Nurofen rose
Pharmacienne de profession, bourgmestre de Rouvroy et députée depuis un an et demi, Carmen Ramlot s’est intéressée à la question à partir d’un cas concret rencontré dans sa pratique quotidienne. Un jour, elle a reçu des « Neurofèmes », un médicament commercialisé pour soulager les règles douloureuses.
« La composition était strictement identique à la version classique du Nurofen vendue dans un emballage gris et vert », explique-t-elle. Seul changeait le conditionnement rose qui se voulait destiné à un public féminin. Et le prix. Cette version était vendue plus cher. « Nous étions face à un anti-inflammatoire classique qui pouvait être utilisé pour différents types de douleurs. L’emballage rose relevait d’un choix purement marketing. »
Slogan girly
Selon la députée, les exemples les plus préoccupants concernent précisément le domaine de la santé. Dans sa pharmacie, elle conseille d’ailleurs systématiquement à ses clientes d’opter pour la version standard lorsque les produits sont identiques. « Derrière un emballage rose ou un slogan « girly », se cache parfois une stratégie commerciale qui fait payer davantage les femmes sans justification réelle. Le marketing de vente est légitime mais pas quand il crée artificiellement de fausses différences pour justifier des écarts de prix. Il doit respecter la vérité des produits et l’équité entre les genres. »
Si certaines estimations avancent des écarts de prix compris entre 20 et 30 %, aucune étude rigoureuse n’a encore permis de mesurer précisément l’ampleur du phénomène en Belgique. C’est l’objectif principal de sa résolution. La députée demande au gouvernement fédéral de charger l’Observatoire des prix de réaliser une analyse approfondie afin d’identifier les catégories de produits les plus touchées.
Pour Carmen Ramlot, l’enjeu dépasse largement une simple question d’emballage. « Aujourd’hui, certaines femmes paient plus cher simplement parce qu’un produit est marketé pour elles. Ce n’est pas acceptable. Un rasoir rose ne devrait pas coûter plus cher qu’un rasoir noir. Le marketing genré ne peut pas conduire à une discrimination économique du quotidien. »
Pouvoir d’achat
La parlementaire estime que ces pratiques affectent directement le pouvoir d’achat, contreviennent au principe d’égalité entre les femmes et les hommes et contribuent à entretenir des stéréotypes dès le plus jeune âge. Elle cite notamment certains jouets ou accessoires commercialisés différemment selon le genre.
Alors que le MR plonge dans les sondages, Les Engagés parlent de plus en plus de libéralisme
La résolution sera prochainement examinée en commission parlementaire. À terme, une étude officielle pourrait permettre de mettre en lumière les pratiques des fabricants et ouvrir la voie à d’éventuelles mesures législatives. Carmen Ramlot est consciente que le phénomène dépasse les frontières belges et nécessitera sans doute une réponse européenne. Elle espère cependant déjà provoquer une prise de conscience.
« L’égalité ne doit pas s’arrêter aux grands principes. Elle doit aussi exister dans les rayons des magasins. »