« Il n’y aura pas d’IA, pas de playback, que du live ! » Ce dimanche, en montant sur la scène principale des Ardentes, Oli donnait le ton d’emblée. Avec son frère Bigflo, les deux Toulousains, qui viennent de célébrer plus de dix ans de carrière avec la sortie de leur dernier album Karma, ont livré l’un des shows les plus marquants de cette édition 2026 du festival.
Orchestre sur scène, scénographie soignée, et même un « War is the feestje ! » lancé entre deux refrains : le duo a confirmé pourquoi il figure aujourd’hui parmi les poids lourds du rap francophone. À cette occasion, les deux frères nous ont ouvert les portes de leurs coulisses. Ils y ont parlé de leur attachement à Liège, de la vie en tournée, de leurs souvenirs des Ardentes… mais aussi de cette nouvelle étape de leur carrière, qu’ils assument pleinement.
« Liège est un peu notre deuxième Toulouse »
« Liège est un peu notre deuxième Toulouse », sourient-ils d’emblée. Si leur passage dans The Voice Belgique remonte déjà à plusieurs années, le lien avec la Cité ardente est resté intact.
« Ça faisait un bail qu’on n’était plus revenus, mais on a toujours gardé une affection particulière pour cette ville. On se faisait souvent la réflexion en voyant les rues et les briques. Elles ne sont pas de la même couleur qu’à Toulouse, mais il y a quelque chose qui nous rappelle chez nous. »
Les souvenirs liégeois ne manquent pas. Ils évoquent notamment les longues soirées passées avec Mosimann durant l’aventure The Voice Belgique. Mais celui qui leur revient immédiatement à l’esprit est plus symbolique encore.
« On est ambassadeurs de la ville de Liège. On a encore le symbole chez nous. C’est un peu comme si on nous avait remis les clés de la ville. C’est une reconnaissance officielle assez rare, donc forcément ça nous a marqués. »
La veille encore, les deux frères étaient à Paris pour assister au concert de Bad Bunny avant de reprendre immédiatement la route vers les Ardentes.
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Contrairement à l’image que l’on peut se faire d’une tournée, les trajets sont finalement très simples.
« Franchement, on ne fait rien », rigolent-ils. « On parle, on parle, on parle. Sans musique, sans jeux… On mange aussi. Et surtout, on débat beaucoup. Il y a toujours de grandes discussions. Hier, une partie de l’équipe regardait le match de foot pendant que nous revenions du concert de Bad Bunny avant de reprendre directement le bus. »
Le secret de cette ambiance tient surtout à ceux qui les entourent.
« Ce qui est assez rare sur une tournée, c’est qu’il y a énormément de potes d’enfance avec nous. Luc, qui est avec nous sur scène, était avec nous au lycée. Léo, l’un de nos musiciens, on le connaît depuis la crèche. Ça fait plus de vingt ans qu’on grandit ensemble. C’est probablement ce qui fait la différence avec beaucoup d’autres tournées. »
Le succès n’a finalement pas bouleversé leur fonctionnement. Leur équipe est restée, à quelques exceptions près, celle des débuts.
Les festivals, un défi permanent
Les heures qui précèdent un concert sont rarement de tout repos.
« Il y a beaucoup d’interviews. On en profite aussi pour faire des points avec notre producteur ou notre manager sur la suite de la tournée ou les projets qui arrivent. »
Mais ce qu’ils apprécient avant tout dans un festival, ce sont les retrouvailles.
« C’est ça qui est cool. On croise plein d’artistes qu’on ne voit quasiment jamais le reste de l’année. Tout à l’heure, on discutait avec Ziak. C’est aussi l’occasion de retrouver beaucoup de copains. »
Quand les conditions le permettent, les coulisses prennent même un air de vacances.
« Quand il y a un hôtel avec une piscine et qu’il fait beau, on passe l’après-midi ensemble et on invite d’autres artistes. »
Avant de prendre avec humour les caprices de la météo belge.
« Bon… en Belgique, on ne prend jamais l’hôtel avec piscine. Et puis il fait un peu moins beau ! »
V.Ch.
Pour eux, les festivals restent surtout un exercice bien différent d’une tournée classique.
« La vraie différence, c’est qu’il y a énormément de gens qui ne sont pas spécialement fans de Bigflo & Oli. Certains nous connaissent un peu, d’autres pas du tout. Il y a donc cette envie de convaincre. C’est presque un défi. »
Un défi qu’ils prennent très au sérieux.
« Beaucoup de personnes sont devenues fans après nous avoir vus sur scène en festival avant de venir ensuite nous voir en concert. Quand tu fais un bon show, tu peux vraiment transformer un public qui ne te connaissait pas en public qui achètera une place quelques mois plus tard. »
Le prochain rendez-vous belge est déjà fixé : le 6 décembre, à l’ING Arena de Bruxelles.
