Le silence s’est posé sur la cuisine la plus bruyante de l’histoire de la télévision. Après cinq saisons d’une intensité rare, quarante-six épisodes haletants et un film prequel mémorable baptisé ‘Gary’, la série culte de Christopher Storer ‘The Bear’ a effectué son dernier service sur Disney+.
Pour les habitués du restaurant comme pour les spectatrices et spectateurs de la première heure, c’est un grand vide qui s’installe. Une sensation de fin de service, quand les lumières s’éteignent, que le sol est lavé et qu’il ne reste que l’écho des cris et le bruit des casseroles. Carmen a raccroché son tablier et la fin du service a sonné pour la série désormais culte ‘The Bear’ de Christopher Storer.
Née en 2022, ‘The Bear’ a offert une plongée dans le quotidien de Carmen « Carmy » Berzatto (incarné par Jeremy Allen White). Ce jeune chef prodige de la haute gastronomie revenait à Chicago après le suicide de son frère Michael pour reprendre une sandwicherie populaire, endettée et au bord du gouffre: The Original Beef of Chicagoland.
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Au-delà des fourneaux, ‘The Bear’ racontait avant tout l’histoire d’un famille dysfonctionnelle, d’un deuil, mais aussi de l’anxiété et de la violence systémique des grands restaurants. Rapidement, la série s’est imposée comme l’une des représentations les plus réalistes du stress au travail et de la tension qui peut régner dans les relations familiales.
Celles et ceux qui l’ont vu se souviennent avec une nostalgie déjà douloureuse de l’épisode 6 de la saison 2, ‘Fishes’, soixante minutes d’un dîner de Noël étouffant, filmé au plus près des visages, au rythme d’un montage nerveux et de dialogues qui s’entrechoquent. Parce qu’avec ‘The Bear’, nous n’étions pas de simples spectatrices et spectateurs, nous étions enfermés, avec eux, en immersion totale dans cette ambiance lourde, anxiogène et bruyante.
Entre caricature et vérité brute
Cette justesse presque insoutenable a fasciné le public autant qu’elle a divisé les professionnels. D’un côté, de grands chefs comme Philippe Etchebest [ndlr: chef cuisinier et animateur TV sur M6] expliquaient dans une interview de l’émission Clique sur Canal+ y voir une image parfois trop caricaturale et violente du métier. De l’autre, des chefs comme Marine Gora [cheffe à Paris] confiaient au journal Les Inrocks que le show était presque « trop vrai », ravivant pour elle la fatigue et la violence d’une journée de travail à peine achevée.
Cette authenticité millimétrée est le fruit d’une exigence extrême des détails: le bruit d’une étiquette qui tombe, le fil d’un couteau, la justesse des gestes et du matériel utilisé. La série s’est nourrie du réel en s’inspirant d’une véritable adresse de Chicago, Mr. Beef, et en s’appuyant sur l’expertise de Courtney Storer, cheffe et sœur du créateur de la série. Sans oublier la présence de Matty Matheson (Neil Fak à l’écran), véritable chef superstar dans la vie, qui incarnait ironiquement l’un des seuls personnages ne cuisinant jamais.
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Un monument de la pop culture
Plébiscitée par la critique, croulant sous les récompenses, ‘The Bear’ a réussi le tour de force de s’imposer dans la catégorie comédie malgré sa charge dramatique et émotionnelle constante. Elle a révélé des talents bruts: Ayo Edebiri (Sydney) ou encore Ebon Moss-Bachrach (Richie).
Et si les deux dernières saisons ont parfois donné l’impression de tourner en rond, la série est restée al dente jusqu’au bout. Elle a ouvert la voie à un nouveau genre, celui des fictions culinaires intenses, pavant le chemin pour des œuvres comme ‘The Menu’, ‘Boiling Point’ ou la nouveauté ‘Bistronomie’.
Aujourd’hui, le rideau tombe sur les Berzatto, famille dysfonctionnelle mais désormais indispensable du petit écran. Si vous n’avez pas encore goûté à leur univers, ou si vous ressentez déjà le manque, les cinq saisons et leurs quarante-six épisodes sont disponibles pour un marathon intensif. A consommer avec parcimonie, sous peine de palpitations.
Yacine Nemra/ld