Tabou du quotidien, la fréquence des selles devient un indicateur clé de santé à la lumière d’une vaste étude publiée en 2024. Ses résultats bousculent nos repères et interrogent reins, foie et microbiote.

Se demander à quelle fréquence il faut aller à la selle est presque un tabou de salle de bain. Pourtant, la réponse à cette question très intime en dit long sur votre état général. La science parle de fréquence des selles, et les médecins admettent une large variabilité entre les individus. Une étude publiée en 2024 montre même qu’il existe une zone « idéale » autour de 1 à 2 selles par jour, liée à un meilleur profil de santé global.

Dans les repères médicaux classiques, un transit est considéré comme normal entre 3 selles par jour et 3 par semaine. Ne pas y aller tous les jours ne signifie donc pas automatiquement constipation. Mais l’étude récente menée sur plus de 1 400 adultes suggère que s’éloigner durablement de cette zone pourrait s’accompagner de déséquilibres touchant les reins, le foie et le microbiote. Autrement dit, votre “rythme” intestinal pourrait être le reflet discret de ce qui se passe dans tout votre corps.

Fréquence des selles : une normalité plus large qu’on l’imagine

Entre 3 selles par jour et 3 par semaine, la médecine considère qu’il existe une large zone de normalité. La vraie question devient donc : ressentez-vous une gêne ? La constipation ne se limite pas à “ne pas y aller tous les jours”, elle associe souvent selles dures, efforts importants, sensation d’évacuation incomplète ou ballonnements. À l’inverse, quelqu’un qui va à la selle 4 fois par semaine, sans douleur ni inconfort, peut très bien avoir un transit parfaitement normal pour lui.

Une étude de 2024 place la zone idéale entre 1 et 2 selles par jour

En juillet 2024, une étude publiée dans la revue Cell Reports Medicine a suivi 1 425 adultes « généralement en bonne santé », sans antécédent de maladie rénale ni de pathologie intestinale chronique. L’équipe de l’Institute for Systems Biology, à Seattle, a croisé leur fréquence des selles avec des analyses de sang, de microbiote et des données de mode de vie. « Cette étude montre comment la fréquence des selles peut influencer l’ensemble des systèmes de l’organisme, et comment une fréquence anormale des selles peut constituer un facteur de risque important dans le développement de maladies chroniques », explique le microbiologiste Sean Gibbons.

Les chercheurs ont défini quatre profils de transit : constipation (1 à 2 selles par semaine), bas-normal (3 à 6 par semaine), haut-normal (1 à 3 par jour) et diarrhée (au moins 4 selles liquides par jour). Les participants dans la zone haut-normale, en particulier autour de 1 à 2 selles quotidiennes, mangeaient plus de fibres, buvaient davantage et faisaient plus d’exercice. Leur microbiote était riche en bactéries qui fermentent les fibres, produisant des acides gras à chaîne courte bénéfiques. À l’inverse, les personnes très constipées présentaient plus de microbes fermentant les protéines et un métabolite toxique, l’indoxyl sulfate, connu pour agresser les reins. « Si les selles restent trop longtemps dans l’intestin, les microbes consomment toutes les fibres alimentaires disponibles, qu’ils fermentent en acides gras à chaîne courte bénéfiques. Ensuite, l’écosystème bascule vers la fermentation des protéines, qui produit plusieurs toxines pouvant passer dans la circulation sanguine », décrit le bioingénieur Johannes Johnson-Martinez. Du côté des selles très fréquentes, les analyses sanguines montraient davantage de marqueurs de souffrance hépatique.

Quand la fréquence des selles doit alerter sur reins, foie… et justifier une consultation

Un épisode isolé de diarrhée après une gastro ou quelques jours de constipation après un voyage ne disent pas grand-chose sur votre santé générale ; l’étude s’intéressait au rythme habituel. La fréquence ne suffit pas, mais si vous vous situez durablement aux extrêmes et que des symptômes s’ajoutent, un avis médical devient prudent. Certains signaux doivent faire consulter sans attendre :

moins de 3 selles par semaine ou plus de 3 par jour pendant plusieurs semaines ;

douleurs abdominales importantes ou persistantes ;

sang dans les selles, ou selles très noires ;

amaigrissement, grande fatigue, fièvre inexpliquée ;

alternance récente constipation / diarrhée ;

antécédents de maladie rénale ou hépatique avec modification du transit.

Pour se rapprocher de la zone jugée la plus favorable, l’étude retrouve des leviers simples : augmenter progressivement les fibres (fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes), boire régulièrement, bouger chaque jour et répondre au besoin d’aller à la selle au lieu de se retenir. Il ne s’agit pas de viser un chiffre parfait, mais d’identifier votre rythme personnel sur deux ou trois semaines. Si ce rythme change nettement et durablement, ou s’accompagne de symptômes, en parler à un professionnel de santé permet de vérifier ce que votre intestin essaie de dire sur le reste de votre organisme.