On pense rarement à la ménopause comme à un facteur de difficultés respiratoires. Et pourtant, pour certaines femmes, souffle court, toux chronique ou crises d’asthme s’invitent après 50 ans. Cette période charnière est aussi propice à l’aggravation d’un asthme déjà présent ou à la réactivation d’un asthme juvénile qui s’était estompé à l’adolescence.
Quels sont les symptômes de l’asthme après 50 ans ?
Toux persistante, essoufflement, oppression thoracique… les symptômes après 50 ans restent identiques à un asthme « classique ». Toutefois, « les manifestations respiratoires peuvent s’aggraver avec des exacerbations plus fréquentes chez les femmes déjà asthmatiques, ou se montrer d’emblée plus sévères dans le cas d’un asthme d’apparition tardive, avec des sifflements marqués à l’expiration, des gênes respiratoires et des quintes de toux plus difficiles à juguler, surtout la nuit », note le Dr Ariane Nemni, cheffe de service d’allergologie Adulte-enfant au CHI Robert Ballanger, à Aulnay-sous-Bois.
Un asthme d’apparition tardive est aussi d’un phénotype différent. « C’est plus rare qu’il soit d’origine allergique ou lié à un terrain atopique avec la présence d’anticorps spécifiques (IgE) sanguins. On retrouve aussi moins de signaux inflammatoires dans le sang », explique le Pr Camille Taillé, pneumologue à l’hôpital Bichat, à Paris. La crise d’asthme est alors liée à une hyperréactivité bronchique. Les bronches deviennent excessivement sensibles et se contractent de façon inappropriée.
Quel est le lien entre les hormones de la ménopause et l’asthme ?
Les fluctuations hormonales (oestrogènes et progestérone) autour de la ménopause sont souvent évoquées pour expliquer ces asthmes. « Les hormones sexuelles possèdent des récepteurs sur les bronches. Elles modulent la ventilation, influencent l’inflammation et la constriction des bronches. Mais les études sur leur réelle implication sont parfois contradictoires. De plus, les traitements hormonaux substitutifs (THS) de la ménopause peuvent, selon les femmes, augmenter le risque de développer un asthme après 50 ans ou en aggraver les symptômes », nuance le Dr Nemni.
D’autres facteurs jouent un rôle majeur, notamment le tabagisme, l’exposition prolongée à des polluants ou des irritants des voies respiratoires et la prise de poids à la ménopause. Le reflux gastro-œsophagien (RGO), fréquent après 50 ans, constitue également un facteur aggravant. « Les remontées acides peuvent irriter les voies respiratoires, entretenir l’inflammation bronchique et déclencher ou majorer des symptômes d’asthme », ajoute la spécialiste.
Des résistances aux corticoïdes chez la femme ménopausée
L’arsenal thérapeutique proposé reste inchangé, avec des corticoïdes inhalés seuls ou associés à des bronchodilatateurs de longue durée d’action, à prendre chaque jour comme traitement de fond, complétés de bronchodilatateurs d’action rapide (Ventoline) en cas de symptômes et de crise.
Mais cet asthme d’apparition tardive est parfois plus difficile à contrôler. « Certaines patientes présentent une résistance partielle ou totale aux corticoïdes, c’est-à-dire que ceux-ci ne sont plus (ou moins) efficaces », observe le Dr Nemni. D’autres options thérapeutiques peuvent être alors proposées : bronchodilatateurs de longue durée d’action, anticholinergiques, et pour les formes les plus sévères, une biothérapie ciblée.
« La sédentarité contribue à la sévérité de la maladie »
« L’éducation thérapeutique reste nécessaire après 50 ans car les patientes vivent souvent mal le fait de devenir asthmatique à cet âge. On les incite notamment à bouger davantage car la sédentarité contribue à la sévérité de la maladie, en déconditionnant les muscles à l’effort, ce qui majore l’essoufflement et aggrave le risque de crises. L’activité physique aide aussi à contrôler son poids, un autre élément important pour limiter les symptômes ».