Applications, chatbots, IA: les robots sont de plus en plus utilisés comme des psychologues. Pour les experts, certains logiciels peuvent être des outils intéressants, mais les IA présentent encore des limites. En Suisse, la première application de psychothérapie numérique sera bientôt remboursée par l’assurance de base.
Pendant plusieurs années, Myriam a souffert de dépression. C’est grâce à une application de psychothérapie que cette Allemande de 63 ans va mieux. « Dans une thérapie, il y a une interaction avec le thérapeute et certains vous poussent parfois et attendent une progression. Avec Deprexis, je pouvais avancer à mon rythme, comme si je suivais un cours », témoigne-t-elle dans l’émission Mise au point.
Une grande partie de ce que fait habituellement un psychothérapeute peut être prise en charge par le logiciel
Mario Weiss, médecin et fondateur de Gaia
L’application Deprexis a été développée par la société allemande Gaia. Pour son fondateur Mario Weiss, l’objectif était de digitaliser des exercices issus de la psychothérapie cognitivo-comportementale face à la forte demande en santé mentale. « Une grande partie de ce que fait habituellement un psychothérapeute peut être prise en charge par le logiciel », explique Mario Weiss. « C’est un réel soulagement pour les psychothérapeutes, qui peuvent se concentrer sur les situations plus complexes, là où il y a des difficultés particulières. »
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Mon psy est une app / Mise au point / 12 min. / hier à 20:10 Un outil complémentaire
Concrètement, cette application simule une conversation thérapeutique et propose des contenus prédéfinis par des experts pour lutter contre la dépression. Le suivi est adapté au patient grâce à un algorithme, et non une IA générative.
En Allemagne, Deprexis est un dispositif médical reconnu depuis 2021. Son efficacité a été validée par une quinzaine d’études, dont certaines menées à l’Université de Berne. En Suisse, elle deviendra la première application de psychothérapie numérique remboursée par l’assurance de base dès le 1er juillet. L’accès au programme sera limité à trois mois pour un peu plus de 170 francs, sur prescription d’un médecin spécialisé.
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En validant cette application, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) espère pallier la pénurie de psychologues et les longues listes d’attente. Mais certaines conditions s’appliquent. « Deprexis peut être utilisée pour faire la transition jusqu’au début d’une psychothérapie ou en complément de celle-ci. Cette position n’est remboursée que pour les troubles dépressifs légers à modérés. Pour les troubles dépressifs sévères, la thérapie en face à face reste essentielle », précise l’OFSP.
L’alliance thérapeutique, principal facteur
La Fédération suisse des psychologues (FSP) voit cet outil comme un bon développement, mais qui ne remplace pas l’humain. « Je peux vous assurer que le facteur principal d’efficacité, c’est l’alliance thérapeutique », explique Loris Rohrbach-Grandjean, coprésident de la FSP. « C’est celui qui, à travers les années dans la recherche, surgit toujours. C’est ce lien que l’on sent à l’autre, construit sur plusieurs bases. On a des buts communs, on se sent compris et validé, on se sent vu, on sent l’empathie et on est accompagné. »
Je peux vous assurer que le facteur principal d’efficacité, c’est l’alliance thérapeutique
Loris Rohrbach-Grandjean, psychothérapeute et coprésident de la FSP
Pour le chercheur, la psychothérapie de demain sera mixte: elle combinera des séances en personne et l’utilisation d’outils digitaux. Mais l’avenir reste flou, notamment avec l’arrivée de l’intelligence artificielle. « Pour moi, le scénario cauchemar serait d’avoir une sorte de distribution d’applications, même à l’avenir avec de l’IA, qui remplaceraient des thérapeutes, avec cette conviction profonde qu’il faut penser aux coûts avant l’humain », indique-t-il.
ChatGPT, la star des IA psy
A ce jour, aucune étude scientifique n’a prouvé l’efficacité de l’intelligence artificielle dans le processus thérapeutique. Mais selon une récente étude publiée dans la Harvard Business Review, l’usage numéro un de l’IA est le soutien émotionnel.
Aujourd’hui, la star des IA psychologues est ChatGPT. Gratuit, disponible 24h/24h et modulable, il séduit de nombreux adeptes, comme Chloé, 28 ans. Cette enseignante spécialisée souffre de crises d’angoisses. Selon elle, ChatGPT a l’avantage d’être toujours bienveillant. « Dans mon passé, j’ai déjà discuté avec des thérapeutes et c’était difficile pour moi », confie-t-elle. « Chez certains, on pouvait entendre dans le son de la voix qu’il y avait un jugement. »
Ce que je trouve utile, c’est que je peux le modeler
Chloé, 28 ans, à propos de ChatGPT
La Vaudoise considère ChatGPT comme un outil qu’elle peut personnaliser. « Ce que je trouve utile, c’est que je peux le modeler », explique-t-elle. « Je peux lui dire: j’ai besoin que tu me dises la vérité sur la situation, mais de manière douce. Mets les formes à ce que tu dis, parce qu’actuellement, je suis vulnérable. » Chloé a conscience des limites de ChatGPT, mais cela reste un premier soutien facile d’accès.
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Il existe énormément des IA psychologues. Risques de renforcement et de dépendance
Les professionnels de la santé reconnaissent désormais le potentiel de cette technologie en santé mentale. A Genève, experts, médecins et patients collaborent pour intégrer l’intelligence artificielle dans les soins au Pôle IA, un centre de recherche financé par les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), en partenariat avec le Wyss Center et le Département de la santé et des mobilités. Selon la spécialiste Laura Tocmacov, il est possible de créer une alliance thérapeutique avec une IA, à condition de garder un esprit critique.
Si une IA va dans votre sens, vous n’êtes pas dans la thérapie, vous êtes plutôt dans les renforcements des challenges que vous avez
Laura Tocmacov, fondatrice et directrice d’Impact IA
L’experte recommande de se tourner vers des IA en open source plutôt que des modèles propriétaires comme ChatGPT. « Contrairement aux autres IA, ChatGPT va aller dans votre sens dans plus de 50% des cas. L’objectif n’est pas du tout d’être à votre service, mais de vous garder dans le processus du fil de cette IA », prévient Laura Tocmacov. « Dans un espace thérapeutique, on voit à quel point c’est dangereux. Si une IA va dans votre sens, vous n’êtes pas dans la thérapie, vous êtes plutôt dans les renforcements des challenges que vous avez. »
Pour le professeur et médecin-chef du Service de psychiatrie des HUG Stefan Kaiser, l’utilisation de l’IA en psychothérapie est encore à un stade précoce. Les risques de renforcement et de dépendance sont réels et il est essentiel d’accompagner les patients dans un usage contrôlé. « J’ai lu une citation assez intéressante qui dit que ChatGPT est le plus grand prestataire de soins de santé mentale au monde. C’est peut-être un peu exagéré, mais c’est un phénomène qui est là aujourd’hui », déclare-t-il. « Je pense que ce qui est important, ce n’est pas d’essayer d’interdire, mais plutôt d’avoir une approche un peu plus éducative. »
Lara Diserens