Il y a quelque 56 millions d’années, notre Terre connaissait un épisode de réchauffement climatique marqué. Les scientifiques l’appellent maximum thermique du passage paléocène-éocène. Les températures sont alors montées de 5 à 8 °C. Avec les effets que l’on peut imaginer. La disparition de nombreux organismes marins. Des climats tropicaux qui s’étendent. Ou encore, l’apparition des primates. Mais ce sur quoi les chercheurs débattent encore, c’est sur ce qui a mené à ce réchauffement spectaculaire. Des éruptions volcaniques ou l’impact d’une comète ?
Certains envisagent désormais même qu’une étoile de passage a pu avoir un effet sur le paléoclimat d’il y a environ 50 millions d’années. Et des chercheurs de l’université d’Hawaï et de Yale (États-Unis) ont fait leurs calculs. Ils en livrent aujourd’hui le détail dans l’Astrophysical Journal.
Des étoiles s’aventurent parfois jusqu’à nous
Avant de s’y plonger, rappelons qu’il arrive que des étoiles passent dans le voisinage de notre Système solaire. Parce que celui-ci se déplace dans notre Galaxie. Ceux que les astronomes appellent les survols stellaires demeurent toutefois plutôt rares, car la région de la Voie lactée dans laquelle nous sommes installés est relativement peu peuplée. Mais il peut tout de même s’en produire.
C’est d’ailleurs arrivé récemment. Il y a 70 000 ans tout de même. Une étoile, l’étoile dite de Scholz, a traversé le nuage d’Oort, un réservoir d’objets cosmiques de type comètes à longue période ou planétésimaux glacés situé aux confins de notre Système solaire. Avec de potentiels « effets sur l’évolution dynamique à long terme du Système solaire, l’injection de comètes du nuage d’Oort, les propriétés des objets transneptuniens, et bien plus encore », écrivent les auteurs de la présente étude.

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Des étoiles auraient modifié l’orbite et le climat passés de la Terre
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L’année dernière, des chercheurs avaient conclu que « les étoiles passant près du Soleil modifient l’évolution orbitale de l’ensemble de notre système par leurs perturbations gravitationnelles sur les planètes géantes. Bien qu’il faille des dizaines de millions d’années pour que les effets des survols stellaires se manifestent de manière significative, l’évolution orbitale à long terme de la Terre et du reste des planètes est liée à ces étoiles ». Selon eux, des étoiles de passage pourraient donc bel et bien avoir modifié le paléoclimat de notre Terre.
The Oort Cloud is a massive orb of dust and ice surrounding the solar system. It is about 1.5 light years from the sun to the outer edge. 70,000 years ago a wandering binary red dwarf star called Scholz’s Star passed through the Oort Cloud, sending comets flying wildly. pic.twitter.com/VodEZA4rbh
— Hernan Cortes (@CyberPunkCortes) October 28, 2024Mais ces étoiles semblent sans effet sur notre climat
Mais la conclusion des chercheurs de l’université d’Hawaï et de Yale est différente. Ils n’ont, au contraire, trouvé aucune influence des étoiles de passage sur les reconstructions paléoclimatiques au cours des 56 derniers millions d’années. Ils l’expliquent par le fait qu’ils ont travaillé sur des modèles précis, incluant tous les effets secondaires connus. Alors que les études précédentes s’étaient contentées de modèles simplifiés.
Les astronomes rapportent notamment avoir observé un effet stabilisateur de notre Lune qui nous permet d’échapper à des effets trop importants du passage d’étoiles dans nos environs. Même lorsque les étoiles en question passent extrêmement près. La naine orange Gliese 710, justement, devrait s’approcher à seulement 0,1663 année-lumière. Soit environ 10 500 fois la distance qui sépare notre Terre du Soleil.
Elle aura alors plus de 85 % de chances de traverser, elle aussi, le nuage d’Oort. Cela pourrait envoyer une armée de comètes vers nous. Et provoquer un changement du climat de notre Terre ? Rien n’est désormais moins sûr. Mais des modèles de plus en plus complets aideront à s’en convaincre. Heureusement, nous avons encore près de 1,3 million d’années pour nous y préparer.