Q Concrètement, à la Clinique Zéro allergie, comment fonctionne la désensibilisation pour les allergies alimentaires?

R «On appelle ça l’immunothérapie orale. Le but, c’est de rendre l’enfant tolérant à un aliment. Ici, on fonctionne avec des sirops, toujours en milligrammes de protéines. On commence par exemple avec 1.25 milligramme de protéines d’arachide. On augmente ensuite les doses tranquillement jusqu’à ce qu’on arrive à une dose de maintien. Mais, même si on augmente la dose d’allergène, on ne le fait jamais assez pour déclencher une réaction allergique», explique la pédiatre générale Claudia Nuncio-Naud.

Q Pourquoi seuls les enfants sont-ils traités à la clinique?

R «Nous n’offrons pas de désensibilisation alimentaire chez les adultes, car de base nous sommes pédiatres et nous ne traitons pas d’adultes. Nous traitons donc les 0-17 ans. Nous avons également peine à fournir à la demande pédiatrique en ce qui concerne la désensibilisation alimentaire. D’ailleurs, les adultes ont un potentiel de guérison moins élevé que nos plus jeunes patients. À ma connaissance, il n’y a qu’au CHUM à Montréal que la désensibilisation alimentaire (immunothérapie orale) est offerte aux adultes par des allergologues formés pour traiter ces patients.»

Q Que se passe-t-il pour les autres types d’allergies?

R «Dans la région, ce sont les cliniques d’oto-rhino-laryngologie (ORL) qui s’occupent des tests d’allergies aérogènes (comme le pollen, la poussière ou les acariens) et qui vont offrir la désensibilisation.»

Q Est-ce que le manque d’allergologue se fait sentir dans la région?

R «C’est certain que ce serait aidant d’avoir un allergologue dans la région pour plusieurs raisons, dont les cas les plus sévères ou encore pour les adultes. Ceci étant dit, nous sommes souvent en contact avec les allergologues soit de Sainte-Justine, de Québec, ou de Sherbrooke et chose certaine, on est capables de faire un bon bout de chemin.»

Q Selon vous, est-ce qu’il y a des risques d’erreurs liés au fait que ce ne sont pas des allergologues, mais des ORL ou des pédiatres, qui offrent les traitements ici dans la région?

R «En ce qui me concerne, j’ai fait des stages supplémentaires en allergie et en désensibilisation alimentaire à l’Hôpital Sainte-Justine pendant ma formation de pédiatrie. Mes collègues avant moi ont accumulé beaucoup d’expérience à travers les années également en se gardant à jour grâce aux formations continues et aux congrès. Nous ne sommes pas allergologues, mais nous sommes très prudents et nous connaissons nos limites. Nos protocoles de désensibilisation sont validés par un allergologue pédiatrique et ils sont prudents ce qui veut dire que les augmentations sont bien calculées et “plus douces” que ce qui peut être vu en centre pédiatrique tertiaire parce que nous ne voulons pas prendre de risques. Lorsqu’un cas devient trop complexe ou ambigu, nous n’hésitons pas à consulter nos collègues allergologues pédiatres et à leur envoyer en consultation. De plus, pour les ORL je ne peux pas me prononcer, mais ce sont les spécialistes de la sphère ORL ce qui inclut le nez et la rhinite, qu’elle soit allergique ou non. C’est assez courant que des ORL offrent ce service dans d’autres régions également», explique Claudia Nuncio-Naud.

R «En tout premier lieu, il n’est pas du rôle de l’association de juger de l’organisation clinique d’offre de services dans la région. Les médecins, soient les ORL et les pédiatres qui donnent le service d’allergie ont acquis une formation et se concentrent habituellement sur les services de premier niveau, puis, si nécessaire, vont référer en immuno-allergie, dans ce cas-ci à Québec, car le service y est offert», indique pour sa part le Dr Rémi Gagnon, président de l’Association des Allergologues et Immunologues du Québec.

Allergies saisonnières

Les dernières semaines l’ont confirmé, les allergies saisonnières touchent une grande partie de la population du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Sans allergologues dans la région, ce sont vers des ORL que les intéressés doivent se tourner pour obtenir un traitement. Le service de communications et aux relations médias du CIUSSS Saguenay–Lac-Saint-Jean, dorénavant appelé Santé Québec Saguenay–Lac-Saint-Jean — Universitaire, a également répondu aux questions du Quotidien pour en savoir plus sur cette offre de services.

Q Comment fonctionne la prise en charge de ces patients?

R «Le processus débute par une évaluation médicale de première ligne (médecin de famille ou IPS). Lorsque requis, une référence est acheminée vers le Centre de répartition des demandes de services (CRDS), qui oriente ensuite le patient vers le spécialiste ORL selon les critères cliniques. La prise en charge comprend le début du parcours de soin, donc tout ce qui se passe entre la consultation, les suivis avec le médecin ou l’ORL le cas échéant et les tests et la période de désensibilisation ou toute autre forme de traitement approprié. Pour les enfants, une trajectoire vers la pédiatrie est également en place, tant pour les allergies alimentaires que respiratoires, afin de réduire la pression sur les ORL.»

Q Combien de personnes obtiennent ce traitement?

R «Entre le 1er avril 2025 et 1er avril 2026, 829 demandes de service ont été complétées pour cette raison de consultation.»

Q Est-ce qu’on peut dire que les besoins dans la région sont comblés?

R «La majorité des besoins en matière d’évaluation ORL pour des allergies respiratoires est couverte dans la région, notamment grâce à l’organisation des trajectoires. Toutefois, chez l’adulte, pour les allergies autres que respiratoires, les références sont traitées en collaboration avec les immunologues de la Capitale-Nationale.»