Le plus brillant sniper de la musique anglaise transforme des émissions jeunesse des années 1970 en trip glam et psychédélique sur “Izzy Wizzy Let’s Get Bizzy”.
Il y a chez Luke Haines une manière unique de disséquer la culture anglaise : érudite, venimeuse, absurdement drôle. Révélé dans les années 1990 avec les inoubliables Auteurs puis entendu chez Black Box Recorder, Baader Meinhof, en solo ou avec Peter Buck, le songwriter poursuit ici son exploration des mythologies britanniques avec un album-concept consacré à la magie et aux magicien·nes des émissions pour enfants britanniques des années 1960 et 1970. Les meilleures idées sortent souvent d’un chapeau noir.
Izzy Wizzy Let’s Get Bizzy déroule une pop spectrale peuplée de télévisions en boucle sur des shows désuets, entre occultisme domestique et folklore cathodique. Sous fond de rock et de tension électrique, TV’s On All the Time résume parfaitement cette fascination trouble pour une Angleterre élevée par l’écran, tandis que The Standing Stones of ITV s’embarque dans une comptine narquoise et hypnotique. Mama Cass signe simplement le plus beau morceau de glam de l’année. Après un hommage à The Omen 2, Spiritual Church ose une ballade néo-folk aussi belle qu’inquiétante.
Styliste brillant
Luke Haines reste fidèle à son art du faux détachement : mélodies immédiatement accrocheuses, humour sec et élégance excentrique. Comme souvent chez lui, la nostalgie sert moins à célébrer le passé qu’à en révéler la profonde étrangeté. Luke Haines demeure ce qu’il a toujours été : un styliste brillant, incapable de jouer le jeu du patrimoine sans en saboter subtilement le décor.
Izzy Wizzy Let’s Get Bizzy (Cherry Red Records). Sortie le 10 juillet.