Le palmarès des Mangrove Photography Awards 2026 a été dévoilé. Ce concours photo célèbre la beauté et la fragilité des mangroves, ces espaces naturels remarquables particulièrement menacés.
À l’avant-veille de la Journée internationale pour la conservation de l’écosystème des mangroves, les lauréats des Mangrove Photography Awards 2026 ont été annoncés le 24 juillet, par le Mangrove Action Project (MAP), association organisatrice et leader mondial de la conservation des mangroves menée par les populations locales.
Photographes professionnels de renommée internationale, les Américaines Karine Aigner, Morgan Heim ainsi que leur compatriote Steve Winter, la Hongroise Esther Horvath, l’Indien Dhritiman Mukherjee, et la Thaïlandaise Pier Nirandara, le jury d’experts a examiné 5.258 candidatures provenant de 87 pays pour parvenir à établir le palmarès de cette 12e édition.
Le grand gagnant du concours est l’Indien Gaurav Patil. Il a été couronné du titre de Photographe de mangrove de l’année pour une extraordinaire photo d’un filet de pêche «fantôme» brillant sous la lumière ultraviolette, emmêlé dans une mangrove sur le rivage balayé par les marées de Nandgaon, un village situé au sud de Bombay, en Inde. Alors que l’impact des filets fantômes sur la vie marine en pleine mer est de plus en plus documenté, cette image permet d’observer leur accumulation dans les écosystèmes de mangroves notamment sur la côte indienne. Les mangroves se situent à la jonction entre la terre et la mer, ce qui signifie qu’elles peuvent finir par recevoir des déchets provenant des deux côtés.
«Les forêts de mangrove ne couvrent qu’environ 0,1% de la surface de la Terre et pourtant elles jouent un rôle bien plus important dans nos vies que vous ne le pensez. En effet, elles constituent des nurseries et des habitats essentiels pour la faune sauvage, stockent cinq fois plus carbone que les forêts continentales et protègent et font vivre des millions de communautés côtières», a déclaré Leo Thom, fondateur du concours.
grand gagnant – photographe de mangrove de l’année
«Tangled glow : When life meets the ruins» © Gaurav PATIL/Mangrove Photography Awards
«Capturée grâce à une exposition aux UV de 13 secondes, cette image révèle une crise environnementale méconnue, celle des filets de pêche abandonnés ou perdus en mer qui se retrouvent emportés par les courants pour se retrouver piégés dans les mangroves, transformant ces barrières côtières vitales en véritables nids à déchets invisibles et dévastateurs pour la biodiversité», a déclaré Gaurav Patil.
«Je suis tombé sur cette zone de mangrove particulière où des filets de pêche fantômes se retrouvaient piégés à marée haute. Après avoir été jetés ou perdus par les bateaux de pêche, ils sont emportés par les courants océaniques qui les ramènent vers la côte. Cela fait plusieurs années que je les observe se coincer dans les mangroves, et j’ai voulu documenter ce phénomène de manière artistique afin d’attirer l’attention du public», a-t-il ajouté.
1er prix – catégorie humains – conservation et restauration
«Seeds of hope from a coastal village» © Garry LOTULUNG/Mangrove Photography Awards
«Pasijah, 56 ans, replante des jeunes pousses à côté de sa maison inondée à Bedono, dans le district de Demak, dans la province de Java central, en Indonésie. Elle est l’une des dernières habitantes à être restée sur place après le départ de plus de 200 familles, le village ayant été submergé par la montée du niveau de la mer et l’affaissement du sol. Elle plante de la mangrove depuis 2000, ayant vu les rizières de sa famille se transformer en étangs, puis disparaître. En 2021, son fils et elle ont planté 15.000 jeunes plants en une seule journée ; dès le lendemain matin, les vagues les avaient tous emportés», a expliqué Garry Lotulung, photojournaliste indonésien.
