Étant donné que l’encre et autres substances de tatouage peuvent s’installer à long terme dans les ganglions lymphatiques, elles peuvent avoir un effet cumulatif au fil du temps. Par exemple, l’étude publiée par The Lancet a découvert que le risque de développer un lymphome était en forme de U : le risque est plus élevé durant les deux ans suivant un tatouage, puis diminue entre la troisième et la dixième année pour augmenter de nouveau à partir de la onzième année.
Malheureusement, le risque de cancer ne semble pas être influencé par l’époque où le tatouage est réalisé. « L’encre utilisée de nos jours n’est pas plus sûre que celle utilisée auparavant, car les tatoueurs se fournissent auprès de sources très nombreuses, sans forcément de contrôle qualité clair ou de transparence en termes de composition » révèle Christopher Bunick.
Bien que les législations française et européenne encadrent l’utilisation des encres pour le tatouage, il revient aux personnes qui envisagent de se faire tatouer de chercher et de choisir un tatoueur réputé et de se renseigner sur la composition chimique des encres qu’il utilise. Et ce notamment à l’étranger où les réglementations peuvent différer.
La question de l’influence de la taille d’un tatouage sur le risque de cancer est un peu plus délicate. L’étude publiée par The Lancet en 2024 n’a pas trouvé de preuve indiquant que la taille d’un tatouage augmente le risque de développer un lymphome. Néanmoins, l’étude de 2025 suggère que les personnes ayant des tatouages plus grands que la paume de la main ont presque trois fois plus de risques de développer un lymphome que les personnes non tatouées.
« Selon notre étude, la taille semble avoir son importance. Une interprétation raisonnable est que les tatouages plus grands reflètent une exposition globale à l’encre plus importante » explique Signe Bedsted Clemmensen, coautrice de l’étude et scientifique dans l’unité de recherche en épidémiologie, biostatistiques et biodémographie au département de santé publique de l’université du Danemark du Sud. « Plus il y a d’encre qui entre dans le corps, plus le risque d’accumulation dans les ganglions lymphatiques et d’interaction prolongée avec le système immunitaire est important. »
Toutefois, Signe Bedsted Clemmensen ajoute que « la taille d’un tatouage n’est qu’un indicateur approximatif. Deux tatouages de la même taille peuvent grandement différer en termes de densité et de quantité d’encre qu’ils contiennent. »
Malgré ces découvertes préoccupantes, il est important de se rappeler qu’un lien de corrélation n’est pas un lien de causalité. Il est nécessaire que plus de recherches soient réalisées afin de comprendre le rôle du tatouage dans ce contexte, affirment les experts.
« De nombreux facteurs de confusion de la vie réelle, notamment le mode de vie, l’exposition aux UV, les risques professionnels et le statut immunitaire peuvent influencer le risque de cancer » explique Joe K. Tung. « Comme pour de nombreuses expositions environnementales, le risque de cancer lié aux tatouages est probablement cumulatif et modifié par d’autres comportements qui peuvent faire augmenter ou réduire certains de ces risques. »
Une chose est sûre : faire retirer un tatouage n’est pas la solution. En fait, cela pourrait accroître le risque de cancer. Le détatouage au laser est la méthode la plus courante pour faire retirer un tatouage et « augmente la fragmentation des particules de pigments de l’encre et peut [favoriser] la migration de composés cancérogènes vers les ganglions lymphatiques » explique Christopher Bunick. En fait, l’étude publiée par The Lancet a révélé que les personnes ayant eu recours au détatouage au laser ont 2,5 fois plus de risque de développer un lymphome.
Une meilleure approche : adopter un mode de vie sain de manière proactive. Cela implique d’avoir une alimentation saine, d’éviter de fumer, de pratiquer une activité physique régulière, de limiter sa consommation d’alcool et de protéger sa peau.
« Il est particulièrement important pour les personnes tatouées de protéger leur peau du soleil, soit en utilisant une protection solaire soit en couvrant leur tatouage par des vêtements » précise Christel Nielsen. Joe K. Tung conseille de chercher une protection solaire à spectre large avec un SPF 30 ou plus.
Les personnes tatouées devraient également programmer des examens de la peau réguliers chez un dermatologue afin de chercher des signes possibles de cancer de la peau, car il peut parfois être difficile pour une personne lambda de détecter des excroissances de peau inquiétantes sur une peau tatouée.
De plus, veillez à consulter régulièrement votre médecin traitant. Soyez à l’affût de masses inhabituelles ou de ganglions lymphatiques gonflés et, le cas échéant, faites-les vérifier rapidement, rappelle Matthew Cortese. Lorsqu’ils sont détectés assez tôt, les cancers de la peau peuvent souvent être retirés et les lymphomes sont traitables et souvent guérissables.
Par-dessus tout, il est important de garder ces risques potentiels à leur juste mesure, précise Signe Bedsted Clemmensen. « Les lymphomes sont des cancers relativement rares et, même s’il y a un risque accru, le risque absolu pour chaque individu reste bas. » Certains peuvent considérer ce risque ajouté comme le petit prix à payer pour avoir un tatouage.