Après le chocolat, faut-il désormais se méfier du riz ? Selon une étude menée dans une grande région rizicole de Chine, le cadmium présent dans le riz pourrait être responsable du risque accru de maladie rénale chronique. Pourtant, les teneurs en cette substance toxique respectent les normes sanitaires en vigueur dans le pays.
D’où vient le cadmium ?
Le cadmium est une substance cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction. Selon l’Agence de sécurité sanitaire (Anses), il « entraîne chez l’être humain des atteintes rénales et une fragilité osseuse lors d’une exposition prolongée, notamment par voie orale via l’alimentation et l’eau de boisson ».
On en trouve naturellement dans le sol, mais le recours aux engrais phosphatés et certaines activités industrielles comme la métallurgie peuvent augmenter les taux. Ce métal lourd est absorbé par les plantes et peut ainsi se retrouver dans nos assiettes.

Tags :
sante
Quelle différence entre cancérigène et cancérogène ?
Lire l’article
Une préoccupation de santé publique
En juin dernier, la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé-médecins libéraux (URPS-ML) adressait un courrier au gouvernement français faisant part de son inquiétude concernant l’exposition au cadmium de la population française. L’imprégnation des Français à cette substance aurait en effet pratiquement doublé entre 2006 et 2016.
Certains aliments comme les pommes de terre, le pain, les pâtes et les céréales du petit déjeuner sont pointés du doigt par les scientifiques. En août dernier, l’UFC Que choisir soupçonnait également le chocolat et les produits chocolatés – qui présentent des teneurs non négligeables en cadmium – de contribuer de manière non négligeable à l’exposition des enfants.

En France, c’est surtout les produits céréaliers, la pomme de terre, le chocolat et les produits chocolatés qui contribuent le plus à l’exposition au cadmium. © Sadia, Adobe Stock (image générée à l’aide de l’IA)
Une contribution importante à l’imprégnation de la population chinoise
La nouvelle étude chinoise, dont les résultats ont été publiés dans Science Advances, suggère que la consommation de riz pourrait également poser problème. Les chercheurs de l’université médicale de Nanjing, située dans la province de Jiangsu, ont recueilli plusieurs centaines d’échantillons d’air, de sol et de riz, ainsi que de sang et d’urine chez des habitants consommant du riz local.
Les résultats montrent que la teneur en cadmium moyenne du riz de cette région (0,046 mg/kg de riz) a beau se situer dans les normes (fixées à 0,2 mg/kg en Chine), le calcul des doses ingérées indique que 39 % des rations quotidiennes dépassent le seuil au-delà duquel il existe une augmentation du risque de maladie rénale chronique. Ce seuil correspond au cinquième percentile de la dose de référence inférieure (BMDL5) fixé à 17,1 µg/j.
Le saviez-vous ?
La pollution aux métaux lourds constitue un enjeu majeur de santé publique mondiale. Parmi eux, le cadmium (Cd), classé cancérogène certain par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) et prioritaire par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), se distingue par sa toxicité élevée et sa longue persistance dans l’organisme.
On retrouve régulièrement des taux importants de cadmium dans le riz, mais également d’arsenic qui fait aussi partie des métaux lourds toxiques pour l’Homme. Dans certaines régions du monde, telles que le Bangladesh, on trouve des niveaux particulièrement élevés d’arsenic dans les sols, ce qui se traduit par des concentrations importantes dans les aliments.
Près de la moitié des participants au-delà du seuil
Selon les chercheurs, 48,40 % des adultes – soit près de la moitié d’entre eux – dépassaient les niveaux BMDL5 pour le cadmium dans le sang et 20,61 % dépassaient le BMDL5 dans l’urine. Il apparaissait également que plus l’âge des participants était avancé, plus les taux de contaminations sanguins et urinaires étaient élevés.
« Bien que la plupart des échantillons de sol et de riz contiennent des niveaux de cadmium inférieurs aux normes nationales de sécurité, nos résultats démontrent des risques persistants pour la santé », commentent les auteurs. Pour eux, un abaissement des valeurs limites dans le riz est nécessaire.

Tags :
sante
Alimentation : sommes-nous tous contaminés au cadmium sans le savoir ?
Lire l’article
Les Français concernés ?
Alors, faut-il s’inquiéter de la présence de cadmium dans le riz distribué en France ? Une chose est sûre, nous consommons bien moins de riz que les Chinois (4,5 kilos en moyenne par an contre 130 kg/an en Chine). Et les teneurs limites sont plus faibles chez nous (0,15 mg de cadmium par kilo de riz contre 0,2 mg/kg en Chine). Il est également possible que les rizières de la province de Jiangsu soient contaminées par les sites industriels à proximité ou qu’elles aient pu être alimentées par des eaux contaminées.
Mais en France, l’étude Esteban pilotée par Santé publique France indique que 47 % des adultes et 18 % des enfants dépassent la concentration critique pour le cadmium. Une consommation excessive de riz pourrait donc potentiellement aggraver la situation.
La solution : penser à bien diversifier son alimentation en veillant à éviter les excès de chocolat et produits chocolatés, de produits céréaliers (pain, biscuits, pâtes…), de pomme de terre… et de riz !