La polémique du « Bonjour » d’un contrôleur de train vire à la crispation communautaire et politique
Un membre de ladite commission aurait constaté quelques jours plus tard que, sur la même ligne, le même accompagnateur se serait adressé à un voyageur en disant « goedendag, bonjour. »
Pour rappel, une première plainte avait déjà déposée en décembre 2024 contre un accompagnateur de train parce qu’il a dit « bonjour » alors qu’il se trouvait dans la commune flamande de Vilvorde. Le principal intéressé s’en était amusé, au point de créer sa propre marque de mugs et t-shirt « Goiedag-Bonjour ».
SNCB consultée par la CPCL : « En principe, seule la langue de la région est utilisée dans une région unilingue »
Dans la foulée de la plainte, la CPCL avait contacté la SNCB. « La SNCB convient que dans le cadre d’un contact individuel avec un particulier néerlandophone à Malines et à Hofstade, le néerlandais doit être utilisé », avait répondu la SNCB. En indiquant toutefois que, « l’accompagnateur de train a souhaité accueillir chaleureusement tous les voyageurs à bord de son train, par enthousiasme et dans un souci d’orientation client. Son intention n’était pas de violer la législation. »
Et de poursuivre : « La SNCB intègre dans la formation des accompagnateurs de train l’usage correct des langues conformément à la législation linguistique. En principe, seule la langue de la région est utilisée dans une région unilingue. Cela implique toutefois que l’on passe parfois à côté des besoins des voyageurs ferroviaires, qui forment un public cible hétérogène désireux de recevoir des informations complètes, claires et orientées client. »
CPCL : « De telles pratiques sont de nature à perturber l’entente entre les communautés linguistiques »
Au final, la CPCL a jugé la plainte fondée. Bien que la ligne S4 soit soumise au régime bilingue bruxellois parce qu’elle traverse la capitale, les règles changent dès que le train roule en Flandre. « Les trains sont des services régionaux dont la qualification exacte dépend des régions de langue et des communes qu’ils traversent, justifie-t-elle. […]. Lorsque le train se trouve dans la région de langue néerlandaise, qui est homogène, il existe une présomption réfragable (NDLR : qui peut être réfutée) selon laquelle les voyageurs parlent le néerlandais. Il en découle que l’accompagnateur de train doit s’adresser à eux en néerlandais dans cette région de langue lorsqu’il ne connaît pas (encore) la langue du voyageur concerné. Lorsque les voyageurs s’adressent à l’accompagnateur de train ou lui répondent en néerlandais, il doit leur répondre en néerlandais. Lorsque les voyageurs s’adressent à lui ou lui répondent en français, il doit leur répondre en français. »
Et selon la CPCL, le fait que le plaignant ait un abonnement néerlandophone aurait dû impliquer que l’accompagnateur de trains ne lui parle qu’en néerlandais.
De plus, « bien que l’accompagnateur de train aurait pu établir l’appartenance linguistique des autres voyageurs sur la base de leurs billets ou abonnements, il a remercié à plusieurs reprises des voyageurs et leur a souhaité un bon voyage tant en néerlandais qu’en français, au lieu d’utiliser exclusivement la langue correspondant à leur appartenance linguistique. »
Enfin, « l’accompagnateur de train aurait dû saluer les voyageurs dont il ne connaissait pas (encore) l’appartenance linguistique exclusivement en néerlandais. »
La polémique du « Bonjour » d’un contrôleur de train vire à la crispation communautaire et politique
Selon la CPCL, « lorsque les agents d’une entreprise publique font régulièrement des annonces dans deux langues au lieu d’utiliser exclusivement la langue de la région, ils donnent l’impression que la région linguistique concernée n’a plus un caractère unilingue, mais un caractère bilingue. De telles pratiques sont de nature à perturber l’entente entre les communautés linguistiques, ce qui est contraire aux objectifs fondamentaux de la législation sur l’emploi des langues, qui est une loi d’ordre public. »
Notons que la plainte n’est qu’un avis non contraignant. Mais ce dernier impose à la SNCB de rappeler le principal intéressé à l’ordre. Nous avons tenté de joindre l’accompagnateur de trains mais il était, au moment d’écrire ces lignes, injoignable. La SNCB n’a pas encore réagi à nos sollicitations.