Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, et encore aujourd’hui, plusieurs spécialistes et instituts ont régulièrement annoncé que le modèle économique du Kremlin approchait de ses limites. Ces experts ont souligné que la croissance ralentit, que les recettes énergétiques sont sous pression et que les dépenses militaires absorbent une part croissante des ressources du pays.
Sauf que les données disponibles ne montrent pas l’entrée de la Russie dans une crise majeure, au contraire comme l’expose The Economist, lundi 22 juin. Si les chiffres officiels montrent bien un léger recul de l’activité de 0,2 % au premier trimestre 2026, cette baisse doit être interprétée avec prudence, assure le magazine économique américain.
Une situation contrastée, mais pas d’alerte rouge
La hausse de la TVA décidée en début d’année a poussé de nombreux Russes à anticiper une partie de leurs achats fin 2025, ce qui a artificiellement gonflé l’activité avant de provoquer un ralentissement temporaire. D’autres facteurs, comme un nombre réduit de jours travaillés et des conditions météorologiques particulièrement mauvaises, ont également pesé sur les statistiques. Tout cela pris en compte, les indicateurs alternatifs publiés par certaines banques suggèrent une « croissance faible », plutôt qu’une véritable récession.
Sur le terrain, la confiance des consommateurs recule légèrement et les exportations d’hydrocarbures subissent la pression des attaques ukrainiennes contre les infrastructures énergétiques. Quant au chômage, il demeure proche de son plus bas taux historique. Dans certains secteurs, l’activité, par contre, progresse. Les salaires réels poursuivent leur hausse et l’inflation est retombée à environ la moitié de son récent pic à 10 %. En outre, la réorientation des échanges vers l’Asie, engagée après les sanctions occidentales, continue d’amortir une partie du choc économique.
Des mesures de relance budgétaire prises par l’État
L’an dernier, les dépenses militaires ont représenté l’équivalent de 7 à 8 % du produit intérieur brut. Cela suffit à soutenir l’activité industrielle et la demande intérieure, sans pour autant provoquer un effondrement du reste de l’économie. « L’économie civile fait du surplace plutôt qu’elle ne se contracte », indique un observateur à The Economist.
Pour financer la poursuite du conflit, Moscou conserve encore plusieurs leviers. Le gouvernement peut augmenter les impôts, puiser dans ses réserves financières ou emprunter sur le marché intérieur. Dans un scénario plus extrême, il pourrait même mobiliser les dépôts détenus par les entreprises et les particuliers. Pour l’heure, les perspectives restent modestes, mais stables. « Il faudrait quelque chose de beaucoup plus radical » pour enrayer véritablement la mécanique du Kremlin.