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Publié le
23 juin 2026 à 12h44
Le mot « virus » suffit souvent à faire naître l’inquiétude. Depuis la pandémie de Covid-19, chaque nouvelle alerte sanitaire ravive les souvenirs des confinements, des masques et de l’incertitude. Pourtant, derrière les gros titres et les craintes parfois disproportionnées, la réalité est souvent plus nuancée. Certains virus inquiètent à juste titre, d’autres suscitent surtout des peurs héritées de la crise sanitaire récente.
Dans son ouvrage Virus, la menace invisible, publié aux éditions Hygée, Yannick Simonin s’attache justement à démêler le vrai du faux. Virologue à l’Université de Montpellier et chercheur à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), il travaille depuis de nombreuses années sur les virus émergents, leur circulation et les risques qu’ils représentent pour les populations. Risque de nouvelles pandémies, conséquences du changement climatique, rôle des moustiques, émergence de virus inconnus, désinformation ou encore prévention : le spécialiste a répondu aux questions de Métropolitain.
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Métropolitain : Certains virus font-ils parfois plus peur qu’ils ne le devraient ?
Yannick Simonin : Avec les virus, il existe toujours une part d’irrationnel. Cette peur s’est renforcée depuis la pandémie de Covid-19. Dès qu’un nouveau virus apparaît dans l’actualité, beaucoup de personnes font immédiatement le lien avec ce que nous avons vécu il y a quelques années. Les souvenirs des confinements, des restrictions et de la crise sanitaire restent très présents. On l’a vu récemment avec l’hantavirus. Pour une partie du public, l’apparition de quelques cas humains a rapidement fait ressurgir le spectre d’une nouvelle pandémie. Pourtant, du côté de la communauté scientifique, le consensus était plutôt rassurant : il fallait rester attentif, mais les éléments disponibles ne justifiaient pas une inquiétude comparable à celle du Covid.
La principale différence est que ce virus était déjà connu. Lorsque le SARS-CoV-2 est apparu, nous faisions face à un virus totalement nouveau. Nous ne connaissions ni sa capacité de transmission ni ses conséquences. Dans le cas de l’hantavirus, nous disposions déjà d’un certain nombre de connaissances : les quelques transmissions entre humains observées se sont produites dans un contexte très particulier, avec des contacts très rapprochés dans un environnement fermé. Finalement, si un événement comparable s’était produit avant la pandémie de Covid-19, il aurait probablement suscité beaucoup moins d’attention.
Vidéos : en ce moment sur ActuCertains ont estimé que les autorités en faisaient parfois trop face à certaines alertes. Comment trouver le bon équilibre ?
C’est une question très difficile parce qu’on ne peut réellement répondre qu’après coup. Lorsque l’on est confronté à une menace sanitaire émergente, les informations sont incomplètes. L’exemple de la grippe H1N1 est assez révélateur : à l’époque, d’importantes commandes de vaccins et de masques avaient été critiquées parce que l’épidémie n’avait finalement pas eu les conséquences redoutées. Quelques années plus tard, pendant la pandémie de Covid-19, on a reproché aux autorités de ne pas disposer de stocks suffisants.
La perception du risque évolue en permanence. Depuis le Covid, les autorités sanitaires ont sans doute adapté leur manière d’agir et préfèrent parfois mettre en place des mesures de précaution au plus vite plutôt que de risquer de manquer de réactivité face à une situation qui pourrait s’aggraver.
Quels sont aujourd’hui les virus qui préoccupent le plus les spécialistes ?
Si l’on parle de la France et plus largement de l’Europe, les virus transmis par les moustiques figurent parmi les risques les plus clairement identifiés. Depuis plusieurs années, nous observons une augmentation du nombre de cas liés à la dengue, au chikungunya ou encore au virus du Nil occidental. L’année dernière, plusieurs records ont été battus dans ce domaine. Cette évolution n’est pas le fruit du hasard. Ces virus sont très sensibles aux conditions climatiques. Les moustiques dépendent directement de la température extérieure : lorsque les périodes chaudes arrivent plus tôt et se prolongent davantage, leur activité augmente.
« Si l’on parle de la France et plus largement de l’Europe, les virus transmis par les moustiques figurent parmi les risques les plus clairement identifiés »
Yannick Simonin
Virologue
Les températures élevées favorisent leur reproduction, prolongent leur durée de vie et accélèrent aussi la multiplication des virus qu’ils transportent. Tous ces facteurs s’additionnent et créent des conditions plus favorables à la transmission. C’est pourquoi nous anticipons une progression de ce phénomène dans les années à venir.
Un virus comme Ebola pourrait-il provoquer une pandémie mondiale ?
Ebola est un virus extrêmement dangereux. Son taux de mortalité peut atteindre des niveaux très élevés. Pourtant, son potentiel pandémique reste relativement limité par rapport à d’autres virus. La raison est assez simple. Les symptômes sont particulièrement sévères. Les personnes malades sont rapidement très affaiblies, voyagent peu et sont généralement prises en charge médicalement.
