue de presse, des flashs, un magazine quotidien ».
Les Fipettes et Philippe
La veille du lancement, la télévision FR3 Normandie réalise un duplex à Cherbourg pour annoncer l’arrivée de FIP.
Ce qui caractérise cette radio locale, c’est la présence des animatrices surnommées « les Fipettes ». Entouré de plusieurs « Fipettes », comme l’animatrice Huguette Legros, un homme est également présent en la personne du journaliste Philippe Le Barillier. Il se souvient de ses années FIP :
Lors des 20 ans de Radio-Cherbourg, j’ai reçu un appel de la direction pour me dire que Radio-Cherbourg allait disparaître afin de tout concentrer sur la radio régionale. Il y a eu des pétitions et une mobilisation pour maintenir la radio et créer un nouveau projet. FIP Cherbourg fut une formidable aventure humaine. FIP n’aurait pas pu fonctionner sans le technicien Philippe Noir, qui était un formidable « Géo Trouvetou ». Il y avait de nombreuses radios locales, c’était l’époque des radios libres, et nous étions en concurrence avec RNC, la radio détenue à l’époque par « La Presse de la Manche ». Avec FIP, nous avons obtenu d’excellents scores d’audience. Nous avons bénéficié d’une grande liberté. Jean-Noël Jeanneney fut un président à l’écoute de nos attentes. Nous étions très fiers de disposer du fil musical de grande qualité de FIP.
L’ancien président de Radio France se souvient
Effectivement, l’histoire de FIP Cherbourg, c’est la rencontre avec une ambition : celle de défendre une radio de proximité et décentralisée. Une politique menée par un homme de culture, le président de Radio France de l’époque, Jean-Noël Jeanneney, qui présida l’institution de septembre 1982 à décembre 1986.
Contacté, l’ancien ministre de François Mitterrand, qui apprécie Bernard Cazeneuve, a bien voulu revenir sur son action à la tête de la Maison de la Radio, qui donna naissance à FIP Cherbourg :
J’avais la conviction que, pour assurer la survie et le développement de Radio France, il fallait que la maison s’enracine dans la profondeur des régions et qu’elle ne soit pas uniquement l’incarnation du jacobinisme français. Je n’étais pas le premier à avoir cette idée. Jacqueline Baudrier avait déjà créé plusieurs antennes locales expérimentales. Michèle Cotta, qui m’a précédé, avait poursuivi ce mouvement. Mais lorsque je suis arrivé, le programme restait encore largement à développer. Pendant ma présidence, nous avons lancé une trentaine de radios locales. Il y avait plusieurs catégories. D’abord les anciennes radios régionales rattachées à FR3, qui étaient souvent peu considérées par la télévision. Ensuite, nous avons créé des radios locales ex nihilo. Enfin, il existait aussi plusieurs FIP décentralisées, dont celle de Cherbourg.
Jean-Noël Jeanneney
Toujours concernant Cherbourg, l’ancien président de Radio France évoque l’importance de la proximité et l’esprit d’ouverture : « À chaque inauguration, je veillais à associer les responsables locaux, qu’ils soient de droite ou de gauche. À Cherbourg, il y avait notamment Olivier Stirn. L’objectif était de montrer que ces radios n’étaient pas au service d’un camp politique mais de l’ensemble des citoyens. Ces stations étaient avant tout des radios de service public destinées à accompagner la vie démocratique, culturelle et sociale locale. Les radios régionales couvraient des territoires très vastes. Elles parlaient surtout des capitales régionales. Nous avons voulu nous rapprocher davantage des habitants et des territoires, au sens historique, culturel et humain du terme. Cherbourg, comme d’autres villes, illustrait cette volonté de ne pas recréer, à l’échelle régionale, une centralisation comparable à celle de Paris ».
Derrière les voix des « Fipettes » et l’élégance du programme musical, cette aventure humaine et radiophonique a marqué durablement le paysage médiatique cherbourgeois.
Nicolas CALLUAUD
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