Une situation à prendre au sérieux.
Depuis début avril, le laboratoire départemental des Vosges, installé à Épinal, s’est transformé en drôle de boîte aux lettres. À l’intérieur, ni cartes postales ni factures, mais des tiques. Ces petits parasites, connus pour transmettre certaines maladies, peuvent être déposés par les particuliers après avoir été retirés sur un humain ou un animal.
« Nous faisons partie des quinze points de collecte vosgiens, explique Élodie Gueribout, technicienne au laboratoire spinalien. Nous centralisons les tiques récupérées avant qu’elles ne soient envoyées dans le cadre d’analyses. » Le principe est simple : retirer la tique avec un crochet adapté, sans l’écraser, la placer dans un papier absorbant puis l’apporter dans un point de collecte. Sur place, un kit contenant de l’alcool peut être remis.
Car si la maladie de Lyme reste la plus connue, elle est loin d’être la seule. Certaines tiques peuvent aussi transmettre l’encéphalite à tiques, une maladie virale qui touche le système nerveux.
Chez les animaux d’élevage, d’autres infections peuvent provoquer des pertes importantes. Chez les bovins notamment, certaines maladies transmises par les tiques peuvent entraîner des épisodes de fièvre, une baisse de production et des avortements.
Plusieurs élevages ont été suivis après des signalements d’éleveurs observant des montées de température inhabituelles chez leurs animaux. « Après plusieurs mois de travail, nous estimons qu’il y a en moyenne 980 tiques par hectare dans les pâtures vosgiennes , explique Amarin Maxant-Puccio, chargé de mission en santé animale. Dans certains secteurs, nous avons même relevé jusqu’à 2 000 individus par hectare. »
Autre élément peu connu : seules les femelles mordent durablement pour prélever du sang et assurer leur reproduction. Pour les spécialistes, le changement climatique joue aussi un rôle. « Les tiques trouvent désormais des conditions favorables entre février et novembre », précise le chargé de mission. Sur vingt ans, leur population aurait augmenté d’environ 30 % dans les Vosges.
Aujourd’hui, « la population agricole serait 30 à 40 fois plus exposée que le reste de la population ».
La preuve : dans l’étude, 100 % des éleveurs interrogés ont assuré avoir été piqués au moins une fois. Dans les Vosges, 93 % des tiques recensées appartiennent à l’espèce Ixodes ricinus , considérée comme l’une des principales vectrices de maladies.
En attendant d’éventuelles avancées scientifiques, la vigilance reste le meilleur réflexe : éviter les hautes herbes, porter des vêtements couvrants et retirer rapidement toute tique accrochée à la peau. Car plus elle reste fixée longtemps, plus le risque de transmission augmente.