Notre groupe sanguin, A, B, AB ou O, nous accompagne depuis la naissance et devient crucial lors d’une transfusion. Mais au-delà de cette fonction vitale, les scientifiques s’interrogent depuis plusieurs années sur son rôle potentiel dans la susceptibilité aux maladies chroniques. Plusieurs travaux de recherche ont mis en évidence des corrélations statistiques entre le système ABO et certaines formes de tumeurs malignes. Ces découvertes, bien que significatives sur le plan épidémiologique, nécessitent en revanche une interprétation prudente et contextualisée.
Des associations statistiques modestes mais réelles
Les travaux scientifiques internationaux ont identifié plusieurs liens entre certains groupes sanguins et des pathologies cancéreuses spécifiques. Une méta-analyse publiée en 2014 dans l’Asian Pacific Journal of Cancer Prevention a notamment confirmé que les personnes de groupe A présentent une probabilité légèrement supérieure de développer des cancers digestifs, comme ceux touchant l’estomac ou le pancréas. Cette augmentation du risque relatif s’établit autour de 20 % pour ces localisations précises.

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À l’opposé, les porteurs du groupe O semblent bénéficier d’une protection relative face aux mêmes pathologies. Cette observation a été confirmée par plusieurs études épidémiologiques menées dans différents pays. Quant aux groupes B et AB, les résultats demeurent plus variables selon les types de tumeurs étudiées. Une recherche chinoise parue dans Oncotarget en 2017 a ainsi associé le groupe AB à un risque accru de cancer hépatique.

Appartenir au groupe O ne confère aucune immunité face au cancer, tout comme être de groupe A ne condamne personne à développer une tumeur. © Kseniya Kalshchikova, iStock
Ces différences statistiques, bien que mesurables, restent modestes :
Les variations de risque relatif oscillent entre 10 et 25 % selon les études.Ces pourcentages ne constituent en aucun cas une garantie de protection ou de vulnérabilité.Les facteurs comportementaux et environnementaux pèsent bien davantage dans l’équation.Les mécanismes biologiques encore mal compris
Plusieurs hypothèses scientifiques tentent d’expliquer ces associations. Les antigènes du système ABO, présents non seulement sur les globules rouges mais également sur de nombreuses autres cellules, pourraient moduler les processus inflammatoires et la réponse immunitaire. Certaines infections bactériennes, comme celle causée par Helicobacter pylori (reconnue comme facteur de risque du cancer gastrique), interagissent différemment selon le groupe sanguin du patient.
La dimension génétique entre également en ligne de compte. Les gènes qui déterminent notre groupe sanguin se situent à proximité d’autres séquences génétiques impliquées dans l’immunité et la régulation de la prolifération cellulaire. Cette proximité chromosomique pourrait expliquer certaines corrélations observées, sans que le groupe sanguin en soit directement responsable.

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Une publication de 2021 dans Scientific Reports a évoqué le rôle potentiel des antigènes ABO dans l’évolution tumorale et ouvert des perspectives thérapeutiques ciblées. Des équipes de l’Inserm poursuivent leurs investigations sur ces interactions complexes entre immunité, génétique et facteurs sanguins, cherchant à comprendre pourquoi certains individus développent un cancer malgré une exposition similaire aux facteurs de risque.
Replacer ces données dans leur contexte scientifique
Ces observations scientifiques ne doivent surtout pas occulter les véritables leviers de prévention. Le tabagisme multiplie par 10 à 15 le risque de cancer pulmonaire selon Santé publique France. La consommation d’alcool est impliquée dans environ 8 % des cancers diagnostiqués en France, d’après l’Institut national du cancer. Le surpoids, la sédentarité et l’alimentation déséquilibrée jouent un rôle déterminant dans l’apparition de nombreuses pathologies cancéreuses.
Appartenir au groupe O ne confère aucune immunité face au cancer, tout comme être de groupe A ne condamne personne à développer une tumeur. Ces nuances statistiques restent marginales comparées aux facteurs de risque modifiables sur lesquels chacun peut agir concrètement.
Le lien entre groupe sanguin et cancer constitue un champ de recherche prometteur mais nécessite encore de nombreuses investigations avant d’aboutir à des applications cliniques concrètes.