Chaque année, près de 10 millions de nouveaux cas d’Alzheimer sont diagnostiqués dans le monde, soit un nouveau malade toutes les trois secondes. Pourtant, cette pathologie complexe continue de défier les neuroscientifiques : pourquoi certaines personnes présentant des signes clairs ne développent jamais de démence, tandis que d’autres voient leur mémoire s’effacer inexorablement ? Une étude, publiée dans Nature, propose une piste prometteuse suggérant qu’un métal rare présent naturellement dans notre cerveau pourrait être la clé.
Carence en lithium : un facteur déclencheur de la maladie d’Alzheimer ?
Les chercheurs de la faculté de médecine de Harvard apportent aujourd’hui un éclairage inédit : une carence en lithium dans le cerveau pourrait être l’étincelle initiale qui déclenche la dégénérescence neurofibrillaire.
Le lithium est naturellement présent dans le cerveau à de faibles doses, où il joue un rôle crucial pour protéger les différents types de cellules cérébrales. Des analyses sur des tissus humains et des modèles animaux ont montré que la diminution des taux cérébraux de lithium est un des premiers signes avant-coureurs de la maladie d’Alzheimer. Cette baisse est liée à la liaison du lithium aux plaques amyloïdes, ce qui empêche son absorption normale par le cerveau.
Chez la souris, un déficit en lithium accélère la formation des plaques, l’inflammation et le déclin de la mémoire, reproduisant ainsi plusieurs caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. À l’inverse, l’administration d’un composé particulier, l’orotate de lithium, capable d’échapper à la capture par les plaques amyloïdes, a permis de restaurer la mémoire et de réduire les lésions cérébrales.

De nombreuses pistes sont étudiées pour expliquer la survenue de la maladie d’Alzheimer. L’une d’elles, exploitée par l’Université de Harvard, met en lumière le rôle clé d’un métal rare naturellement présent dans le cerveau et dont la carence pourrait déclencher le processus neurodégénératif. © Thipphaphone, Adobe Stock (généré avec l’IA)
Vers un dépistage précoce grâce à la mesure du lithium sanguin
Les auteurs estiment qu’une simple analyse sanguine pourrait, à terme, mesurer le taux de lithium et détecter précocement les personnes à risque. L’observation d’un tel déficit bien avant l’apparition des symptômes offrirait une fenêtre précieuse pour intervenir.
Ces résultats s’alignent avec certaines études épidémiologiques ayant déjà montré que des taux environnementaux plus élevés de lithium, par exemple dans l’eau potable, sont associés à une prévalence plus faible de démence. Mais c’est la première fois que le lithium est identifié, dans des cerveaux humains non traités, comme un élément naturellement présent et biologiquement actif à des niveaux précis.
Essais cliniques : une étape cruciale pour confirmer l’efficacité du lithium
Si les effets protecteurs observés chez la souris sont prometteurs, les chercheurs insistent sur la nécessité de confirmer ces résultats chez l’humain par des essais cliniques rigoureux.
L’orotate de lithium pourrait représenter une nouvelle voie thérapeutique : plutôt que de cibler uniquement l’amyloïde ou la protéine tau, il permettrait d’agir sur l’ensemble du processus neurodégénératif.
« Ce qui est frappant avec le lithium, c’est son effet global sur toutes les manifestations de la maladie d’Alzheimer », souligne le professeur Bruce Yankner, auteur principal de l’étude. « J’espère qu’il pourra non seulement ralentir, mais inverser le déclin cognitif. »
En attendant, il est déconseillé de prendre des suppléments de lithium sans suivi médical, en raison des risques liés au surdosage. Mais l’espoir est bien là : un simple élément naturellement présent dans notre cerveau pourrait un jour contribuer à préserver la mémoire de millions de personnes.