« Des accords, il y en a eu une multitude », explique le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, de passage la semaine dernière à Bruxelles, pour assister notamment au sommet ministériel de l’Organisation des États de l’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OEACP). « Tous parlent de cessez-le-feu mais il n’y en a jamais eu ».

L’éternelle question des FDLR

Tous les accords entre les deux pays voisins évoquent aussi le retrait des troupes rwandaises de la RDC et la neutralisation et le démantèlement par Kinshasa des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), un mouvement issu des génocidaires Rwandais de 1994.

Les États-Unis et l’Union européenne ont renforcé la pression sur Kigali pour obtenir ce retrait. Pour le président rwandais Paul Kagame, il est hors de question de se passer de ce qu’il appelle « ses mesures défensives » tant que Kinshasa n’en a pas fini avec les FDLR. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a reconnu le 5 juin dernier que le Rwanda faisait des pas dans la bonne direction mais qu’ils étaient insuffisants, sans la moindre allusion aux FDLR et l’inaction de Kinshasa.

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Mais la clémence internationale qui prévaut jusqu’ici à l’égard de la République démocratique du Congo commence à vaciller. Nombre de chancelleries, pourtant bienveillantes vis-à-vis Félix Tshisekedi, sont contraintes de constater que si le retrait rwandais est aussi lent que parcellaire, l’inaction congolaise sur la question des FDLR, elle, est totale.

Kinshasa a annoncé à plusieurs reprises son intention de s’attaquer à la présence de ce mouvement très actif sur les fronts militaires de la province du Nord-Kivu, sans résultat jusqu’ici.

Face à cette impunité généralisée, ce sont les FDLR eux-mêmes qui ont présenté aux autorités congolaises leur propre « Protocole de désarmement, démobilisation et cantonnement par la sensibilisation » dans une lettre adressée au président Tshisekedi le 30 mai 2026.

Protocole désarmement FDLR Page 1Protocole désarmement FDLR Page 1Le protocole de désarmement proposé officiellement par les FDLR. ©DRProtocole de désarmement proposé par les FDLR.Protocole de désarmement proposé par les FDLR.Protocole de désarmement proposé par les FDLR ©DRProtocole de désarmement proposé par les FDLR.Protocole de désarmement proposé par les FDLR.Protocole de désarmement proposé par les FDLR. ©DR

Un document dans lequel les FDLR tentent d’imposer leur futur et de réinterpréter l’accord de Washington en y ajoutant des conditions pour leur neutralisation. Selon ce texte, « le protocole constitue un cadre politique et opérationnel pour matérialiser les engagements de la République démocratique du Congo dans les accords de Washington ».

Le document est arrivé jusqu’aux autorités américaines et au siège de l’Union européenne. Certains y voient la main de Kinshasa pour tenter de faire bouger les lignes en faveur de leurs alliés. D’autres, plus « pragmatiques », seraient tentés de se laisser convaincre par ces nouvelles conditions posées par un belligérant non étatique.

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Le ministre rwandais des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe ne veut pour sa part pas entendre parler de ce texte qu’il présente comme « une tentative de manipulation ». « On est lié par les accords qu’on a signés. Toute autre volonté d’ajouter des conditions qui tentent de présenter les FDLR comme partie de cet accord est inacceptable. Ce serait remettre en cause le sens du texte signé à Washington ». Et le chef de la diplomatie rwandaise d’ajouter : « L’accord de Washington est un bon texte. Si tout ce qui s’y retrouve est mis en œuvre, on peut vraiment espérer aller vers la paix et la prospérité dans la région des Grands Lacs ».

Pas une première

Contacté sur le contenu de ce protocole, Bob Kabamba, politologue et professeur à l’ULiège explique : « Ce n’est pas une première. Il faut se replonger dans l’histoire des FDLR pour comprendre la dynamique. » Et de remonter en juillet 2000, à l’époque de Laurent-Désiré Kabila. « C’est lui qui est à l’origine de la création des FDLR. Il va démanteler les mouvements ALiR (Armée de Libération du Rwanda, NdlR) étroitement liés aux génocidaires rwandais. Il faut se souvenir que la rupture est consommée entre Kigali et Kinshasa depuis juillet 1998. À ce moment-là, ALiR, mouvement essentiellement militaire, est devenu un problème pour Laurent-Désiré Kabila qui cherchait un mouvement qui pourrait faire pression politique sur le pouvoir de Kigali. À l’origine, les FDLR sont donc une force pro-démocratie, pro-droits de l’homme. Mais le mouvement va vite reprendre les armes et va devenir une source d’instabilité. Le nouveau protocole offre en fait une autodissolution des FDLR. Ce n’est pas imaginable et ce ne sera jamais acceptable par Kigali qui n’a pas oublié ALiR et la naissance des FDLR – toujours soutenus à bout de bras par Kinshasa aujourd’hui. Or, avec ce texte, on peut imaginer repartir sur un scénario identique avec l’apparition, demain, d’un autre groupe issu de cette dissolution. »

Tant le ministre Nduhungirehe que M. Kabamba mettent en avant « l’idéologie génocidaire des FDLR ». « Elle est plus grave que les FDLR eux-mêmes, ajoute Bob Kabamba. Ils ne sont aujourd’hui que 2 000 ou 3 000, ils ne peuvent donc pas mettre en danger le régime rwandais. Mais l’idéologie extrémiste qu’ils portent continue de cibler une communauté spécifique pour l’anéantir et justifie la violence comme une fin légitime. Ce protocole ne résout rien ».