Frah, le chanteur du groupe Shaka Ponk, fait son mea culpa 15 ans après la sortie du titre « Palabra Mi Amor » qu’il interprétait avec le leader de Noir Désir. »Je pense qu’on peut dire au bas mot qu’on a manqué de lucidité », explique-t-il dans une vidéo de près de dix minutes partagée sur Instagram ce mercredi.

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Ce sont des mots que certains espéraient entendre depuis longtemps. Quinze ans exactement. Le groupe Shaka Ponk se désolidarise de la chanson « Palabra Mi Amor », enregistrée en 2011 avec Bertrand Cantat. Le titre sort sur le troisième album des rockeurs, alors en pleine ascension. Le leader de Noir Désir est lui sorti de prison deux ans plus tôt après avoir purgé sa peine pour le meurtre de Marie Trintignant. « Évidemment qu’on n’aurait jamais dû faire ce duo », explique Frah dans une longue vidéo publiée sur Instagram mercredi 8 juillet.

On a fait de la merde et on le regrette sincèrementFrah

« C’est important qu’on parle de ça aujourd’hui, parce que même si on nous a beaucoup dissuadés de prendre la parole, à un moment se taire, ne pas en parler, c’est exactement ce qu’il ne faut pas faire », insiste le chanteur de Shaka Ponk, qui a dit adieu à la scène pour sauver la planète.

Il a conscience que cette collaboration avec Bertrand Cantat « suscite parfois de l’incompréhension, probablement aussi de la colère, de la douleur et c’est parfaitement normal ». « C’est parfaitement normal parce que c’était juste totalement débile de faire ce duo. Débile, je ne sais pas si c’est le terme approprié mais en tout cas, c’était tout du moins gravement déplacé », poursuit-il. 

« Surtout que ce duo, on le regrette bien évidemment. Je pense qu’on peut dire au bas mot qu’on a manqué de lucidité. C’était complètement déplacé et grave de faire cette collaboration, bien sûr par rapport aux proches de Marie Trintignant et à sa mémoire », insiste-t-il. Il évoque également « ce que subissent toutes les femmes depuis la nuit des temps » ainsi que « toutes les victimes de violences conjugales ». « C’était indécent », martèle-t-il, déplorant « un grand manque de clairvoyance, de recul, d’intelligence, probablement aussi d’éducation » de la part de Shaka Ponk. « On a fait de la merde et on le regrette sincèrement », admet-il. 

#MeToo comme « clé de compréhension cruciale »

Frah invoque le climat de l’époque, où « la parole des femmes n’était pas prise en compte » et où les violences à leur encontre étaient « terriblement minimisées ». « Il a fallu qu’on fasse une grosse déconstruction par rapport à tout ça. Je sais que tout n’est pas parfait aujourd’hui, loin de là », assure-t-il. Il explique que les membres de Shaka Ponk ont aussi « probablement été influencés par leurs histoires personnelles ». « On a un rapport très particulier à la prison, à la rédemption, à l’empathie qui est selon nous le meilleur moyen de lutter contre la haine, contre la colère, puis de désamorcer la violence », ajoute-t-il. 

Le chanteur se souvient avoir été « un gamin un peu fuck** up », perturbé, qui « aurait probablement très mal tourné » si on ne lui « avait pas tendu la main à l’adolescence ». « C’est peut-être là pour ma part que les fils se sont touchés dans ma tête et que j’ai fait un mauvais raccourci. C’est difficile à analyser », reconnaît-il, tout en soulignant que « ça n’excuse pas d’avoir fait ça ». « Même s’il y avait une bonne partie du monde de la musique et de la culture qui à l’époque accueillait Cantat sans conditions, malgré la situation, évidemment que Cantat n’aurait jamais dû remonter sur scène et évidemment qu’on n’aurait jamais dû faire ce duo », affirme Frah.

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Le mouvement #MeToo a été le catalyseur, « la clé de compréhension cruciale » qui a permis à Shaka Ponk de « sortir de cette léthargie cognitive ». Frah confesse avoir « compris des choses qu’il n’aurait jamais comprises sans cette prise de parole féministe, sans ce coup de projecteur sur le manque d’éducation des hommes et surtout sur la situation des femmes ». Déjà vue plus d’un demi-million de fois sur Instagram, sa vidéo a largement été saluée dans les commentaires qui pointent une « remise en question » que Zazie qualifie de « courageuse ».

D.D.F.