Que se passerait-il si un astéroïde géant percutait la Terre ? En 2019, l’Agence spatiale européenne (ESA) partait d’un constat : face à un tel événement, les humains inquiets se rueraient sur les réseaux sociaux. Pour anticiper ce scénario, elle avait lancé sa toute première répétition en direct sur les réseaux, illustrant les mesures que scientifiques, agences spatiales et services de protection civile pourraient prendre face à un impact majeur imminent. Un exercice révélateur, dont les enseignements restent d’actualité, d’autant que les outils de détection annoncés à l’époque sont depuis devenus réalité.

Une répétition grandeur nature

Ce n’était pas la première simulation du genre. Tous les deux ans, les spécialistes des astéroïdes unissent leurs forces pour imaginer ce qu’ils feraient en cas de collision avec la Planète. Chaque participant se voit attribuer un rôle : « gouvernement national », « agence spatiale », « astronome » ou encore « responsable de la protection civile ».

Peut-on vraiment prédire la chute d’un astéroïde ? © Ignatiev, iStock
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Le déroulé de la catastrophe fictive reste toujours un mystère, ce qui fait tout l’intérêt de l’exercice. En 2019, le public avait été invité à suivre les mises à jour en direct sur les canaux de l’ESA, dans le cadre de la Planetary Defense Conference organisée à Washington. L’exercice était piloté par le Bureau de coordination de la défense planétaire de la Nasa et l’agence fédérale américaine de gestion des urgences.


La défense planétaire est passée, en quelques années, de l’exercice théorique à la veille permanente. © Ignatiev, iStock

Connaître la menace avant d’agir

La première étape pour protéger notre Planète est de savoir ce qui se trouve là-haut, résumait Rüdiger Jehn, alors responsable de la défense planétaire à l’ESA. Ce n’est qu’ensuite, avec un préavis suffisant, que l’on peut prendre les mesures nécessaires pour empêcher un impact ou en réduire les dégâts au sol.

L’hypothèse n’a rien de farfelu. En avril 2019, les scientifiques avaient déjà catalogué environ 20 000 astéroïdes dont l’orbite frôle la nôtre. Et comme près de 150 de ces géocroiseurs sont découverts chaque mois, ce nombre ne cesse d’augmenter.

Des sentinelles enfin opérationnelles

À l’époque, l’ESA misait sur de nouvelles technologies pour mieux connaître ces roches spatiales, au premier rang desquelles le télescope Flyeye, alors seulement annoncé. Ce projet est aujourd’hui une réalité : le Flyeye-1 a réalisé sa « première lumière » en mai 2025 depuis Matera, en Italie, et a officiellement commencé sa surveillance du ciel.

Approche d'un astéroïde. © NASA/NEAR Project (JHU/APL)
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Son fonctionnement est aussi original que son nom. Inspiré de l’œil composé de la mouche, il divise la lumière entrante en seize canaux, chacun doté de sa propre caméra, ce qui lui offre un champ de vision plus de 200 fois supérieur à la taille apparente de la pleine Lune. Doté d’un miroir primaire d’un mètre, il balaie automatiquement le ciel chaque nuit, sans intervention humaine, pour repérer d’éventuels géocroiseurs. Lors de sa première campagne, il a même observé l’astéroïde 2025 KQ, découvert deux jours plus tôt seulement.

Le dispositif ne s’arrête pas là. Les objets détectés sont vérifiés par le Centre de coordination des géocroiseurs de l’ESA, puis transmis au Minor Planet Center pour un suivi par des télescopes plus puissants. À terme, un réseau pouvant compter jusqu’à quatre télescopes Flyeye, répartis entre les hémisphères nord et sud, doit encore accélérer et compléter cette traque. De la simulation sur les réseaux sociaux aux robots braqués vers les étoiles, la défense planétaire est passée, en quelques années, de l’exercice théorique à la veille permanente.