Le petit appartement se trouve dans l’un des plus célèbres immeubles des années 1950 de Rostov-sur-le-Don, dans le sud de la Russie. Situé sur l’avenue principale de la ville, il est classé au patrimoine culturel. Hauts plafonds, murs épais et excellente isolation acoustique, ce trois pièces de seulement 67 m² possède de beaux volumes, mais les pièces restent relativement petites et les fenêtres de dimensions modestes. De même, toute transformation structurelle est impossible en raison du statut patrimonial du bâtiment. Il faudra donc faire avec l’existant pour Svetlana Andreeva-Shchepeteva, chargée de sa rénovation. « Je souhaitais créer un intérieur à la théâtralité assumée, pouvant être loué comme décor pour des prises de vue ou pour des séjours de courte durée, confie l’architecte d’intérieur. Par son caractère, son jeu de contrastes stylistiques et son recours au mobilier vintage, il reflète pleinement mon univers. » Il se distingue cependant de ses réalisations précédentes par la base blanche, certes ponctuée d’accents rouges, volontairement privilégiée, loin des intérieurs colorés qu’elle a l’habitude de réaliser.

Le travail sur les plafonds est un élément fort de cette rénovation de Svetlana Andreeva-Shchepeteva. Entièrement revus par une artiste locale, leur dominante grise donne une des couleurs clés du projet, avec le blanc et le rouge. Pouf réalisé sur mesure. Commode chinoise, chaises Cesca de Marcel Breuer, lustre français en bronze et tapis sibérien en laine chinés.Photo Sergey Ananyev / Style Yulia Chebotar
Le miroir crée des perspectives
Face à l’impossibilité de modifier le plan et la distribution existants, Svetlana Andreeva-Shchepeteva construit son intervention autour de l’ouverture visuelle de l’espace et un travail sur la géométrie, la lumière et les jeux de perspectives. Afin de contrer la petite taille des pièces, les surfaces réfléchissantes en miroir sont placées à des positions stratégiques. Murs, embrasures, crédence de cuisine et façades des meubles hauts en constituent l’outil principal. Dans le séjour, un mur miroir traversé par une porte rouge est conçu comme un grand rectangle aux angles adoucis. Le mur opposé reprend le même langage formel, ainsi les éléments dialoguent entre eux et multiplient les reflets à l’infini, modifiant la perception des lieux. Ce motif se prolonge dans le vestibule, où la forme de l’arche d’entrée est répétée, renforçant la sensation de continuité, de lumière et d’espace. Ainsi, malgré sa surface modeste, ce petit appartement paraît beaucoup plus vaste.