On se souvient de cette Fraternité qualifiée d’intégriste et de lefébvriste (du nom de son fondateur Marcel Lefebvre) : elle rejette le concile Vatican II, accusant l’Église d’avoir embrassé le modernisme et trahi son credo. Au nom de la Tradition qu’elle prétend être la seule à détenir, elle rejette donc l’autorité du Pape et se gonfle de crosses, de mitres et d’habits liturgiques pour prendre les atours de l’éternité. Au nom de la fidélité, elle déchire l’Église qu’elle affirme aimer – on porte les incohérences qu’on mérite.
Bien sûr, il s’agit de cuisine interne, mais il est intéressant d’y plonger. On découvre une petite minorité dont il ne faut pas exagérer la portée – la Fraternité rassemble 600 000 fidèles contre 1,4 milliard de catholiques. Mais cette minorité est active, grandit et capitalise sur la soif de transcendance propre au XXIe siècle. Rome observe donc cela avec attention et sait que la petite chapelle lefébvriste, bien que tiraillée par ses propres conflits, ne s’est pas encore fissurée.
En face, la posture de Léon XIV est notable. Ces dernières décennies, le Vatican n’a cessé de tendre la main aux intégristes au prix, parfois, de certaines ambiguïtés. Ce jeudi, sans tarder, le Vatican a acté le schisme posé en Suisse. Le Pape sait que derrière ce geste, c’est le rejet du concile, de son souci de la collégialité et de la liberté de conscience qui se joue. Les sacres qu’il n’a pu empêcher ressemblent de prime abord à un échec. Mais que pouvait-il face à une fuite en avant ? Au contraire, la cohérence et la sobriété de sa réponse, devenues marque de fabrique, font l’autorité de son jeune pontificat. Et cela, que ce soit face à Trump ou quatre évêques autoproclamés.