1er prix – catégorie paysages – depuis le ciel
«MangueBeat» © Lucas GONÇALVES GARCIA/Mangrove Photography Awards
«Vue aérienne de la rivière Tejipió à Recife, au Brésil, qui sépare les bassins d’élevage de crevettes gérés par les habitants de l’Ilha de Deus — dont beaucoup tirent leur subsistance de la santé de cet écosystème — d’une partie de la forêt de mangrove partiellement remblayée pour créer une zone réservée à la Marine brésilienne. Les différentes couleurs des bassins reflètent les différentes étapes et profondeurs de l’élevage de crevettes», a indiqué Lucas Gonçalves Garcia, photographe brésilien.
1er prix – catégorie faune – mammifères
«Where the Mangroves begin» © Kallol MUKHERJEE/Mangrove Photography Awards
«Deux jeunes chats de la jungle appelés aussi chats des marais émergent de la dense forêt de mangroves de la Sundarban Tigers Reserve, en Inde. Un aperçu rare de la faune plus petite et moins connue qui partage ce paysage soumis aux marées avec les tigres de la réserve, et qui survit malgré la boue instable, l’eau salée et les inondations quotidiennes liées aux marées», a déclaré l’Indien Kallol Mukherjee, photographe animalier autodidacte.
1er prix – catégorie faune – oiseaux
«March of the Flamingos» © Mark Ian COOK/Mangrove Photography Awards
«Un petit groupe de flamants roses des Caraïbes observe un jeune requin-citron tout en cherchant un habitat propice à la recherche de nourriture dans les eaux peu profondes bordées de mangroves de la baie de Floride, au sud-est des Etats-Unis», a dit le Britannique Mark Ian Cook. Ecologiste, scientifique aviaire émérite, spécialisé dans la restauration, c’est aussi un brillant photographe puisqu’il a remporté le Mangrove Photography Awards l’année dernière.
1er prix – catégorie menaces
«Red Mangrove Harvest» © Zafer KIZILKAYA/Mangrove Photography Awards
«L’exploitation illégale des mangroves rouges dans les Sundarbans, au Bangladesh — site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO — abrite environ 125 tigres du Bengale. La faiblesse des mesures de contrôle permet à ce commerce de se poursuivre, alimentant ainsi l’industrie locale du charbon de bois, favorisant la déforestation et exacerbant le taux élevé de conflits entre les humains et les tigres dans la région, notamment parmi les ramasseurs de bois», a alerté Zafer Kizilkaya, biologiste et photographe turc.
1er prix – jeune photographe de mangrove de l’année
«Adaptation» © Katanyou WUTTICHAITANAKORN
«Dans les forêts de mangroves où les proies à sang chaud se font rares, certains moustiques se sont adaptés pour se nourrir à la place de gobies à sang froid comme ce périophthalme rayé d’argent, capturé alors que je cherchais à découvrir ce qui alimentait l’importante population de moustiques de la forêt», a commenté le Thaïlandais Katanyou Wuttichaitanakorn, désigné Jeune Photographe de Mangrove de l’Année, catégorie réservée aux candidats âgés de 23 ans ou moins.
1er prix – catégorie faune – autres espèces
«Seeking Refuge in the Mangroves» © Evan COOPER/Mangrove Photography Awards
«On aperçoit une jeune tortue verte cherchant refuge dans une forêt de mangroves, peu profonde des Bahamas, au coucher du soleil, à marée haute. À mesure que le niveau de l’eau monte et que la marée monte, les racines des mangroves passent d’une simple zone tampon stérile à un écosystème florissant abritant des tortues marines, des crustacés, des poissons et bien d’autres espèces. Au vu de sa taille, cette tortue vient probablement d’arriver ici depuis la mer de Sargasse. La forêt de mangroves offre un abri aux petites tortues vertes comme celle-ci contre les requins-tigres et autres prédateurs», a détaillé l’Américain Evan Cooper. Photographe et vidéaste sous-marin, il travaille pour Sea Turtle Conservancy, la plus ancienne organisation mondiale de conservation des tortues marines, basée en Floride.
