La consigne, révélée par Reuters et confirmée par les forces armées polonaises, survient dans un contexte bien précis en Europe, et la Pologne ne fait pas exception. Au niveau national, les marques chinoises ont plus que quadruplé leur part de marché, passant de 2 % en 2024 à 8,2 % l’année dernière, rapporte les Echos. Des chiffres évidemment portés par les géants comme BYD et MG, très présents sur le segment des voitures électriques et connectées.

Prix, technologie, design : comment les constructeurs chinois gagnent des parts de marché en BelgiqueLes installations stratégiques concernées

Il faut savoir que ces véhicules sont équipés de caméras, de capteurs et de systèmes de géolocalisation qui fonctionnent en permanence. Ils enregistrent leur environnement, leur position, et peuvent envoyer ces informations vers des serveurs distants. Sauf que sur un site militaire, ce type de fonctionnalités pose problème, en particulier lorsqu’il s’agit d’installations stratégiques.

Dans son communiqué, l’état-major polonais indique que l’interdiction vise les véhicules « fabriqués en République populaire de Chine ». Mais le texte va plus loin. Les restrictions concernent aussi « les autres véhicules équipés de dispositifs intégrés ou additionnels capables d’enregistrer la position, l’image ou le son ». Il n’y a donc pas que les véhicules chinois qui sont concernés, mais aussi des modèles d’autres constructeurs notamment certaines Tesla ou autres voitures assemblées en Europe.

Conséquence, ces véhicules devront, dans certains cas, rester à l’extérieur des installations militaires. À noter que la mesure ne s’applique pas aux sites ouverts au public, mais uniquement aux bases et aux zones considérées comme sensibles.

La redoutable offensive des constructeurs chinois en EuropeBluetooth interdit

L’armée laisse toutefois une possibilité d’accès, à condition que certaines fonctions soient désactivées et que des mesures préventives soient mises en place conformément aux règles de sécurité du site. Pour l’instant, les modalités concrètes restent à définir. Pour ce faire, le chef d’état-major a demandé la mise en place d’un cadre juridique et technique, qui devra notamment permettre aux constructeurs d’adapter leurs systèmes.

Mais pour aller un peu plus loin, une autre restriction est que les militaires ne peuvent plus connecter leurs téléphones professionnels aux systèmes embarqués des voitures fabriquées en Chine. Cette fonction via le bluetooth, courante dans les véhicules de nos jours, permet d’accéder à certaines données du téléphone via l’écran de la voiture. Mais les autorités veulent éviter tout transfert involontaire d’informations sensibles.

D’autres prennent le pas

La Pologne n’est pas le seul pays à prendre ce type de mesures. La question des voitures connectées préoccupe plusieurs autres, et pas qu’en Europe. Dès 2021, la Chine avait interdit l’accès de certains sites sensibles aux véhicules Tesla, en raison des données collectées par leurs caméras. Israël a aussi bloqué l’accès de ses bases militaires aux voitures chinoises.

Embouteillage de voitures électriques dans les ports belges : « Les Chinois nous les envoient en masse sans même les avoir vendues »

Les États-Unis suivent donc le dossier de près, dans un contexte de tensions technologiques avec la Chine. En Europe, certains pays ont déjà pris des mesures. En Allemagne par exemple, des restrictions existent pour les véhicules équipés de caméras, notamment des Tesla et des modèles chinois, sur certains sites sensibles. Au Royaume-Uni, des discussions sont en cours, tout comme dans d’autres pays de l’OTAN.