« Ces actus qu’on devra traiter sans François De Brigode… »Un faux JT préparé dans le plus grand secret

À l’origine du projet se trouve Philippe Dutilleul, réalisateur notamment connu pour Strip-Tease et Tout ça (ne nous rendra pas le Congo). Son idée : utiliser les codes d’un véritable journal télévisé pour imaginer une déclaration unilatérale d’indépendance de la Flandre.

Soutenu par Alain Gerlache, alors directeur de la télévision à la RTBF, puis par l’administrateur général Jean-Paul Philippot, le projet est développé dans la plus grande discrétion sous le nom de code « Karine et Rebecca ». Les équipes choisissent toutefois de ne pas interrompre le JT de 19h30, afin de préserver la crédibilité de l’information. L’émission est donc programmée juste après le journal, avec la mention « Ceci est peut-être une fiction » affichée quelques secondes au début.

Netflix, TikTok, GAMAM, l’administrateur général de la RTBF Jean-Paul Philippot dénonce leurs menaces : “Je suis consterné que nous en soyons là”Quand la fiction rejoint la réalité

Le faux JT alterne interventions en direct, reportages et réactions de personnalités. Parmi les séquences les plus marquantes figure celle tournée à Tervuren, où des voyageurs doivent symboliquement quitter un tram de la STIB pour monter dans un bus De Lijn après le franchissement de la frontière linguistique.

Au fil de la soirée, la frontière entre fiction et réalité devient de plus en plus floue. Devant le Palais royal, où le journaliste Frédéric Gersdorff intervient en direct, de véritables citoyens rejoignent les figurants venus jouer des manifestants. Très vite, la ligne téléphonique spéciale de la RTBF est saturée par les appels de téléspectateurs inquiets. L’ampleur des réactions dépasse largement les attentes de l’équipe, qui redoute alors des sanctions immédiates.

Bye bye Belgium, mais pour de vrai ? Comment la réforme du chômage risque de faire couler la Belgique francophoneUne émission entrée dans l’histoire

Le lendemain de la diffusion, Bye Bye Belgium fait la une de nombreux médias belges et internationaux. Si plusieurs responsables politiques dénoncent la démarche, une partie importante du public défend l’expérience, estimant qu’elle a permis d’ouvrir un véritable débat sur les tensions communautaires en Belgique.

Près de vingt ans plus tard, cette émission demeure un cas d’école dans les écoles de journalisme et de communication. Son impact tient autant à son dispositif qu’au contexte politique de l’époque. Quelques années plus tard, la Belgique connaîtra d’ailleurs une crise institutionnelle majeure avec 541 jours sans gouvernement entre 2010 et 2011. Sans avoir prédit l’avenir, Bye Bye Belgium a démontré qu’une fiction pouvait parfois révéler les fragilités bien réelles d’un pays.

500 jours sans gouvernement à Bruxelles : la clé néerlandophone est devenu le cadenas d’une boite de pandore