Cette rumeur, relayée par des influenceuses dont Maeva Ghennam, affole les réseaux depuis le mois de mai. Un gynécologue-obstétricien démêle le vrai du faux.

Tout est parti d’une vidéo TikTok, le 27 mai dernier ,de Maeva Ghennam, ancienne candidate de télé-réalité enceinte de plusieurs mois, qui refait surface en masse ces dernières semaines. La déclaration, reprise depuis par d’autres internautes, est surprenante : «C’est ma gynéco qui me l’a dit, les Doliprane, si vous avez un garçon, il y a eu des études comme quoi ça féminise». De quoi semer le doute chez des milliers de futures mères qui, jusque-là prenaient sans y penser un comprimé enrichi en paracétamol, le principal actif du Doliprane. Or, ce discours manque clairement de rigueur scientifique. C’est ce que signale d’emblée le Dr Olivier Marpeau, gynécologue obstétricien à Aix-en-Provence, alias Mon Gyneco  sur Instagram et auteur du livre Mille questions à mon gynéco (Éd. Jouvence) : «Dans ce genre d’information pseudo-médicale, il y a toujours un mélange de faux et de vrai. Et c’est ce même mélange qui fait que cela peut devenir crédible». Explications.

Ce que dit vraiment la science

Cette rumeur se base, entre autres, sur une véritable étude scientifique, parue le 1er août 2017 dans la revue Reproduction. Des chercheurs danois de l’Université de Copenhague y ont montré que le paracétamol peut faire baisser la testostérone chez les fœtus masculins. Toutefois, un détail est important. L’expérience a été menée sur des souris, exposées quotidiennement au paracétamol, et non sur des femmes enceintes prenant un comprimé de façon ponctuelle pour faire tomber une fièvre.


Passer la publicité

Comme le rappelle le gynécologue obstétricien Olivier Marpeau, il faut en effet distinguer deux types de recherche : les tests sur des rats ou des tissus humains en laboratoire, d’un côté, et le suivi clinique de milliers de patientes pendant des années, de l’autre. «Ça n’a rien à voir. L’expérimentation clinique, c’est l’expérience qu’on va accumuler sur des cohortes très importantes de patients, sur des années», précise-t-il. Et sur ces cohortes suivies dans la durée, aucun effet de «féminisation» n’a été observé.

Un renoncement au traitement plus risqué

Outre les raccourcis faciles, le terme employé en lui-même par Maeva Ghennam pose aussi problème. «Féminiser» évoque un changement de sexe ou une virilité amoindrie, là où la recherche décrit au mieux un effet hormonal léger et incertain. Le gynécologue obstétricien déplore ce glissement. «De là à tirer comme conclusion directement que cela va féminiser le fœtus dans le ventre de la mère, ou pire, encore plus délirant, que cela va impacter ses préférences sexuelles, on bascule totalement dans l’interprétation infondée», tranche-t-il.

Face à cette vague de défiance, le professionnel de santé maintient la position claire et unanime de la plupart des sociétés savantes : «Le paracétamol reste l’antalgique  et l’antipyrétique (qui fait baisser la fièvre) de première intention chez les femmes enceintes. Pendant toute la grossesse, c’est le plus sûr et le plus efficace».

Pour le spécialiste, ces messages sur les réseaux sociaux à propos du Doliprane ne sont pas anodins. «Ces propos sont dangereux. Il y a bien plus de risques à laisser une femme enceinte à 40°C de fièvre pendant 48 heures que de lui prescrire du paracétamol pendant 48 heures. Avec une fièvre qui dure trop longtemps, les risques sont de provoquer un arrêt de grossesse ou un accouchement prématuré». À l’inverse, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l’ibuprofène, souvent substitués au Doliprane par des femmes qui veulent l’éviter, présentent eux une toxicité rénale et cardio-pulmonaire sur le fœtus prouvée, notamment à partir de la 20e semaine d’aménorrhée, pouvant entraîner un risque de mortinatalité et de prématurité, rapporte l’Inserm.

Pas question pour autant d’avaler des comprimés de paracétamol à tout va. «Si on peut limiter au maximum l’apport de médicaments, quels qu’ils soient, c’est plutôt une bonne idée. On appelle cela le principe de précaution», informe le Dr Olivier Marpeau. En clair, pas plus de 3 à 4 prises par jour, et une consultation médicale s’impose si les symptômes persistent au-delà de 48 heures.