Sa carrière en mains avec plusieurs jobs

“On constate aussi une hausse significative des travailleurs ayant deux emplois (environ 315.000), motivés par des raisons financières ou le désir d’exercer une activité qui leur plaît et leur offre plus de contrôle. Les flexi-jobs s’inscrivent dans cette tendance. Les gens cherchent à prendre en main leur destin professionnel, à être “pilotes de leur carrière”, et à estomper les frontières traditionnelles entre travail et loisir.”

Les flexi-jobs étendus à de nouveaux secteurs : une bonne idée ?

Plus de 80 % des flexi-jobbers se trouvent en Flandre, reflétant une culture du travail plus flexible, fortement influencée par le modèle anglo-saxon. La Wallonie et Bruxelles sont en retard. “En Flandre, c’est vrai, le système est bien implanté, particulièrement du côté de la côte belge. Mais en Wallonie, cela prend aussi. Par contre, le fait que Bruxelles soit à la traîne malgré l’importance de son horeca et de ses magasins reste un mystère”, diagnostique le porte-parole d’Adecco.

Flexi-jobs, retraites postposées… Les seniors qui continuent à travailler mettent-ils forcément les jeunes au chômage?

La Flandre, plus que Bruxelles et la Wallonie, évolue vers ce modèle de marché du travail plus flexible, inspiré notamment des Pays-Bas et des pays nordiques. Les Pays-Bas ont le taux le plus élevé de temps partiels en Europe, avec un système globalement flexible qui facilite la mobilité professionnelle et la formation continue. “La Suède va le plus loin, avec un système où chaque individu, quel que soit son statut (travailleur, chômeur, indépendant), contribue à la sécurité sociale, créant un “sac à dos” de droits sociaux qui le suit tout au long de sa carrière. Cela contraste avec le système belge cloisonné”, rapporte François Pichault, qui perçoit les flexi-jobs comme une première étape dans la déconstruction du contrat de travail traditionnel belge, remettant en question les compromis sociaux passés.

“La réforme est particulièrement adaptée à l’économie flamande, confrontée à d’importantes pénuries de main-d’œuvre. L’extension aux secteurs de services et de soins vise à répondre à ces besoins”, appuie aussi Vincent Vandenberghe. En revanche, les flexi-jobs ne résolvent en rien — que du contraire ? — les problèmes de chômage structurel et de sous-emploi persistants en Wallonie et à Bruxelles. “Le système est inefficace pour les chômeurs de longue durée, les personnes en maladie de longue durée (près de 600.000 en Belgique) et le million de personnes en âge de travailler mais sans lien avec le marché de l’emploi. D’autres réformes sont nécessaires pour ces groupes. Les flexi-jobs ne suffiront pas à atteindre l’objectif de 80 % de taux d’emploi, car cet objectif implique la réintégration massive des publics inactifs, que les flexi-jobs ne ciblent pas”, développe Vincent Vandenberghe.

Obligé de sortir du chômage ? Pour décrocher un job, vous serez désormais en concurrence avec un étudiant, un senior retraité et un flexi-jobPourquoi étendre la réforme des flexi-jobs à tous les secteurs ?

Le ministre ne se démonte pas pour autant. Pour lui, l’extension à tous les secteurs va précisément permettre un développement plus large du système dans l’ensemble du pays, y compris en Wallonie et à Bruxelles. “Les mêmes opportunités doivent être accessibles partout. Ce sont ensuite les besoins du terrain qui déterminent le rythme et le développement du système dans chaque région. L’essentiel est que chaque personne qui souhaite travailler davantage et chaque entreprise qui a besoin de renfort puisse disposer des mêmes outils, où qu’elle soit en Belgique”, conclut-il. Le ministre a beau parler des “mêmes outils” pour tout le pays, c’est bien cette extension qui, pour François Pichault, marque une première étape dans la déconstruction du contrat de travail traditionnel belge, en rebattant des équilibres sociaux hérités du siècle dernier. Complément de revenu ou mutation du marché du travail ? Sans doute les deux à la fois — mais la bascule, elle, se produira bien le 1er juillet.

Des flexi-jobs aussi pour les indépendants ? Eléonore Simonet soumettra prochainement un projet au gouvernement