L’avenir du régime de Félix Tshisekedi est entre les mains de l’armée burundaise

Trois semaines plus tard, le pronostic du président congolais est démenti par le terrain. Les troupes de Kinshasa, soutenues notamment par les milices wazalendos et les effectifs de l’armée burundaise, ont été contraintes de rebrousser chemin alors qu’elles étaient à moins de deux kilomètres de l’aéroport de Minembwe. Dans cette débandade, les troupes coalisées du régime de Kinshasa ont aussi abandonné le stratégique « Point zéro » sur les Hauts Plateaux. Un enjeu symbolique mais surtout stratégique qui ouvre la route vers le Maniema et le nord de la riche province du Katanga.

Nombreux Burundais tués

Plusieurs témoignages venus des milieux rebelles congolais mais aussi des rangs burundais évoquent un nombre important de tués dans ces affrontements près de Minembwe.

Tous les chiffres oscillent entre 100 et 150 Burundais en une matinée. « Des morts qui ne seront jamais ramenés dans leur village, ni même au pays », explique un ancien militaire burundais rentré clandestinement auprès des siens après avoir été envoyé en opération dans l’est du Congo.

Depuis le début de l’intervention militaire burundaise en RDC, à la demande de Kinshasa, en 2022, aucun chiffre officiel « crédible » n’a été publié par Bujumbura. « La signature d’un protocole d’accord, signé officiellement en août 2023 entre les ministres congolais et burundais de la Défenses (Jean-Pierre Bemba et Alain Tribert Mutabazi, NdlR) n’a rien changé à l’opacité de cette opération qui a déjà vu l’envoi d’au moins 29 000 hommes des Forces de défense nationales burundaises chez nous », explique une source des services de renseignement congolais. « On sait que plusieurs centaines de Burundais ont été tués, certainement même plusieurs milliers, mais personne n’est capable ou ne veut donner des chiffres précis ». D’autant que les défections sont aussi nombreuses et « les Burundais maîtrisent la loi du silence mieux que quiconque », poursuit notre interlocuteur.

« Ici, ça fait près d’un an qu’on vit sans banque. Alors, on s’est organisé. C’est l’art de la débrouille congolaise »Tension au sommet

Depuis des mois, les tensions sont palpables dans l’armée burundaise. L’arrestation de près de 300 militaires burundais – qui refusaient d’aller combattre au Congo voisin à l’été 2024 – et leur incarcération dans plusieurs prisons du pays, a donné le coup d’envoi à un mouvement de grogne dans les rangs militaires. Une colère qui a atteint un nouveau pic après les récentes défaites sur les Hauts Plateaux congolais.

Le président burundais Ndayishimiye a plusieurs fois tenté de défendre cette intervention notamment en interprétant un proverbe kirundi qui invite à aider son voisin à éteindre l’incendie de sa maison avant que le feu ne se propage chez soi. Un argumentaire qui ne passe plus depuis la dernière débâcle. La mauvaise humeur est remontée d’un cran chez les cadres de l’armée burundaise de plus en plus confrontés à la grogne dans leurs rangs. « Cet engagement sur le terrain ne rapporte ni au pays ni aux soldats et pourrait déboucher sur un coup de sang au sommet du pouvoir », juge l’ex-militaire burundais.