« Ici, on joue une heure, souvent en plein jour, sans tout notre décor. Les festivals, c’est un peu l’apéritif. Les concerts, c’est le repas complet. Tout est multiplié : l’énergie, l’ambiance, la scénographie… »
Pharrell, Nicki Minaj… et les coulisses improbables
En plus de dix ans de carrière, les anecdotes se sont accumulées.
L’une des plus marquantes s’est justement déroulée… aux Ardentes.
« On avait simplement demandé une photo avec Pharrell. Puis, assez bizarrement, son équipe nous a proposé de monter sur scène avec lui. On s’est retrouvés à côté de Pharrell… et de Tyler, The Creator. C’était complètement lunaire. On n’en revenait pas. »
Autre souvenir, plus insolite celui-là.
« On se souvient de Nicki Minaj qui est sortie de sa loge, est montée dans une énorme Mercedes… pour parcourir cinq mètres. Là, on s’est vraiment dit que c’était un abus complet ! »
« On a vraiment embrassé cette position de grands frères »
Avec Karma, leur dernier album, Bigflo & Oli ont le sentiment d’avoir franchi un nouveau cap. Plus de dix ans après leurs débuts, les deux frères voient leur public grandir en même temps qu’eux.
Lorsqu’on leur fait remarquer que Karma ressemble peut-être à leur premier album de « grands frères » du rap français, la réponse fuse.
« C’est très vrai. C’est même le retour qu’on reçoit le plus souvent. Les gens ont vraiment l’impression que c’est notre album le plus abouti et surtout celui qui correspond le mieux aux humains que nous sommes aujourd’hui. »
Pour eux, cette évolution est presque naturelle.
« Ceux qui nous ont découverts à 19 ou 20 ans ont grandi avec nous. Ils ont eu les mêmes questionnements, les mêmes étapes de vie. Au fil des albums, ils ont pu se reconnaître dans ce qu’on racontait. Aujourd’hui, on est arrivés à une période qui ressemble aussi à la leur. »
Une chose est sûre : ils n’essaient plus de courir après une image.
« On a passé les 30 ans. On ne peut plus jouer les petits jeunes qui débarquent. On a vraiment embrassé cette position de grands frères. C’est une nouvelle place à prendre, et on l’assume complètement. »
Impossible aussi de ne pas évoquer Picasso, devenu en quelques semaines l’un des morceaux incontournables de leur répertoire. Au point de rejoindre déjà, pour beaucoup de fans, Dommage ou Demain parmi leurs plus grands classiques.
Mais lorsqu’on leur demande s’ils possèdent une recette pour fabriquer des tubes, ils sourient.
« Si seulement on l’avait… »
Pour eux, la clé réside plutôt dans une remise en question permanente.
« On essaie toujours de se challenger. Pour Picasso, on est allés chercher des influences latino qu’on n’avait peut-être pas assez explorées jusque-là. On est partis sur un rythme de cumbia, qui vient de Colombie mais qu’on retrouve partout en Amérique du Sud. À l’époque de Demain, on avait travaillé avec Petit Biscuit parce que c’était le début des grands morceaux électro grand public. À chaque fois, on essaie de surprendre. »
Puis vient cette phrase qui résume presque toute leur carrière.
« Il faut utiliser la même recette… sans jamais refaire le même plat. »
Des projets en solo… sans jamais s’éloigner
Cette évolution passe aussi par leurs morceaux en solo présents sur Karma et par le futur EP qu’Oli prépare actuellement.
Ces parenthèses individuelles ne remettent pourtant jamais le duo en question.
« Dans Bigflo & Oli, on partage tout. Mais parfois, certains sujets sont tellement personnels qu’ils appartiennent davantage à l’un qu’à l’autre. Quand on ne trouve pas le bon angle pour y faire entrer son frère, on préfère faire un morceau en solo. On fait ça depuis notre premier album, et c’est quelque chose de très sain dans un duo. »
Bigflo évoque ainsi WOsakaHotel, né d’une période de spleen vécue pendant un voyage.
« C’était une histoire que lui n’avait pas vécue. »
De son côté, Oli signe Tu me manques, un morceau beaucoup plus intime consacré à un deuil.
« Là aussi, c’était quelque chose de très personnel. »
Des respirations qui nourrissent finalement… le duo.
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Une dernière question, plus légère, avant de refermer cette parenthèse liégeoise. Après leurs freestyles New York en décembre, Mexico en janvier ou encore Londres en mars, à quoi pourrait bien ressembler un hypothétique Liège en juillet ?
L’image se construit presque instantanément.
« On le voit en noir et blanc. On tournerait dans une petite ruelle de Liège… Celle qui descend vers le Carré, avec les escaliers. »
Le décor continue de prendre forme.
« Il y aurait un resto italien. Et puis on irait chercher un sample d’un vieux morceau belge, qu’on retravaillerait à notre manière. »
Une idée lancée avec le sourire, comme un clin d’œil à cette ville à laquelle ils restent profondément attachés. En attendant, c’est sur la scène des Ardentes que Bigflo & Oli ont une nouvelle fois confirmé que leur lien avec Liège n’avait rien perdu de sa force.