Depuis ce printemps, vous apparaissez sur nombre de scènes bretonnes. Pas trop le tournis ?

L’été est en effet très dense mais le rythme était encore plus effréné en mai et juin, même si les scènes étaient plus petites que celles des Charrues ou du Boudu. Quand on arrive sur ces grands festivals, on réalise combien tout est décuplé mais, en soi, notre show est bien préparé. Qu’il ait lieu sur la scène de l’Améthyste , à Crozon (29), du Novomax, à Quimper, ou des grandes scènes, on est en place. On a travaillé pour. Mais, oui, on a la tête dans le guidon, on n’a pas le recul. À la fin de l’été, on se dira : wouah ! Charrues, Bout du monde, c’était incroyable !

Sur scène, vous recevez le renfort d’une DJ, Youna Richard, alias Yourica, mais vous avez aussi beaucoup travaillé la lumière. En quoi était-ce essentiel ?

En ayant vu beaucoup de concerts de rap, nous avons réalisé à quel point la lumière habillait la musique. Beaucoup de spectateurs ne comprennent pas nos paroles en breton, alors une création lumière spécifique permet d’habiller un morceau, de nourrir un son…

Le flow s’adapte à l’accent tonique. Ça apporte une particularité au rap en breton, et pas qu’au rap d’ailleurs.L’accent tonique de la langue bretonne et le « flow » rap se marient bien ?

Le flow s’adapte à l’accent tonique. Ça apporte une particularité au rap en breton, et pas qu’au rap d’ailleurs. Quand on écoute Emezy (duo féminin de R’n b breton, NDLR) chanter, on remarque qu’elles respectent aussi l’accent tonique, dans leur style à elles.

À force de concerts, avez-vous tous les deux gagné en complémentarité sur scène ?

D’abord, avant de faire de la scène, on était copains depuis les bancs du lycée Diwan de Carhaix. Et c’est cette amitié qui, je crois, se ressentait sur scène. Mais on ne peut pas se dire tout le temps : on y va au talent (rires) ! Alors, nous avons fait deux résidences tournées vers la scénographie, au Novomax de Quimper et à centre culturel de Vitré (35). En revanche, nous n’avons jamais travaillé avec un coach scénique. On aime garder la fraîcheur. On est assez sportifs aussi (tous deux sont joueurs de foot gaélique, NDLR). On essaie de faire quelque chose de dynamique, de vivant, mais c’est « freestyle », même si on a des moments clés, en lien avec le travail de la lumière.

Gweltaz, vous êtes passé par le bagad de Plabennec, Kadvael par le kan ha diskan. Il fallait ces étapes pour aboutir à Plouz & Foen ?

Gweltas : Le bagad a été mon école musicale mais à quel point il m’a nourri, difficile de le savoir.

Kadvaël : Pour le rapport au phrasé, à la scène, oui, mais le kan ha diskan est assez différent. Disons que ça fait partie de nos parcours. On s’est tout autant nourri de rencontres avec d’autres rappeurs mais on est fiers d’être passé par là. Ça nous a ancré dans la musique bretonne, et c’est en ce sens que nous aussi faisons de la musique bretonne, pas de la musique traditionnelle, mais de la musique de Bretagne.

On s’est dit que si nous ne devions faire qu’un album, autant faire un bon délire.Votre album « D’an Neb a Glevo » (« À bon entendeur », NDLR) a été construit comme un album conceptuel, avec un narratif autour d’un personnage londonien qui trouve une cassette. Osé, non ?

On a kiffé de le faire ! Et on s’est dit que si nous ne devions faire qu’un album, autant faire un bon délire. Ça nous donnait aussi beaucoup de liberté et il y avait l’envie de remettre « l’objet album » au centre de la démarche. Nous avons été influencés par les albums concept des groupes de rap américains des années 90 et 2000, comme ceux des Fugees, du Wu Tang Clan, ou, en France, comme l’album « Dans ma bulle », de Diam’s, ou ceux de Laylow ou PLK.

L’hymne de la Redadeg 2026, composé avec Nolwenn Korbell, est-ce une fierté, une façon de payer votre dû à la langue bretonne ?

Participer au plus grand événement culturel pour la langue bretonne, c’était vraiment important. C’est une fierté de l’avoir fait, qui plus est avec Nolwenn Korbell, dont on écoute la musique depuis tout petits. Ça s’est fait facilement. Quand on l’a appelée, elle était partante dès la première seconde. Elle nous a donné de la force. On a trouvé un terrain qui n’était ni notre style, ni le sien. On ne savait pas si le morceau allait plaire… Il est très écouté dans les écoles, les collèges… Que les élèves chantent un morceau qu’on a écrit, c’est marrant.

Krismenn vous avait précédés et, aujourd’hui, les groupes de rap en breton se multiplient dans votre sillage…

Oui, on voit beaucoup de jeunes bretonnants se mettre au rap. C’est une super nouvelle. Peut-être un peu grâce à nous, mais si on n’avait pas été là, ils auraient existé quand même. Il ne faut pas croire qu’on a ouvert une porte. Ça donne forcément des idées, ils se disent que c’est possible, mais ils tracent naturellement leur propre chemin.

Au bout du Monde, vous jouerez entre Puuluup (Estonie) et Poplitê (Nordeste brésilien). Ça vous va ?

Ça nous va très bien. On fait du rap, certes en breton, mais c’est du rap, un style de musique international.

Pouvez-vous citer quelques-uns de vos artistes de référence ?

Gweltaz : Le rappeur américain Tyler, the Creator et Travis Scott.

Kadvael : Stupeflip, A tribe called Quest – pour moi le meilleur groupe de rap -, et en fin de soirée, on revient toujours à Denez Prigent. Il y a aussi Yann Tiersen, dont la musique dégage beaucoup de bretonnité, sans qu’elle suive les codes de la musique trad. Nos parents ont aussi beaucoup écouté Zebda. Leur album « Essence ordinaire », je le connais par cœur.

Vous jalonnez votre set de messages antiracistes et antifascistes. Ce combat contre l’extrême droite est important pour vous ?

En Bretagne, on a longtemps cru qu’on était préservé de l’extrême droite. Aujourd’hui, on la sent monter. On voit s’installer, à Pléguien (22), la brasserie Kerfave, portée par Erik Tegnér, qui envisage de créer un trimestriel sur la culture bretonne… Ça nous inquiète beaucoup. On a la chance d’être sur les scènes. Ça nous paraît normal de nous positionner. On voit les spectacles annulés par les mairies d’extrême droite, comme à Castres, en juin. Si l’extrême droite arrive au pouvoir, toute la culture sera impactée. Et le rap était, au départ, une musique très politique. On s’inscrit dans cette lignée originelle. On veut militer pour un monde meilleur.