L’efficacité de la désensibilisation ou immunothérapie allergénique sublinguale était déjà connue grâce aux essais cliniques réalisés lors des phases de développement, chez l’adulte comme chez l’enfant. En revanche, les données de « vraie vie » manquaient. Ces nouveaux résultats, issus de l’étude ERAPP, soutenue par la Société française d’allergologie (SFA), ne font que renforcer le bénéfice important de ce médicament sur les symptômes et la qualité de vie de plus de 9 000 personnes traitées pour une allergie respiratoire.

Habituer l’organisme à tolérer l’allergène

Les allergies respiratoires – comme la rhinite, la rhino-conjonctivite ou l’asthme – peuvent perturber la vie de tous les jours. Des traitements existent pour atténuer les symptômes, mais seule l’immunothérapie allergénique, en rééduquant le système immunitaire, agit sur le fond de la maladie, en limitant son évolution, notamment le risque de développer un asthme allergique, et en réduisant le risque d’aggravation des manifestations allergiques.

En France, ce traitement repose sur des préparations d’allergènes adaptées à chaque patient (APSI), sur prescription médicale. Le principe consiste à administrer des doses croissantes d’allergènes sur environ trois ans, afin d’habituer le système immunitaire et diminuer la réaction allergique, rappellent le Dr Davide Caimmi et le Pr Pascal Demoly (Institut Desbrest d’épidémiologie et de santé publique de Montpellier) dans la revue scientifique Allergy, où vient de paraître leur étude ERAPP. Pour compléter les données d’efficacité issues des essais cliniques, les chercheurs ont utilisé des indicateurs centrés sur l’expérience des patients (PROMs). Au total, 4 794 enfants, adolescents et adultes débutant un traitement par APSI ont été suivis.

8 patients sur 10 voient leur état s’améliorer dès la première année de traitement

Après un an de traitement, 84 % des participants se sont dits satisfaits de l’effet global du traitement, notamment une amélioration des symptômes de la rhinite, du contrôle de l’asthme ou de la qualité du sommeil. Le bénéfice observé était rapide : dès le sixième mois, plus de 78 % des patients ressentaient une amélioration et 40 % déclaraient ne plus avoir de symptômes. « La satisfaction vis-à-vis du traitement a plus que doublé au cours de l’année », ajoute Davide Caimmi. Par ailleurs, ceux qui souffraient des formes d’allergie les plus sévères étaient ceux qui répondaient le mieux au traitement.

Le gros bémol, sans surprise, reste l’observance, qui a eu tendance à diminuer au cours du suivi. Or la désensibilisation par prise quotidienne doit durer trois ans ou trois saisons polliniques (en fonction du type d’ASPI) pour être pleinement réussie et avoir un effet qui persistera après son arrêt.

La preuve qui manquait pour revoir à la hausse son taux de remboursement

Pour les chercheurs, toutes les preuves sont désormais publiées en faveur de l’efficacité de l’immunothérapie sublinguale en gouttes. L’Inserm s’en saisit et demande la révision du remboursement des ASPI par l’Assurance maladie, qui a été réduit à seulement 15 %, dans l’attente de preuves complémentaires d’efficacité. Pourquoi être passé de 65 % de remboursement en 2018 à seulement 15 % aujourd’hui ? Parce qu’en parallèle, des immunothérapies sublinguales sous forme de comprimés ont été commercialisées (remboursées à 30 %). Le problème : ces dernières ne couvrent qu’un nombre limité d’allergènes (acariens, pollens de graminées et de bouleau). Pour les autres types d’allergies (pollens, moisissures, poils d’animaux, etc. mais également les acariens…), les ASPI restent nécessaires, mais avec un taux de remboursement faible que décriaient les allergologues.

Dans l’attente de la réévaluation de la HAS, les spécialistes et la SFA rappellent que la désensibilisation est le seul traitement validé qui change le cours de la maladie allergique, que le nombre de personnes allergiques continue d’augmenter, que l’asthme allergique peut être une maladie sévère, et qu’un taux de remboursement aussi faible prive certains patients d’un traitement adapté.

A noter : pour les allergies aux hyménoptères (abeilles, guêpes, frelons), l’immunothérapie allergénique repose sur des APSI injectables, et non sur des formes sublinguales.

Source : Caimmi et coll. Patient-Perceived Benefits of Named-Patient Product Sublingual Immunotherapy in Allergic Rhinitis and Asthma : Primary Results From the ERAPP Real-World Cohort Study. Allergy, 8 mars 2026 ; « Allergies : les patients confirment le bénéfice de la désensibilisation sublinguale » (communiqué INSERM du 15/06/26).