1er prix – catégorie paysages – noir et blanc
« Footprint of the Earth» © Abijith SOMAN/Mangrove Photography Awards
«Au Kerala, dans le sud de l’Inde, une île en forme d’empreinte de pied émerge des « backwaters », zone aquatique formée de lagunes et de canaux située près de la mer d’Arabie. Bon nombre de ces îles étaient autrefois recouvertes de forêts de mangroves avant d’être défrichées pour faire place à des plantations de cocotiers ; sur certaines, les mangroves reprennent aujourd’hui possession de ce terrain. Un signe discret qui témoigne du retour de la nature dans les zones où elle avait disparue», a déclaré le photographe naturaliste indien Abijith Soman.
1er prix – catégorie sous l’eau
«Feeding grounds under the canopy» © Erwan TREGAROT/Mangrove Photography Awards
«Des vivaneaux sardes grises chassent au sein d’un banc de poissons-appâts sous la canopée des mangroves du Lac Bay, à Bonaire, île néerlandaise de la mer des Caraïbes située au large du Venezuela. Cette scène a été capturée lors d’une campagne de suivi des poissons, alors que les rayons de soleil de midi révélaient des interactions prédateur-proie habituellement dissimulées dans ces forêts submergées. Cela nous rappelle que les célèbres récifs de Bonaire dépendent des mangroves qui les abritent et les nourrissent», a expliqué le Français Ewan Trégarot, chercheur et photographe sous-marin.
1er prix – catégorie histoires (portfolio)
Autrefois, le front de mer de Bombay était l’un des plus emblématiques de l’Inde. © Nicolò BRUGNARA/Mangrove Photography Awards
Le portfolio «Pillars in the sea» de l’Italien Nicolò Brugnara, dont sont extraites ces six images, est le résultat d’un projet à long terme qui montre comment une nouvelle route côtière à Bombay, en Inde, accentue le fossé entre riches et pauvres, et marginalise davantage les communautés autochtones tout en remodelant le fragile écosystème côtier de la ville, le tout au nom du développement.
La mangrove est brûlée pour dégager des terrains côtiers convoités par la spéculation foncière. © Nicolò BRUGNARA/Mangrove Photography Awards
L’abattage de 45.000 arbres a été autorisé dans le cadre du projet de route côtière. © Nicolò BRUGNARA/Mangrove Photography Awards
La nouvelle route côtière de Bombay, d’un coût de 1,4 milliard d’euros, construite principalement pour les voitures particulières, est devenue l’un des conflits les plus emblématiques de l’Inde entre développement et climat.
La mangrove constitue la principale barrière anti-inondation de la ville. © Nicolò BRUGNARA/Mangrove Photography Awards
Des centaines de personnes manifestent à Charkop, contre le projet de route côtière. © Nicolò BRUGNARA/Mangrove Photography Awards
Elle menace 75% de la forêt de mangroves de Manori Creek et provoque le déplacement des Koli, la communauté autochtone côtière de Bombay, dans une ville où la plupart des habitants dépendent encore des transports en commun. Une décennie de travaux de restauration, menée entre 2012 et 2022, s’est soldée par un échec sur 52% des sites, malgré plus de 5 millions de dollars investis et ceux qui dénoncent cette destruction font désormais l’objet de menaces pour avoir agi ainsi.
Une vieille dame prie au milieu des poissons mis à sécher sur les claies en bambou. © Nicolò BRUGNARA/Mangrove Photography Awards1er prix – paysages – depuis le ciel
«Beneath Ancient Light» © Ryuhei SUGURI/Mangrove Photography Awards
«Sous la Voie lactée, un arbuste solitaire se dresse dans les eaux peu profondes soumises aux marées, son reflet immobile à marée basse — un mariage serein entre la lumière ancestrale des étoiles et l’un des écosystèmes côtiers les plus essentiels de la Terre», a affirmé Ryuhei Suguri, photographe japonais.
1er prix – humains – moyens de subsistance
«String of Crabs» © Roosevelt CASSIO/Mangrove Photography Awards
«Dans le delta du Parnaiba au Brésil, un pêcheur montre sa prise du jour : un lot de crabes que l’on appelle localement « corda », vendus environ 20 réals au Brésil», a dit le photographe brésilien Roosevelt Cassio.