Qu’est-ce qui vous a étonné en Belgique ?

« Le surréalisme belge a toujours existé, et pas seulement à travers les artistes, mais aussi dans la vie quotidienne. Pour moi, le truc le plus belge, c’est la lenteur de l’escalator à la gare du Midi ! Celui qui descend vers le parking. On a le temps de faire un petit bilan ou d’examiner la grande fresque, tellement il est lent ! »

Vous êtes revenu avec un album original, à la fois solaire et nocturne, conçu en deux parties.

« C’est un double album, parce que je suis un grand amoureux des vinyles. Quand on écoute un vinyle, il y a toujours ce moment où la face A s’arrête, et il faut se lever pour retourner le disque. Souvent, les artistes profitaient de cette coupure pour proposer une face B différente. J’avais envie de recréer cette sensation, ces deux faces contrastées. »

« Résidents » regroupe des chansons plus intimes, ancrées dans votre vie quotidienne, et « Visiteurs » rassemble des morceaux inspirés de voyages et de rencontres au Brésil, en Argentine, en Italie…

« L’Argentine et l’Italie sont très proches, un peu comme la Belgique. C’est le point commun de beaucoup d’endroits que j’aime. Et la culture italienne est partout. Elle s’est diffusée notamment à travers les vagues migratoires. Chez vous, beaucoup d’Italiens se sont installés à Charleroi, mais aussi à Bruxelles. En France, ils sont venus en nombre à Sète. Et Buenos Aires est la ville au monde où il y a le plus de pizzerias ! »

C’était évident de conjuguer la chanson française avec des influences sud-américaines ?

« Ça a déjà été fait avant moi par Moustaki, Nino Ferrer, et bien d’autres. »

Dans l’album, on sent la mer, la distance, le voyage intérieur… Ce bleu, il vient d’un lieu réel ou d’un état d’âme ?

« J’aime les musiques assez émouvantes, le « bleu à l’âme ». Pourtant, dans la vie, je suis plutôt l’inverse. J’aime rire, le football, la course automobile… Bref, tout ce qui est collectif, le partage. »

La Belgique vous a déjà inspiré ?

« J’ai écrit « Novembre toute l’année » parce qu’il faisait un temps très grisaille et pluvieux. Chez vous, j’ai aussi écrit « Lyon Presqu’île », qui parle de ma ville natale, parce qu’elle me manquait. J’ai passé presque trois ans en Belgique. Avec ses trois langues nationales, elle est aux confins de plusieurs cultures. Sa richesse vient de cette diversité, de la personnalité de ses artistes, de ses dirigeants… »

Sur la liberté d’expression, vous semblez dire que la Belgique fait les choses sérieusement ?

« Oui. Chez vous, ce n’est pas un terme galvaudé. Les gens ont vraiment le droit de s’exprimer. Et lorsqu’ils disent une connerie, ils sont lourdement réprimandés, ce qui prouve que la liberté existe, mais qu’elle s’accompagne de responsabilités. Vous avez aussi un vrai lâcher-prise. Après les Snuls, il y a maintenant une émission très marrante diffusée à la RTBF : « Le Grand Cactus ». On n’a pas ça en France ! Chez nous, tous les Français la regardent sur internet. Normalement, c’est à nous de faire ça, non ? Ce n’est pas normal qu’on n’ait pas un média capable d’avoir le recul et les références nécessaires pour rendre la politique légère et drôle. »

Pourquoi si peu d’émissions françaises osent-elles encore se moquer des politiques ?

« Parce qu’on n’a plus le droit de rire d’eux. C’est terrible. Les deux ou trois fois où j’ai fait une remarque, j’ai été victime de représailles. Par exemple, de Roselyne Bachelot : elle a écrit trois pages sur moi dans un de ses livres. J’ai trouvé la riposte tellement violente ! Les politiques veulent qu’on ait peur d’eux. On traverse une période compliquée, on lutte contre l’arrivée d’un truc très autoritaire. »

Si la Belgique avait un hymne pop signé Benjamin Biolay, ce serait quoi ?

« Un petit air triste au départ, qui repartirait en « Grand Jojo » sur le refrain… Et puis, en parlant de la Belgique, savez-vous quel est mon péché mignon ? Le fromage Maredsous. J’adore ça ! Et un bon américain-frites aussi, évidemment. »