Avec Iron Maiden, Papa Roach, Sepultura ou encore The Offspring à l’affiche, le festival le plus fréquenté de France a réuni 280 000 festivaliers en quatre jours.
Avec 54 concerts couverts en quatre jours, le chiffre donne presque le vertige. Le Hellfest 2026, qui s’est tenu du 18 au 21 juin à Clisson, restera avant tout comme celle de la fournaise. Tout au long du week-end, Clisson a suffoqué sous des températures écrasantes, transformant le moindre déplacement en épreuve de résistance. Pour les photographes, il fallait composer avec le poids du matériel, les fosses bondées et les allers-retours incessants entre les scènes. Un marathon à ciel ouvert où chaque concert se méritait. Et pourtant, la musique a encore gagné.
On retiendra la prestation du groupe The Pretty Reckless avec l’assurance qu’on lui connaît. Taylor Momsen captive sans effort, entre sensualité rock et autorité naturelle. Plus tard, Deep Purple rappelle que les légendes n’ont pas besoin d’artifices : une poignée de classiques, une maîtrise insolente et ce supplément d’âme qui distingue les monuments des simples vétérans.
Mais la véritable déflagration de cette première journée porte un nom : Papa Roach. En quelques morceaux, la fosse explose. Les slams se succèdent à un rythme effréné, les corps surfent au-dessus d’une marée humaine en fusion. Impossible de ne pas penser aux grandes heures du nu metal, à cette époque où Korn, System Of A Down ou Limp Bizkit transformaient chaque concert en défouloir collectif.
Jacoby Shaddix, membre du groupe Papa Roach, pousse l’émotion en invitant son fils à le rejoindre sur scène.
Loïc Chaslin
Jacoby Shaddix, immense maître de cérémonie, pousse encore un peu plus loin l’émotion en invitant son fils à le rejoindre sur scène pour un duo aussi inattendu que bouleversant. Un peu plus tard dans la soirée, Alice Cooper reprend les commandes avec son théâtre macabre impeccablement huilé avant que Bring Me The Horizon ne confirme son statut : celui d’un groupe capable de faire le lien entre plusieurs générations de fans avec une facilité déconcertante.
De nouveaux visages
Le vendredi rappelle pourquoi le Hellfest demeure un formidable terrain de découvertes. Les Polynésiens d’Uravena intriguent autant qu’ils séduisent en injectant leur identité culturelle dans un metal à forte personnalité. À l’opposé d’Uravena, la formation Die Spitz cent pour cent féminine déboule avec une fougue réjouissante et une absence totale de complexe, quoi de plus normal pour du Punk Rock. Cette jeune formation texane confirme qu’elle a de l’avenir devant elles. Les Français de Point Mort, eux, confirment qu’ils comptent parmi la scène de post-hardcore français.
Le groupe de métal Point Mort était à l’affiche de la journée du vendredi du Hellfest.
Loïc Chaslin
La scène de la Warzone recouverte de fleurs rappelant la prestation de Faith No More en 2015, permet à Sam la chanteuse de groupe de déployer tout son panel vocal entre chant clair et hurlement destructeur. Une prestation encore plus affinée et maîtrisée que lors dernier passage en 2022. Puis vient l’heure des adieux à une partie de l’histoire du metal. Sepultura joue avec l’urgence et l’intensité de ceux qui savent que chaque date compte désormais un peu plus. Chaque riff résonne différemment. Chaque refrain prend des allures d’héritage.
Enfin, Iron Maiden déroule sa mécanique de précision devant une foule compacte défiant la chaleur. Bruce Dickinson impressionne par son endurance, Steve Harris reste l’infatigable chef d’orchestre, et l’on se surprend encore à mesurer l’impact colossal de ces Britanniques sur plusieurs générations de musiciens.
Trash Talk, A Perfect Circle, Resolve, temps forts du samedi
Le samedi appartient aux incontrôlables. Le groupe américain Trash Talk signe probablement le concert le plus dingue qu’ait connu la Warzone depuis une décennie. Plus qu’un concert, une émeute consentie. Le chaos règne, le public déborde de partout, la scène semble littéralement renversée par une énergie devenue impossible à canaliser.
Le groupe américain Trash Talk signe probablement le concert le plus dingue qu’ait connu la Warzone depuis une décennie.
Loïc Chaslin
Mais l’action n’a pas lieu sur la scène car dès le premier morceau le frontman déserte lieu pour aller dans le public et ne le quitte plus. Même les musiciens quittent la scène pour jouer dans le pit et au milieu du public. Spencer Pollard n’hésite pas à construire une pyramide humaine pour s’y installer et fait tournoyer son micro au-dessus de la tête des festivaliers présent en nombre. Une démonstration de ce que le hardcore peut offrir de plus imprévisible et viscéral.
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Changement radical d’atmosphère avec A Perfect Circle, qui mise sur la retenue et l’efficacité. Pas d’effets inutiles : chaque note trouve sa place, chaque montée en puissance frappe juste. Une parenthèse suspendue avant le retour à la démesure.
Car dès l’entrée en scène de Limp Bizkit, la Mainstage se transforme instantanément en gigantesque cour de récréation. Le personnel de sécurité n’a pas une seconde de répit tant les mouvements de foule se multiplient. Fred Durst joue avec son public comme peu savent encore le faire. Plus de vingt-cinq ans après leurs débuts, les Californiens continuent de fédérer avec une insolente facilitée et le public n’hésite pas à reprendre à pleine voix les grands succès du groupe tels que Break Stuff, My Generation et Rollin’. Certains phénomènes échappent définitivement aux modes.
The Offspring, groupe de clôture
Le dimanche, la fatigue est visible sur tous les visages. Le soleil de début d’après-midi ne laisse aucun répit. Pourtant, Resolve relève brillamment le défi de sa première Mainstage. Face à un public déjà éprouvé, les Français imposent leur intensité et repartent avec une victoire symbolique de plus pour la scène nationale.
L’artiste Resolve relève brillamment le défi de sa première Mainstage.
Loïc Chaslin
On retiendra également la prestation de Bad Omens. L’un des grands moments de cette édition. Noah Sebastian impressionne par la maîtrise de sa voix, capable de passer de la fragilité à la puissance avec une aisance déconcertante. Soutenu par une scénographie particulièrement travaillée, le groupe livre une prestation aussi spectaculaire qu’émotionnelle, confirmant définitivement son changement de dimension.
Enfin, The Offspring hérite de la tâche toujours délicate de refermer le festival. Mission accomplie avec une élégance désarmante. Sans chercher à en faire trop, les Californiens enchaînent les hymnes avec l’énergie et la fraîcheur de leurs débuts. Les sourires remplacent peu à peu la fatigue. Le Hellfest peut tirer sa révérence.