À l’inverse, le SARS-CoV-2 pouvait être transmis par des personnes qui se sentaient parfaitement bien. Cette transmission silencieuse a largement contribué à sa diffusion mondiale. Le virus le plus redoutable n’est donc pas forcément celui qui provoque les symptômes les plus impressionnants. C’est souvent celui qui circule discrètement avant d’être détecté.
Entend-on davantage parler des virus parce qu’ils sont plus nombreux ou parce qu’on les recherche davantage ?
Les deux phénomènes existent. Depuis la pandémie de Covid-19, les programmes de surveillance et de recherche se sont considérablement développés. Nous cherchons davantage les virus et nous disposons d’outils plus performants pour les identifier. Forcément, lorsque l’on cherche plus, on trouve davantage. Mais cette explication ne suffit pas. Nous observons également une augmentation réelle du nombre d’émergences virales.
Le Mpox, anciennement appelé variole du singe, en est un bon exemple. Ce virus circulait depuis longtemps dans certaines régions du monde et a ensuite quitté sa zone géographique habituelle pour apparaître dans plusieurs pays. Nous assistons donc à la fois à une amélioration de nos capacités de détection et à une modification réelle des dynamiques de transmission.
Le plus grand danger est-il finalement celui que l’on ne connaît pas encore ?
Oui, probablement. Les virus qui inquiètent le plus les scientifiques sont souvent ceux dont nous ignorons encore l’existence. La majorité des virus émergents qui apparaissent chez l’être humain existent déjà dans la nature. Ils circulent au sein d’espèces animales sans nécessairement provoquer de problèmes particuliers. Ces virus peuvent toutefois franchir la barrière entre l’animal et l’homme : on parle alors de zoonoses. Plus les activités humaines empiètent sur les espaces naturels, plus ces rencontres deviennent fréquentes.
L’urbanisation, la déforestation et les modifications des écosystèmes augmentent les interactions avec la faune sauvage. Cela crée davantage d’opportunités pour qu’un virus présent chez un animal finisse par atteindre l’être humain. Nous connaissons déjà de nombreux virus potentiellement préoccupants. Mais il en existe aussi beaucoup que nous n’avons pas encore identifiés. C’est précisément cette incertitude qui représente l’une des principales préoccupations de la recherche actuelle.
« Nous connaissons déjà de nombreux virus potentiellement préoccupants. Mais il en existe aussi beaucoup que nous n’avons pas encore identifiés. C’est précisément cette incertitude qui représente l’une des principales préoccupations de la recherche actuelle »
Yannick Simonin
Virologue La méfiance envers les vaccins constitue-t-elle un problème de santé publique ?
Oui, parce que la vaccination reste l’un des outils les plus efficaces dont nous disposons contre les maladies infectieuses. L’exemple de la variole est particulièrement parlant : cette maladie a provoqué des millions de morts avant d’être éradiquée grâce à la vaccination. Depuis le Covid, nous observons une défiance plus importante envers les vaccins mais parfois aussi envers la recherche scientifique dans son ensemble. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène. La rapidité de développement des vaccins a suscité des interrogations et la circulation de fausses informations a également joué un rôle important.
Aujourd’hui, nous constatons par exemple une recrudescence de la rougeole dans plusieurs pays. Cette situation rappelle que certaines maladies que l’on pensait maîtrisées peuvent réapparaître lorsque la couverture vaccinale diminue.
L’accord mondial sur les pandémies adopté par l’OMS constitue-t-il une avancée importante ?
Oui, parce qu’aucun pays ne peut gérer seul ce type de menace. Les virus ne connaissent pas les frontières et la coopération internationale est indispensable. Aujourd’hui, la stratégie la plus prometteuse consiste à surveiller davantage les virus présents dans les populations animales. L’objectif est d’identifier les menaces potentielles avant qu’elles n’atteignent l’être humain.
Cette approche repose sur le concept de « Une seule santé » : la santé humaine, la santé animale et la santé environnementale sont étroitement liées. Les considérer séparément n’a plus beaucoup de sens. Mieux comprendre les virus qui circulent dans la faune sauvage permettra d’améliorer notre capacité d’anticipation. C’est probablement l’un des grands défis scientifiques et sanitaires des prochaines décennies.
Peut-on s’attendre à de nouvelles pandémies dans les prochaines années ?
Le risque est clairement en augmentation. Plusieurs facteurs contribuent à cette évolution. Le changement climatique joue un rôle important. Les sécheresses, les fortes pluies ou encore les bouleversements des écosystèmes influencent directement la circulation des agents infectieux. Par exemple, lors des périodes de sécheresse, les animaux se regroupent autour de points d’eau plus rares. Cette proximité favorise la transmission de virus entre espèces animales et peut ensuite faciliter le passage vers l’être humain.
À cela s’ajoute la mondialisation. Aujourd’hui, un individu infecté peut parcourir plusieurs milliers de kilomètres en quelques heures. Les échanges internationaux et le transport aérien accélèrent considérablement la diffusion des maladies. Cela ne signifie pas qu’une pandémie apparaîtra tous les deux ans. En revanche, les conditions qui favorisent l’émergence de nouveaux virus sont aujourd’hui plus nombreuses qu’auparavant.
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