Grâce à l’évolution des traitements, la vie d’un patient ne se résume plus seulement à apprendre à gérer les crises, l’objectif est beaucoup plus ambitieux : reprendre le contrôle de la maladie avant qu’elle ne contrôle la vie du patient. Le professeur Edouard Louis, chef du service de gastro-entérologie au CHU de Liège, et Lucie Monin, coordinatrice de projets MICI au service de gastro-entérologie du CHU de Liège, font le point sur les avancées en la matière.
« Ces deux maladies se caractérisent par une inflammation chronique et récidivante du tube digestif. Pour utiliser une image pédagogique à l’attention des patientes et patients, je dis toujours : C’est un peu comme si on avait une gastro-entérite, mais, qui ne se guérit jamais. Aujourd’hui, les traitements cherchent à stabiliser le quotidien des patients… Ce sont des maladies dont on ne guérit pas et qui peuvent revenir à tout moment de la vie. C’est pour cela que les patients sont suivis régulièrement. Concrètement, les mesures de traitement visent à diminuer, voire supprimer l’inflammation » précise le Pr Louis.
Voici 40 ans, beaucoup de patients souffrant de la maladie « Crohn » ou de « rectocolite » étaient régulièrement hospitalisés pour dénutrition, avec des réalimentations entérales ou parentérales. « Les traitements actuels permettent d’améliorer la qualité de vie. La plupart des patients ont un état de santé global relativement bon et un état nutritionnel correct. Ils n’ont pas de carences majeures et peu ou pas de syndrome inflammatoire résiduel, mis à part quelques formes très compliquées. »
Vie professionnelle et vie sociale améliorées, grâce à des traitements très précis : « Il existe une petite différence entre la maladie de Crohn et la rectocolite. Pour cette dernière, à peu près la moitié des patients sont bien stabilisés, soignés, avec une molécule ancienne, le 5-aminosalicylates, un lointain cousin de l’aspirine. Ce traitement oral et éventuellement rectal fonctionne très bien. »
Des traitements biologiques ciblés
Dans le passé, les corticoïdes constituaient le traitement principal de ces maladies. « Aujourd’hui, leur utilisation a fortement diminué parce que nous pouvons compter sur des traitements de fond plus ciblés : les premiers ont été les anti-TNF. Ces traitements biologiques sont fabriqués par des lignées cellulaires et non plus par de la chimie. Ces lignées cellulaires fabriquent des anticorps monoclonaux. L’infliximab et l’adalimumab, notamment, ont réellement révolutionné la prise en charge de ces maladies, fin des années 1990 début des années 2000. Les hospitalisations et les cas graves ont fortement diminué. »
Depuis, le design des études cliniques et la connaissance de la physiopathologie de ces maladies ont permis d’amener d’autres traitements biologiques : « Nous pouvons compter sur une panoplie de traitements biologiques ciblés, contre le TNF, contre l’interleukine 23, contre des molécules impliquées dans la recirculation des cellules inflammatoires. Des petites molécules qui ne sont plus des anticorps mais des molécules de la chimie pharmaceutique classique, les inhibiteurs des Janus kinases ou les modulateurs de sphingosine 1 phosphate. Cela va nous permettre de cibler les soins en fonction du profil clinique, des manifestations extra-intestinales, des préférences du patient. Est-ce qu’il préfère un traitement oral, une injection IV, une injection sous-cutanée ? »
Aujourd’hui le patient peut donc compter sur plusieurs alternatives de traitement pour retrouver une meilleure qualité de vie.