Dans un système de pension par répartition, comme l’est le premier pilier en Allemagne ou en Belgique, si on veut atteindre un équilibre financier, il n’y a pas 36 solutions face au vieillissement de la population. Soit on augmente les cotisations des actifs, soit on diminue les prestations des retraités, soit on reporte l’âge de la retraite. En Allemagne comme en Belgique, on a des taux de prélèvement déjà très importants et l’on risque, à un moment donné, de faire face à une révolte des cotisants. Diminuer les prestations, c’est également très délicat. Reste le recul de l’âge de la retraite, qui devrait permettre d’appréhender une partie du choc démographique sans toucher ni aux cotisations ni aux prestations, en tout cas beaucoup moins.

« Le statu quo n’est pas une option » pour le régime allemand des retraites

Mais l’Allemagne choisit-elle la bonne façon de le faire ?

Il y a des pays comme la Belgique qui légifèrent avec des âges fixes (66 ans aujourd’hui, 67 ans demain). Et d’autres qui lient l’âge de la retraite à l’espérance de vie (en Europe du Nord notamment). Il faut quand même savoir que l’âge légal de retraite en Belgique a été fixé à 65 ans à la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’espérance de vie n’est plus du tout la même. Il y a donc une certaine logique à augmenter un peu la période de travail. Mais nous ne sommes pas égaux face à l’espérance de vie. Une personne de faible condition, qui a un métier lourd, n’a pas la même espérance de vie à 65 ans qu’un prof d’unif. Et reculer l’âge de la retraite de manière uniforme, cela va creuser les inégalités.

Pierre DEvolder.jpgPierre DEvolder.jpg ©Alexis Haulot

C’est pour cela que votre groupe d’experts préconisait de travailler sur la durée de la carrière plutôt que sur l’âge de la retraite.

Oui. Le contrat social, ce n’est peut-être pas seulement de dire, vous avez votre retraite sans pénalité si vous partez à 65, 67 ou 70 ans, mais de dire que pour avoir une retraite complète sans pénalité, il faut par exemple travailler 42 ou 43 ans. À ce moment-là, celui qui commence très jeune, pourra partir plus tôt et ce sera mérité, parce que généralement ces gens-là auront une espérance de vie beaucoup plus réduite que d’autres. Aux États-Unis, pour la première fois, l’espérance de vie de certains groupes sociaux moins favorisés est en train de reculer.

Le projet allemand comprend également la mise en place d’une retraite obligatoire complémentaire par capitalisation, gérée par l’État et financée par les cotisations des salariés et des employeurs. Qu’en pensez-vous ?

J’applaudis. La grande critique que je fais à la réforme Arizona des pensions, c’est de ne pas lier pension par répartition et pension par capitalisation. Le choc démographique, c’est une réalité. Il faut faire des efforts dans le premier pilier (la pension légale par répartition, NdlR). Mais il faut en parallèle créer des conditions pour pouvoir compenser, en tout ou en partie, cette diminution progressive du premier pilier, par de la capitalisation. Que cette capitalisation, cette épargne collective se fasse au sein de la sécurité sociale, comme c’est le cas en partie en Suède, ou qu’elle se fasse par les entreprises et les fonds de pension, comme aux Pays-Bas, on peut en discuter. Mais il faut instituer un second pilier obligatoire. Il faut forcer les gens et les entreprises à le faire. Les entreprises ne seront peut-être pas contentes, mais ce n’est pas grave. Il ne me semble pas raisonnable, en 2026, d’avoir un contrat d’emploi dans lequel il n’y a pas une cotisation de retraite en capitalisation. Or, en Belgique, la réforme Jambon consiste à diminuer le premier pilier, quand même assez fort pour certaines catégories, et de dire que, pour la partie retraite en capitalisation, on verra bien. Alors, si vous interrogez des ministres de l’Arizona, ils vont vous répondre : oui, oui, c’est prévu. Mais la capitalisation, ça met du temps, évidemment, puisque c’est de l’épargne. Donc il faut se dépêcher.

En Allemagne, le dossier des retraites divise la droite au pouvoir

En Allemagne, les employeurs soulignent que ces cotisations obligatoires de pension vont encore augmenter le coût du travail…

Je sais que c’est un surcoût. Mais cela a été fait dans d’autres pays, au Royaume-Uni ou en Irlande, qui ne sont quand même pas vraiment des pays communistes. Au départ, ils ont hurlé.. Mais cela s’est fait finalement sans beaucoup de douleur. Combien coûte l’avantage voiture de société aux entreprises en Belgique ? Il faut peut-être accepter qu’on remplace une partie de ces budgets par des budgets retraite. Je suis content de voir qu’apparemment le gouvernement allemand, lui, tient compte d’une commission d’experts. En Belgique, notre rapport a été classé sans suite…