Pas question de dormir devant la série suédoise « Wake » à voir sur Prime Video depuis le 30 janvier. Malgré le refus du spectaculaire et de l’action survitaminée, ce thriller dystopique déroute autant qu’il subjugue. L’effondrement d’une nation à cause du virus de l’insomnie n’a jamais été aussi troublant à contempler.
Au plus haut sommet de l’Etat suédois, le ministre de la Santé minimise une pollution de l’eau courante par une industrie pharmaceutique. Alors qu’il étouffe l’affaire, il est informé d’incidents majeurs survenus en cascade. Un avion de ligne s’est écrasé, des accidents de la routes se sont multipliés, une remontée mécanique devenue folle a provoqué un carnage.
Rapidement, l’eau potable est désignée comme source de l’épidémie en cours. Sa consommation provoquerait une insomnie irrémédiable. Empêchés de dormir, les yeux rougis, le regard vide, en pilote automatique, les contaminés hagards se multiplient et, avec eux, l’effondrement du système s’accélère. L’état d’urgence est décrété. L’armée prend le contrôle, place Stockholm en quarantaine, installe des barrages, exécute les récalcitrants aux nouvelles règles.
Contenu externe
Ce contenu externe ne peut pas être affiché car il est susceptible de collecter des données personnelles. Pour voir ce contenu vous devez autoriser la catégorie Réseaux sociaux.
Accepter Plus d’info
Un thriller dystopique intime
Si « Wake » ne réinvente en rien le thriller dystopique, se perdant même parfois dans des sous-intrigues superflues, il n’empêche que cette série de zombies qui ne dit pas son nom possède bien des atouts, à commencer par l’argument principal, la privation de sommeil. Sans doute que les créatrices Brynja Björk et Pauline Wolff ont eu l’idée de « Wake » à force d’emprunter le métro le matin et d’observer des pendulaires dormant debout. Il aura suffi alors de se souvenir des hôpitaux saturés et des rues désertes durant la pandémie de Covid pour imaginer une série visant le réalisme avec en cause principale le mal du siècle, l’insomnie.
Mais que les férus de thrillers dystopiques biberonnés à l’action et au montage ultra rapide se le tiennent pour dit: « Wake » tire son originalité en s’éloignant justement des habituels codes du genre. Ici, la contemplation est préférée au rythme effréné. Le spectaculaire est évacué, à l’exception des catastrophes du début, pour privilégier l’intime et les rapports humains. Les points de vue des trois personnages principaux alternent pour mieux contempler le chaos en marche dans toutes les strates de la société.
La solidarité comme unique espoir
Ainsi, Christian (Jonas Karlsson), le ministre de la Santé corrompu, mauvais père qui tente de se racheter, incarne le désarroi d’une démocratie contrainte au totalitarisme pour endiguer une guerre civile. Elin (Aliette Opheim), la soignante en première ligne, se démène sans compter pour sauver des vies tout en soutenant son épouse contaminée. Enfin, Linda (Frida Argento), l’ado influenceuse, prend en charge son jeune voisin, orphelin dont le père complotiste et survivaliste a succombé au virus.
Dans cette atmosphère de fin du monde, la solidarité apparaît comme l’unique espoir de rester en vie en attendant un remède, car les pilules habituellement délivrées aux insomniaques demeurent parfaitement inefficaces. Après la Norvège frappée par la peste dans « Fortress », il serait bien dommage de ne pas se laisser contaminer par « Wake », nouvelle sensation nordique en provenance de Suède.
Philippe Congiusti/ld
« Wake » de Brynja Björk et Pauline Wolff, avec Jonas Karlsson, Aliette Opheim et Frida Argento. A voir sur Prime Video depuis le 30 janvier 2026.