Une étude révèle une tendance surprenante, les anciens combattants vivant dans des quartiers aisés présentent un risque accru de cancer du pancréas. En analysant les données de millions de vétérans, les chercheurs explorent le lien entre niveau socio-économique et santé.
Le cancer du pancréas reste l’un des cancers les plus redoutés. Souvent silencieux à ses débuts, il est le plus souvent diagnostiqué à un stade avancé, ce qui limite fortement les possibilités de traitement. Si le tabac, l’obésité ou encore le diabète sont des facteurs de risque bien identifiés, les chercheurs s’intéressent désormais à un autre élément : l’environnement dans lequel nous vivons.
Une étude publiée récemment dans la revue JNCI Cancer Spectrum s’est penchée sur l’influence du quartier de résidence. En analysant les données de plusieurs millions d’anciens combattants suivis par la Veterans Health Administration (VA) aux États-Unis, les chercheurs de la Yale School of Medicine ont voulu déterminer si le niveau socio-économique d’un quartier pouvait être associé au risque de développer un cancer du pancréas. « Pour certains cancers courants, le quartier d’habitation d’une personne est corrélé à sa probabilité de développer la maladie », rappelle Louise Wang, professeure adjointe de médecine à Yale et auteure principale de l’étude.
Quel lien entre quartier, niveau socio-économique et risque de cancer du pancréas
Pour y répondre, les chercheurs ont utilisé les données du système de santé du VA dans une cohorte rétrospective sur une période allant du 1er octobre 2001 au 31 décembre 2021, soit 5 069 429 patients, parmi lesquels 31 242 cas de cancer du pancréas ont été identifiés. Le contexte social de chaque patient a été résumé grâce à l’Area Deprivation Index, un indice de défavorisation développé pour l’Administration des anciens combattants qui combine revenu, niveau d’éducation, emploi, caractéristiques du logement et autres indicateurs du quartier.
Les auteurs ont réparti ces quartiers sur une échelle allant des plus défavorisés aux plus favorisés, puis comparé le risque de développer un cancer du pancréas selon cette échelle, à l’aide d’un modèle statistique de type Cox produisant un hazard ratio. Résultat : les anciens combattants vivant dans les quartiers les plus favorisés présentaient un risque légèrement accru de développer un cancer du pancréas.
Pourquoi les quartiers favorisés semblent un peu plus touchés ?
Ce sur-risque reste modeste : un hazard ratio de 1,13 signifie environ 13 % de diagnostics en plus dans le groupe le plus favorisé sur la période étudiée. Il n’en surprend pas moins les auteurs, qui s’attendaient plutôt à voir les quartiers défavorisés plus touchés, comme pour d’autres cancers. « Nous ne nous attendions pas à constater que les personnes vivant dans des quartiers où les revenus, le niveau d’éducation et d’autres avantages sont plus élevés présentent un risque accru de cancer du pancréas », a reconnu Louise Wang.
L’hypothèse avancée est celle d’un biais de détection : dans les quartiers aisés, les habitants consultent plus, accèdent plus facilement aux examens d’imagerie et bénéficient d’une surveillance médicale rapprochée. « Il est possible que dans ces quartiers, le dépistage et la surveillance soient plus fréquents, ce qui expliquerait le taux de diagnostic plus élevé. » Les vétérans de ces zones étaient aussi légèrement plus âgés, ce qui augmente le risque de nombreux cancers, même si l’analyse a tenu compte de l’âge.
Comment interpréter ce lien entre lieu de vie et risque individuel ?
Pour Louise Wang, le message principal est que le quartier compte, mais beaucoup moins que les facteurs individuels comme le tabagisme ou la consommation importante d’alcool. L’étude porte sur des anciens combattants, majoritairement des hommes, dans un système de soins spécifique aux États-Unis ; elle ne permet donc pas de conclure que vivre dans un quartier riche « donne » le cancer du pancréas. Elle montre plutôt comment les déterminants sociaux et l’accès aux soins influencent les chances de poser un diagnostic à temps.