Prescrire le bon examen, au bon moment, pour chaque patient. C’est l’objectif ambitieux d’Optimabio, outil d’intelligence artificielle à 17 millions d’euros lancé ce lundi 6 juillet après-midi au sein du Biogénopôle de l’hôpital La Timone, à Marseille, en présence notamment du directeur général de l’ARS Paca Yann Bubien et du Dr Nora Berra, ancienne Secrétaire d’État chargée de la Santé.

Ce projet est le fruit de six années de travail et d’une coopération entre trois CHU français, l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille (AP-HM), les Hospices Civils de Lyon, le CHU de Limoges. Ainsi que d’un partenariat public-privé avec la start-up phocéenne Kiro, dont le siège est implanté dans le 9e arrondissement, qui a développé l’innovation technologique. « Mieux prescrire pour mieux soigner », résume Alexandre Guenoun, président de Kiro.

Un objectif commun : améliorer la pertinence des prescriptions. Concrètement, le but est d’analyser les résultats de biologie en temps réel afin d’identifier les examens les plus pertinents, tout en limitant les actes inutiles. Pour le clinicien, c’est un appui (pas un substitut), la biologie contribue à 70% des diagnostics. Pour le patient, c’est une amélioration du parcours de soins. Pour l’hôpital, c’est un potentiel de plusieurs millions d’euros d’économies.

« C’est une belle journée », a annoncé François Crémieux. Dans un discours au débit mitraillette, le directeur général de l’AP-HM s’est félicité d’être aux avant-postes de la technologie. « Il se dit que les CHU seraient réticents à l’innovation, il se dit que les hôpitaux auraient du mal à travailler ensemble, il se dit que la coopération public-privé est difficile, il se dit que la France est en retard dans le domaine de la recherche, il se dit qu’il est impossible de travailler sur des données de santé, a-t-il déroulé, figure de style à l’appui. Ce projet est la démonstration par la preuve que c’est possible. Optimabio est le résultat de 3 000 heures de travail et 58 secondes. Pour mettre la technologie en mouvement, il nous a fallu seulement 58 secondes. »

Soutenu par le plan d’investissement « France 2030 » et le mouvement des start-up françaises « La French Tech Aix-Marseille », Optimabio vise donc à intégrer une nouvelle génération d’IA directement dans les outils hospitaliers. La solution pourra, par exemple, signaler un examen déjà réalisé ou suggérer un test plus adapté à la situation du patient. Mais le jugement final appartiendra toujours au professionnel de santé. C’est la combinaison d’une technologie et de l’expertise médicale pour améliorer la qualité des soins.

Ici, Alexandre Guenoun, président de Kiro, start-up marseillaise qui a développé cette nouvelle solution technologique au service de la pertinence des soins en milieu hospitalier.Ici, Alexandre Guenoun, président de Kiro, start-up marseillaise qui a développé cette nouvelle solution technologique au service de la pertinence des soins en milieu hospitalier. Photo Audrey Avesque

« Le véritable défi de l’intelligence artificielle ce n’est pas la technologie, c’est le collectif, a justement relevé Alexandre Guenoun. Avec les CHU de Marseille, Lyon et Limoges, nous avons réussi à réunir les compétences de chacun autour d’une même ambition : construire une innovation exigeante et utile au service de notre système de santé, des professionnels et des patients. L’IA peut être autre chose qu’un sujet de fascination ou d’inquiétude, cela peut être un outil de qualité et de confiance au bénéfice du plus grand nombre. »

Ce lundi 6 juillet, une étape décisive a été franchie dans l’usage de l’IA en santé pour une médecine plus moderne et durable. L’innovation a vocation à s’étendre à d’autres établissements en France et même au-delà. « Toutes les conditions sont réunies, notamment la validation scientifique, pour être un modèle réplicable », a appuyé Florence Arnoux, déléguée régionale de la Fédération Hospitalière de France, positionnant ces trois CHU comme moteurs.