Guidé par l’énergie de ses concerts actuels, le musicien américain quinquagénaire fait rugir ses guitares sur “Frozen Charlotte”, son septième album solo.
L’un des nouveaux morceaux de Jack White s’intitule She’s in a Frenzy et cette description pourrait tout à fait s’appliquer à lui-même, frénétique et déchaîné tout au long du septième album solo de sa carrière. Celles et ceux qui ont eu la chance de le voir sur scène en juin, lors de ses deux dates à l’Olympia ou aux Nuits de Fourvière, retrouveront ici l’énergie tonitruante qui électrise sa tournée actuelle ainsi que le même casting de musiciens d’expérience : l’éclectique Dominic Davis à la basse, le subtil Bobby Emmett aux claviers et le fracassant Patrick Keeler des Raconteurs à la batterie.
Pas de place pour la tendresse folk dont l’ex-White Stripes fait parfois preuve en studio, capable de signer des ballades touchantes comme des brûlots ravageurs. L’Américain a clairement choisi la seconde option pour ce disque d’une puissance métallurgique, touché par la foudre de mille éclairs encore crépitants. Il emprunte volontiers les structures du blues originel (notamment sur le bien nommé Neighbors Blues, postface au rythme lancinant) et les ouragans de riffs du rock des seventies (dont le fiévreux Thick as Thieves). Dès l’entame de l’album, G.O.D. and the Broken Ribs et Derecho Demonico, les deux singles dévoilés dès avril, donnent le ton de cette offensive rock qui ne s’embarrasse pas d’effets pyrotechniques trop travaillés – un travers qui a plombé certains morceaux de Jack White par le passé.
Jack White, délibérément mystérieux
C’est d’ailleurs un équilibre que l’Américain semble avoir trouvé pour de bon, entre sauvagerie et maîtrise du son. Attentif aux moindres détails, Jack White verrouille une partie de son art, en interdisant les téléphones portables à ses concerts et en refusant toute interview (il se contente de poster quelques déclarations sur ses réseaux sociaux). Depuis son antre de Nashville, il s’est chargé de composer et de produire lui-même ces treize nouvelles chansons qui sortent sur son propre label.
Difficile, donc, de savoir ce qu’il a voulu dire dans ses paroles et ce qui l’a inspiré cette fois, de comprendre dans quel état d’esprit et dans quel contexte il a façonné ce disque – on en est réduits à lire dans les tabloïds que sa femme Olivia Jean, qu’on entend à la basse sur le flamboyant I Can’t Believe What I’m Hearing, aurait récemment demandé le divorce. Délibérément mystérieux comme son cher Bob Dylan avant lui, le songwriter et prodigieux guitariste extériorise par sa musique ses élans insurrectionnels (Raising the Grain et ses harangues tout droit sorties d’une manifestation) et par sa fougue électrique tonitruante, qui passe à l’offensive sans se soucier des conséquences. Il paraît qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même et Jack White en sait quelque chose : au moment de souffler ses 51 bougies, il s’offre avec Frozen Charlotte un cadeau d’anniversaire explosif.
Frozen Charlotte (Third Man Records/Modulor). Sortie le 10 juillet.