Quelques jours auparavant, l’inspecteur avait interpellé un certain Badredine Errahmouni, suspect dans un dossier de vol de voiture. Le gaillard n’aurait pas apprécié « le ton moqueur » selon lui, sur lequel le policier lui aurait parlé.
« Le Real Murcia voulait m’engager pour 50.000 euros par an » : le rêve espagnol de ce gardien belge cachait-il une arnaque ?« Bébé à bord »
À la cour d’appel, Errahmouni, qui nie depuis le départ, ressort sa version selon laquelle il n’aurait que fourni « à quelqu’un » l’adresse privée du policier, « contre rétribution de 500 euros ».
C’est ce qu’il chargeait encore son conseil, la pénaliste Nathalie Gallant, de plaider, en dépit des éléments du dossier. L’auteur se déplaçait à moto, son client disait ne pas avoir de moto mais les enquêteurs en ont trouvé trois.
Comme accélérant, on s’était servi d’un liquide lave-glace : Errahmouni en avait fait acheter un bidon. Les jours précédents, son GSM avait borné dans le quartier du policier et sa DS7 Crossback, reconnaissable à son autocollant « Bébé à bord », avait été vue dans les parages.
Même son passé plaidait contre lui : déjà condamné à 6 ans pour vol avec violence, menaces de mort, détention arbitraire et association de malfaiteurs, Errahmouni a aussi été jugé, à deux reprises, pour des faits d’incendie volontaire. Et une troisième, l’année précédente, pour avoir mis le feu chez les parents d’un garçon qu’il rackettait pour qu’il lui remette 40 000 euros.
Enfin, et comme si cela ne suffisait pas, on avait encore trouvé dans son smartphone la trace de recherches effectuées sur Internet sur les mots « brûlé », « bombe » et « incendie ».
En première instance, le juge Goeman avait considéré qu’avec ses fadaises, Errahmouni « niait les évidences et pire, tentait une manipulation dont le cynisme n’a d’égal que l’irrespect ». La cour d’appel ne dit pas autre chose : pour elle, le Tennoodois est « fantaisiste et dépourvu de crédibilité ».
Né à Saint-Josse le 14 septembre 1985, Errahmouni aura tout loisir de méditer ce qui suit. Pour la cour, « les faits auraient pu générer des conséquences mortelles pour les victimes […] qui ont vu leurs derniers jours arriver ». Et ce policier, Frédéric, qui était ciblé, « ne faisait que son travail et ne méritait pas qu’on se venge sur lui et toute sa famille ».
« Ils m’ont envoyé à Kinshasa… puis m’ont abandonné là-bas »: le récit glaçant d’un Belge expatrié en RDC et qui s’est retrouvé à la rue!« Sévèremais judicieuse »
Pour la cour, il fallait une peine « de nature à protéger la société […] tout en réduisant, autant que faire se peut, le risque d’une nouvelle récidive ». Une peine « de très longue durée », poursuit-elle, « permettant à la société d’avoir l’apaisement de ne plus être confrontée aux actes nuisibles de M. Errahmouni ».
Au départ, en première instance, le parquet réclamait 6 ans ferme. Trop peu pour le tribunal qui au final, avait plus que doublé la peine : 14 ans !
En appel, Errahmouni espérait alléger : la cour maintient 14 ans, condamnation « sévère » dit-elle, mais « judicieuse ». En plus, la cour condamne Badredine Errahmouni à devoir verser 20 000 euros de dommage moral à l’inspecteur Frédéric, 15 000 à sa compagne, 10 000 à chacune des trois enfants et 11 000 encore pour la Skoda du voisin détruite dans l’attentat.
Un Belge balafre le patron d’un bar à huitres et s’en sort bien: « Nous nous sommes rapprochés et embrassés »Ministre de l’Intérieur
Très encadrés par l’avocat spécialisé Bernard Tieleman, le policier et sa famille se sont plaints d’avoir pour ainsi dire été laissés à eux-mêmes. On s’en était pris à eux parce que le papa était policier et la justice constate effectivement qu' »ils ont continué de vivre dans un sentiment permanent d’angoisse et ont dû modifier leur mode de vie, ce qui a généré un climat d’extrême tension et a abouti à la séparation du couple et à l’éclatement du noyau familial ».
Le couple n’a pas tenu, les enfants en ont souffert. « Et nous n’avons reçu aucune aide d’aucune sorte », confie leur maman submergée par un sentiment d’abandon qui devrait interpeller d’urgence ministre et syndicats.