Invité par le Vallon du Villaret, à Bagnols-les-Bains, le plasticien Pablo Garcia achève une impressionnante fresque pensée spécialement pour le site. Une œuvre immersive qui laisse chacun libre d’y voir ses propres images.

Impossible de la manquer. Au détour du sentier, les murs en terre crue du Vallon du Villaret, à Bagnols-les-Bains (communes de Mont-Lozère-et-Goulet), s’embrasent de jaune, de rose, de bleu et bientôt de vert. Dans cette partie, au milieu de la végétation, cette déferlante de couleurs surprend le regard. « Je pense qu’il va y avoir un petit effet de surprise. On arrive de cette végétation et d’un coup, on découvre une explosion de couleurs. On ne peut pas s’y attendre », sourit Pablo Garcia, pinceau à la main. D’ici dimanche 19 juillet 2026, le plasticien gardois aura achevé cette œuvre de grande ampleur, créée spécialement pour le site lozérien.

Au Vallon du Villaret, les artistes ne viennent pas simplement exposer une création. Ils imaginent une œuvre qui dialogue avec le paysage et le parcours des visiteurs. Pablo Garcia s’est pleinement prêté à l’exercice. « Moi, je vis une certaine expérience des lieux et l’idée, c’est de reproposer une nouvelle expérience aux visiteurs », insiste-t-il. Ici, le public est invité à traverser une nuée de couleurs, à s’y perdre quelques instants et à laisser libre cours à son imagination.

Une fresque qui s’invente sur place

Si une maquette existait avant son arrivée, elle a rapidement évolué. Le deuxième mur n’était pas prévu, certaines formes ont été simplifiées et l’équilibre des couleurs a changé au fil des journées. « La peinture est vraiment adaptée pour le lieu et pour l’expérience du lieu », résume l’artiste. Même le vert, omniprésent dans les premiers croquis, a finalement été réduit pour ne pas rivaliser avec celui des arbres qui entourent la fresque.

Cette capacité à se laisser guider par le site fait écho au Vallon lui-même. L’œuvre ne cherche pas à délivrer un message unique. Pablo Garcia revendique au contraire plusieurs niveaux de lecture. Ses nuages puisent autant leur inspiration dans le ciel que dans les fumées des barricades ou des manifestations. « C’est parler d’une certaine poésie de la révolte, mais en gardant vraiment cette question de la poésie », explique-t-il. Le visiteur est invité à prendre le temps de s’asseoir, de regarder et d’y voir ce qu’il souhaite. « Je n’ai pas envie qu’on explique tout. C’est aux gens de se faire une idée des choses. »

La contrainte comme moteur de création

Pour peindre ces nuages, Pablo Garcia n’utilise pas une palette de peintre classique. Il travaille avec un nuancier RAL, habituellement destiné aux peintures industrielles et au bâtiment. Une manière volontaire de limiter ses possibilités. « De la contrainte, ça permet de jouer un peu plus. Il faut se poser des limites, sinon le choix des couleurs est immense », explique-t-il.

Les teintes volontairement éloignées de celles de la nature évitent toute évidence. « Si je peignais des nuages en bleu, ça perdrait un peu d’intérêt et de surprise. » Chacun peut alors y voir des montagnes, de l’eau, des champignons… ou simplement des nuages.

Réalisée entièrement au pinceau, avec l’aide de sa compagne Marion, premier regard critique sur son travail, cette fresque est aussi pensée pour disparaître. Comme celle d’Armelle Caron avant elle, elle sera un jour recouverte par une nouvelle création. Une idée que Pablo Garcia assume pleinement : « Je serai très heureux qu’il y ait quelqu’un d’autre qui arrive derrière. » Pour lui, ces couches successives racontent l’histoire du Vallon autant que chacune des œuvres qui y prennent vie.

Pablo Garcia en quelques mots

Plasticien de 43 ans installé à Saint-Victor-la-Coste (Gard), Pablo Garcia est diplômé des Beaux-Arts de Montpellier depuis 2006. Originaire d’Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), il est arrivé dans l’Hérault à l’âge de dix ans avant de développer une pratique mêlant dessin, sculpture, installation et peinture murale. Présent récemment dans une exposition présentée à Montpellier au MO.CO. et au MO.CO. Panacée, il travaille également dans la scénographie d’expositions, l’accrochage d’œuvres et comme assistant auprès d’autres artistes. Il a notamment participé à l’installation de l’exposition consacrée à Raymond Depardon au musée du Gévaudan, à Mende. En 2021, une résidence artistique menée dans des écoles lozériennes lui avait permis de découvrir le Vallon du Villaret, où il signe aujourd’hui cette nouvelle création.