Pour commencer, pourriez-vous nous préciser ce qu’est la sclérose en plaques ?

« La sclérose en plaques est une maladie inflammatoire chronique affectant le système nerveux central, c’est-à-dire le cerveau, la moelle épinière et les nerfs optiques. C’est une maladie auto-immune, ce qui signifie que le système immunitaire, qui est censé nous protéger des attaques extérieures, se retourne contre l’organisme et altère la gaine de myéline qui entoure les fibres nerveuses. »

Qu’est-ce que la gaine de myéline et quel est son rôle ?

« La gaine de myéline entoure l’axone, le prolongement des neurones. Elle est essentielle car elle protège l’axone et permet la transmission rapide des informations entre le cerveau et le reste du corps. Lorsque cette gaine est attaquée, la transmission du message est perturbée. L’attaque de la gaine de myéline est comparable à un fil électrique dénudé : le signal passe moins bien. L’axone devient alors vulnérable et peut être détruit à terme. La myéline possède une certaine capacité de réparation : la remyélinisation. Cependant, cette capacité diminue avec l’âge et l’évolution de la maladie. Si l’axone est, lui, détruit, il ne peut pas se réparer, ce qui peut conduire à un handicap permanent. »

À quel âge la maladie apparaît-elle généralement et y a-t-il une prédominance de sexe ?

« C’est principalement une maladie de l’adulte jeune, avec un âge moyen au diagnostic de 30 ans. Cependant, elle peut survenir à tout âge. Comme pour la plupart des maladies auto-immunes, il y a une prédominance féminine, avec trois fois plus de femmes touchées. En France, environ 130 000 personnes sont atteintes de sclérose en plaques ( 6 000 en Lorraine ), avec environ 5 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année. »

Quels sont les premiers symptômes qui peuvent alerter ?

«  L’un des symptômes les plus fréquents est la survenue d’une vision floue sur un seul œil , accompagnée de douleurs lors des mouvements oculaires. D’autres symptômes courants incluent des troubles sensitifs comme des fourmillements, des brûlures, des décharges électriques ou une diminution de la force musculaire, qui peuvent toucher un ou plusieurs membres. On peut également avoir des troubles de l’équilibre pouvant altérer la marche. Ces symptômes s’installent généralement progressivement sur quelques heures à quelques jours, contrairement à un accident vasculaire cérébral qui débute brutalement. »

Vous avez mentionné des « plaques » sur les IRM. Qu’est-ce que cela signifie ?

« Lorsque la myéline est attaquée, cela crée des lésions inflammatoires, appelées « plaques », visibles sur les IRM du cerveau et de la moelle épinière. Pour poser un diagnostic, il faut avoir, entre autres, des plaques dans différentes régions du système nerveux central. »

La maladie évolue-t-elle par poussées ?

« Oui, la maladie évolue par poussées dans les formes rémittentes. Une poussée est l’apparition de nouveaux symptômes, ou l’aggravation de symptômes existants, durant plus de 24 heures en lien avec une nouvelle lésion visible sur l’IRM. Ces symptômes s’installent en quelques heures ou quelques jours et peuvent persister plusieurs jours à plusieurs semaines. Cependant, la maladie peut être active, et accumuler de nouvelles lésions sur l’IRM sans que le patient ne ressente de symptômes, selon la localisation de la lésion. C’est pourquoi la surveillance par IRM est très importante. »

Quels autres symptômes la sclérose en plaques peut-elle provoquer ?

« Elle peut entraîner des troubles urinaires et sexuels, car les commandes de ces fonctions passent par le cerveau et la moelle épinière. Des troubles cognitifs, comme des difficultés de concentration, un ralentissement du traitement de l’information ou des difficultés à trouver ses mots. Des troubles de l’humeur, comme l’anxiété ou la dépression, peuvent aussi être observés. Enfin, la fatigue est l’un des symptômes les plus fréquents et les plus invalidants : elle concerne jusqu’à 90 % des patients et peut avoir un impact important sur la vie quotidienne. »

Y a-t-il eu des avancées significatives dans le traitement de la sclérose en plaques ?

« Oui, il y a eu des progrès considérables au cours des vingt dernières années, permettant de modifier l’évolution de la maladie. En 2026, nous savons très bien contrôler l’activité inflammatoire de la maladie chez la grande majorité des patients. Le diagnostic est posé de plus en plus tôt, parfois même avant l’apparition de symptômes. Plus le diagnostic et le traitement sont précoces, meilleure est l’évolution. L’enjeu actuel de la recherche est de développer des traitements, dans les formes progressives, capables de favoriser la remyélinisation et de protéger les neurones. »

Quel message positif souhaiteriez-vous faire passer aux patients ?

« Grâce aux progrès diagnostiques et thérapeutiques, la sclérose en plaques n’a plus aujourd’hui le même pronostic qu’il y a vingt ou trente ans. Dans la grande majorité des cas, nous disposons de traitements efficaces pour contrôler la maladie et préserver l’autonomie des patients sur le long terme. La recherche est très dynamique dans ce domaine et de nouvelles avancées continuent d’émerger. »