« Moi, je n’étais pas tracassé, notre famille qui le connaît non plus… Les autres bien (rires). Il manie seul une grue depuis qu’il a deux ans et demi. Son petit frère qui a trois ans, c’est la même chose. C’est génétique, on va dire. C’est une ferme et ils veulent faire comme nous, on ne va pas leur interdire. Ils apprennent encore plus vite comme ça », lance son papa, Christophe Toussaint à la tête d’une entreprise de terrassement, de transport et de travaux agricoles, située au Rafhay à Soumagne.
Des sauvetages le premier soir
Un de ses « bulls » était en réalité réquisitionné dès le mercredi soir, le 14 juillet 2021. « Mon cousin est pompier. Ils n’ont jamais su rentrer dans leur caserne qui était sous eau. Et ils n’arrivaient pas, avec les moyens qu’ils avaient, à aller chercher les gens coincés au premier étage. On a pu rouler un peu, quand il n’y avait qu’un mètre d’eau, puis on a dû abandonner la machine qui s’était mise en sécurité, après avoir aspiré de l’eau. »
Heure par heure, ce qui s’est passé lors des inondations en Wallonie en juillet 2021
De fil en aiguille, il a amené un, deux, trois engins de génie civil dans la vallée… puis une douzaine d’hommes et autant de grues et de tracteurs agricoles. « C’étaient les congés du bâtiment, quasi tous les ouvriers sont revenus. Et ils n’ont pas compté leurs heures. »

Christophe et Nathan Toussaint. ©EDADes milliers de mètres cubes évacués : un élan du cœur
Ils arrivaient en sauveurs pour les Pepins durement sinistrés. « Si vous devez bouger 2 m3 de votre jardin à la main, c’est encore possible. Mais quand vous devez bouger 200 m3, ça ne l’est plus. On a chargé les gravats et dégagé ce qui bloquait l’écoulement des eaux aussi. Les gens étaient très reconnaissants. Ils nous amenaient à manger, à boire. Franchement, il y avait un bel esprit de solidarité ! », se remémore-t-il.
Avec ses hommes, il a œuvré durant trois semaines après les inondations, principalement à Pepinster et également dans une bien moindre mesure à Olne et Soumagne. Et alors qu’il a aidé spontanément, il garde aujourd’hui un goût amer. « On est venu pour dépanner, bénévolement. Puis, une fois que tout était plus ou moins nettoyé, on a demandé un peu quoi et comme on nous a demandé de rester, c’était plus encadré. Et cinq ans après, on doit se battre pour être payés. » Son matériel a été également lourdement endommagé : le bulldozer du premier soir a notamment été complètement sinistré.

©Xavier Piron

©Xavier Piron »Elle cherchait sa maison, mais il n’y avait plus rien »
Ce qui l’a fait descendre dès la décrue, c’est bien le fait d’aider les gens. « C’est pour ça que mon grand est venu avec moi trois jours, parce qu’il connaissait des sinistrés à Pepinster. On y a quand même pas mal de famille donc forcément il y a des maisons qu’on connaissait, et quand on a vu l’état dans lequel elles étaient… Ce n’était pas le plus chouette à voir. »
Et parmi les images tristement marquantes que le Soumagnard garde en tête, celui d’une dame qui cherchait sa maison, trois ou quatre jours après avoir fui. « Elle était très gentille, mais carrément paumée. Elle est venue me trouver car elle disait avoir perdu sa maison. En réalité, elle était complètement partie. Il n’y avait plus rien. Mais elle ne comprenait pas et continuait à la chercher. »
« Dès qu’il y a un orage, ils ont peur. Ils n’ont pas oublié »
Cinq ans après la catastrophe, les 14, 15 et 16 juillet, Christophe Toussaint sera à nouveau à l’œuvre dans la vallée, pour des travaux d’aménagement des berges, derrière la maison de repos de Pepinster. Un triste symbole à ses yeux. « C’est une continuité… Mais c’est tard », souffle-t-il. Et d’insister : « Les habitants, dès qu’il y a un orage, ils ont peur. Ils n’ont pas oublié ! »