Cet été, vous partagez l’antenne du Beau Vélo de RAVeL avec Adrien Devyver avant de vous effacer. Qu’éprouvez-vous au moment d’amorcer ce virage ?
Une profonde fierté. À une époque caractérisée par des formats jetables que l’on consomme et que l’on détruit, voir une émission fêter sa 28e saison est un bonheur rare. Je refuse l’idée d’une rupture brutale qui viendrait tout effacer d’un coup. Nous avons construit un passage de flambeau progressif, étalé sur plusieurs saisons. Je reste présent dans les coulisses de l’équipe, je m’efface sur la pointe des pieds, avec le sentiment du devoir accompli. Cette idée trottait dans nos têtes depuis quelques années déjà ; le temps fait son œuvre et le fruit est désormais mûr. La direction m’a consulté et écouté pour le choix de mon successeur, ce qui est une marque de respect précieuse aujourd’hui.
Est-ce difficile de « lâcher » son enfant de télévision ?
C’est un exercice de détachement indispensable. En tant que père et oncle, je fais souvent le parallèle avec un enfant qui achève ses études et s’apprête à quitter le nid familial. Il doit s’approprier les codes, faire ses valises, parfois partir à l’autre bout du monde. C’est un cheminement qu’il faut accompagner avec bienveillance plutôt que de le subir avec amertume. Au-delà du conducteur technique, c’est tout un patrimoine humain et une charte de valeurs que je transmets. Notre équipe partage une éthique commune de la relation à l’autre, qui s’applique à l’antenne comme en dehors.
Comment définiriez-vous l’impact sociologique de cette émission ?
C’est une œuvre de cohésion sociale, de territoire et de lien. Nous mettons en lumière le tissu local, nos artisans, la beauté brute de nos chemins de traverse. Surtout, pour une frange importante de la population qui n’a pas les moyens financiers de s’offrir des vacances, Le Beau Vélo incarne l’unique rendez-vous estival, une bulle d’évasion accessible. On nous a maintes fois proposé d’instaurer un droit d’inscription payant pour équilibrer les budgets. J’ai opposé un veto catégorique, soutenu par la RTBF. L’événement doit demeurer gratuit, populaire et profondément intergénérationnel. C’est un forum unique où se côtoient, sur un pied d’égalité, le maçon et le ministre. Quand nous nous installons dans un petit village de Wallonie, nous devenons l’événement de l’année, loin de la suroffre anonyme des grandes métropoles.
Le triomphe du vélo et de la fibre écologique vous donne aujourd’hui raison, trente ans plus tard…
Lorsque nous avons lancé le concept en juin 1999 à la Cantine des Italiens, nous n’étions que 27 cyclistes ! La direction de l’époque regardait l’émission comme un projet de seconde zone. On m’avait lancé un défi : « Si tu réunis 1 000 personnes pour la dernière, on te donne une saison de plus ». Le pari a été relevé. À l’époque, le vélo traînait une image poussiéreuse, presque ringarde, avant d’être étiqueté « bobo » puis d’accéder au statut d’objet branché. Nous sommes fiers d’avoir anticipé ce virage sociétal et d’avoir réhabilité la mobilité douce et le voyage de proximité. Aujourd’hui, l’entreprise RTBF s’est totalement approprié le projet ; c’est un véritable outil de fierté interne.
Mobilité: quand on arrive en ville…Votre parcours est jalonné de choix éthiques forts. Vous confirmez avoir refusé de basculer dans l’arène politique ?
Absolument. J’ai été sollicité à plusieurs reprises pour intégrer des listes électorales. Ma règle est de m’accorder systématiquement vingt-quatre heures de réflexion. Mais la conclusion s’est imposée d’elle-même : la politique exige un niveau de compromis et de concessions idéologiques que je suis incapable de consentir. J’ai préféré préserver mon intégrité et rester aligné avec mes combats citoyens. C’était vital pour continuer à regarder mon public dans les yeux.
En radio comme en télévision, avec Les Belges du bout du monde, vous persistez à défendre le temps long. Un acte de résistance face au culte de la vitesse ?
C’est une revendication absolue de sincérité. Je conçois des formats à mon image, pétris d’ondes positives. Dans Les Belges du bout du monde, nous prenons le temps de l’écoute à travers des entretiens au long cours, en croisant les trajectoires de vie d’expatriés. Nous sommes conscients d’être perçus par certains comme « old school », déconnectés des algorithmes de TikTok. Mais je revendique ce positionnement à contre-courant. Prendre le temps d’explorer l’humain permet de réaliser que le plus vaste des continents se trouve à l’intérieur de chacun d’entre nous. À l’heure où les réseaux sociaux se nourrissent de clivages et érigent des murs, mon métier consiste à jeter des ponts.
Les 7 plus beaux itinéraires à vélo à découvrir en Belgique
Quel est l’avenir pour le reste de vos activités à l’antenne ?
J’ai 66 ans, la santé est excellente et le feu sacré demeure intact. Il n’est pas question de lever le pied pour L’Échappée Belge. Je refuse de m’accrocher pathétiquement, je choisirirai le moment de mon départ, mais je me vois encore tenir la barre deux ou trois ans. Concernant la radio, nous planifions dès la rentrée une formule en co-animation pour Les Belges du bout du monde. L’objectif est identique : amorcer une transition délicate pour garantir la pérennité du programme après mon départ.
Quelle trace espérez-vous laisser dans le cœur des publics ?
souscris totalement aux mots d’Enzo Enzo : j’aimerais simplement que l’on garde le souvenir de « quelqu’un de bien ». Un compagnon de route avec lequel on a partagé des émotions authentiques. Je me perçois comme un humble artisan de la proximité internationale, convaincu que notre monde n’est, au fond, qu’un grand village dont il faut cultiver la bienveillance.
Le beau vélo de RAVel Inédit
Dimanche 11 La Une 12h10
Sport à la télé : Et si vos soirées foot se passaient bientôt sur les plateformes de streaming ?