Du fait de leur minuscule cerveau, les insectes sont souvent considérés comme des animaux purement instinctifs. Mais une étude menée sur des bourdons montre que certains insectes sont bel et bien capables de trouver par eux-mêmes des solutions à des problèmes. Ces hyménoptères rondouillards sont plus intelligents qu’on ne le pensait.

Les bourdons sont capables de résoudre des problèmes, de s’orienter et même d’apprendre les uns des autres en se copiant. C’est aujourd’hui un fait avéré. Et c’est considérable au vu de la taille minuscule de leur cerveau: à peu près celle d’une tête d’épingle.

Modèle 3D du cerveau du bourdon, basé sur la microtomographie à rayons X. Sa petite taille est représentée par la barre d'échelle d'un millimètre. Les zones de différentes couleurs symbolisent les centres de l'odorat, de l'orientation, de la vision et de l'apprentissage. [Modèle 3D réalisé par Lisa Rother, Université de Wurtzbourg] Modèle 3D du cerveau du bourdon, basé sur la microtomographie à rayons X. Sa petite taille est représentée par la barre d’échelle d’un millimètre. Les zones de différentes couleurs symbolisent les centres de l’odorat, de l’orientation, de la vision et de l’apprentissage. [Modèle 3D réalisé par Lisa Rother, Université de Wurtzbourg]

Olli Loukola, écologue comportementaliste à l’Université de Turku en Finlande, a étudié les capacités du cerveau du bourdon. Il a fait une découverte surprenante: les bourdons peuvent accomplir des tâches bien plus complexes qu’on ne le pensait.

L’étude montre qu’ils sont capables de résoudre des problèmes spontanément. « Même un petit cerveau d’insecte peut trouver des solutions flexibles et ciblées à des problèmes inédits. Cela n’avait jamais été démontré auparavant chez un invertébré », relate l’écologue au micro de SRF.

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Résolution de problème « spontanée »

Résoudre un problème spontanément signifie trouver l’idée ou la solution par soi-même, sans formation préalable, sans instruction, sans avoir jamais observé la solution ailleurs. Cette capacité a traditionnellement été associée aux humains ou à d’autres vertébrés à gros cerveau comme les chimpanzés ou les éléphants, ainsi qu’à certains oiseaux.

Un bourdon pollinise des coquelicots au milieu de plants d'avoine dans un champ, photographié le vendredi 5 avril 2024 à Uster. [© KEYSTONE - GAETAN BALLY] Un bourdon pollinise des coquelicots au milieu de plants d’avoine dans un champ, photographié le vendredi 5 avril 2024 à Uster. [© KEYSTONE – GAETAN BALLY]

Dans cette expérience, des bourdons utilisaient une balle pour obtenir une récompense [lire encadré]. « Le point crucial est que les bourdons ont trouvé des solutions sans entraînement préalable. C’est une nouveauté qui représente, en quelque sorte, un niveau supérieur de cognition complexe chez les insectes », explique Olli Loukola.

Conceptuellement, l’expérience est similaire aux études menées il y a plus d’un siècle par le psychologue Wolfgang Köhler. Dans ces expériences, les chimpanzés parvenaient à se procurer des bananes en empilant spontanément des boîtes et en grimpant dessus. Ces études ont profondément modifié notre perception des animaux.

Faire preuve de stratégie?

L’étude d’Olli Loukola n’affirme pas que les bourdons résolvent cette tâche de la même manière que les chimpanzés. Simplement, « les deux expériences consistent à utiliser un objet placé dans une nouvelle position pour atteindre un objectif autrement inaccessible. »

Un bourdon posé sur une fleur à Francfort-sur-le-Main, en Hesse, le 24 mars 2021. [KEYSTONE - BORIS ROESSLER] Un bourdon posé sur une fleur à Francfort-sur-le-Main, en Hesse, le 24 mars 2021. [KEYSTONE – BORIS ROESSLER]

Il convient encore d’étudier plus en détail si les bourdons de cette expérience planifiaient réellement leurs actions à l’avance ou faisaient preuve de stratégie, nuance Eva Ringler, écologue comportementale à l’Université de Berne, qui n’a pas participé à l’étude.

« L’étude en elle-même est absolument fascinante. Elle offre une perspective totalement inédite sur les capacités des insectes et leurs performances cognitives », avance-t-elle.

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Les bourdons se disent-ils « Eurêka! » à leur façon?

L’étude soulève également de nombreuses questions pour Olli Loukola. Le chercheur souhaite poursuivre ses recherches sur ce « comportement révélateur », en particulier le moment d’illumination qui y est associé.

« Que se passe-t-il juste avant que le bourdon ne résolve le problème? Pouvons-nous tirer des enseignements de son comportement, de ses micro-gestes, de ses mouvements corporels ou de son toilettage? », s’interroge-t-il.

Au moins une chose lui paraît claire désormais: malgré leur minuscule cerveau, les bourdons sont plus intelligents qu’on ne le pensait auparavant.

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Article original: Angelika Kren (SRF)

Adaptation française: Julien Furrer (RTS)