Nicolas Leduc-Savard, qui compte plus de 8000 abonnés sur Instagram, offre des conseils de nutrition sportive sur différentes plateformes et balados. Il est membre de l’Ordre des diététistes-nutritionnistes du Québec depuis le 18 décembre 2015.
En avril 2025, M. Leduc-Savard a utilisé son titre professionnel en association avec la marque de boisson énergisante Guru dans le but d’en faire la promotion, ce qui contrevient au Code de déontologie des diététistes, révèle une décision du Conseil de discipline de l’Ordre des diététistes-nutritionnistes rendue le mois dernier.
Le créateur de contenu avait reçu un cachet de 1000 $ pour cette collaboration.
Le Conseil de discipline de l’Ordre reprochait aussi à M. Leduc-Savard d’avoir fait des déclarations «contraires aux normes professionnelles et aux données de la science généralement reconnue». Dans deux vidéos sur la caféine et le sport, le nutritionniste a tenu des propos qui «ne respectent pas l’ensemble des recommandations de la santé publique».
«Enjeu important»
Contacté par Le Soleil, l’Ordre des diététistes-nutritionnistes du Québec affirme qu’il s’agit de la première radiation pour de tels motifs.
«La consommation de boissons énergisantes n’est généralement pas recommandée par les diététistes-nutritionnistes. Ces produits n’apportent, pour la population générale, aucun bénéfice démontré sur le plan de la santé nutritionnelle et peuvent, dans certaines circonstances, nuire à la santé», explique la présidente Joëlle Emond.
Lorsqu’elle est consommée avec certains médicaments, la caféine peut même causer la mort, fait valoir Mme Emond.
La consommation de boissons sucrées, y compris plusieurs boissons énergisantes caféinées, est en hausse chez les jeunes et constitue un enjeu important de santé publique.
— Joëlle Emond, présidente de l’Ordre des diététistes-nutritionnistes du Québec. Des capsules «Wake ups»
Dans le cadre de ses fonctions professionnelles, M. Leduc-Savard offre notamment des services en nutrition à une clientèle de jeunes sportifs sur la Rive-Sud de Montréal.
Dans ce contexte, il a recommandé à un patient mineur de prendre des suppléments de caféine sous forme de capsule de type «Wake ups».
Au printemps, lors d’une consultation, il lui a suggéré de tester cette substance avant l’entraînement et d’en prendre avant la compétition, à une dose de 100 mg.
Lors d’une deuxième consultation, il conseille d’augmenter la dose de supplément de caféine avant l’entraînement, puis de prendre une dose de 2 X 100 mg avant la compétition..
Selon une experte consultée par le Conseil de discipline, ces recommandations formulées à un adolescent de moins de 18 ans sont «contraires aux données scientifiques actuellement reconnues». La dose de 200 mg n’est pas conforme aux seuils de sécurité établis par la science ni aux lignes directrices nationale et internationales en santé publique.
Radié trois mois
Nicolas Leduc-Savard a reconnu sa culpabilité à trois manquements au code de déontologie de sa profession. Le Conseil de discipline lui a imposé une radiation de trois mois.
Depuis, le nutritionniste a cessé tout partenariat avec l’entreprise Guru. «Il s’engage à ne plus faire de recommandations associées à la prise de comprimés de caféine à sa clientèle adolescente», précise la décision.
«M. Leduc-Savard reconnaît les erreurs qu’il a commises et exprime des regrets sincères. Il explique que dorénavant, il priorisera la santé et la sécurité de ses patients.»
De son côté, l’entreprise Guru prend acte de la décision de l’Ordre. «Notre collaboration avec M. Leduc-Savard était une entente ponctuelle de création de contenu, menée de bonne foi et, à notre connaissance, dans le respect des balises déontologiques que le professionnel nous avait lui-même communiquées», note son président, Carl Goyette.
Malgré plusieurs tentatives, Nicolas Leduc-Savard n’a pas répondu aux demandes d’entrevue du Soleil.
Une loi prometteuse ?
En juin, le gouvernement a adopté une nouvelle loi qui interdit la vente de boissons énergisantes aux jeunes de moins de 16 ans. Ce changement législatif a été engendré par le cri du cœur des parents de Zachary Miron, un jeune de 15 ans mort en 2024 en raison d’une consommation simultanée de Red Bull et de son médicament pour le TDAH.
«L’interdiction de vente aux moins de 16 ans pourrait contribuer à réduire leur consommation. Toutefois, cette mesure comporte des risques de substitution ou de contournement», soulève la présidente de l’Ordre des diététistes-nutritionnistes du Québec.
Selon Mme Emond, la loi gagnerait à s’intégrer dans une approche de santé publique globale combinant plusieurs leviers, tels que la taxation des boissons sucrées, l’encadrement du marketing à l’intention des mineurs, la reformulation des produits, un étiquetage clair et la mise en place d’environnements favorables.
La présidente ajoute que la mise en place d’un mécanisme de suivi «serait essentielle» afin d’évaluer les effets de ces mesures et d’ajuster les interventions au besoin.