Un « ticket d’entrée » revu à la baisse ?

Pour rappel, le gouvernement est à la recherche de plusieurs milliards pour financer notamment les efforts d’investissement dans le domaine de la défense. La piste d’une cession d’une tranche de 20 % de Belfius à des investisseurs privés pourrait rapporter de l’ordre de 2 milliards d’euros. Mais cette opération est politiquement très sensible : on l’a encore vu cette semaine avec les échanges tendus entre Georges-Louis Bouchez, qui exige des « garanties » sur le rapprochement entre Belfius et Ethias, et d’autres membres de la majorité Arizona qui estiment que le président du MR met « la charrue avant les bœufs ».

La question de la valorisation de Belfius est également un enjeu complexe. La volonté du gouvernement de fermer la porte à l’intérêt de banques étrangères pour entrer dans le capital de Belfius pour privilégier des fonds et des « Family offices » pourrait ainsi abaisser le « ticket d’entrée » dans Belfius. Ces futurs investisseurs privés ne s’inscriront en effet pas en principe dans une logique de long terme, contrairement à un acteur du secteur qui inscrirait, lui, sa démarche dans un projet industriel. Et exigeront dès lors très probablement un prix plus bas pour dégager au moment de la revente de leurs actions Belfius une belle plus-value.

2 % de BNP Paribas rapporterait plus de 2 milliards

Dans ces conditions, certains observateurs s’interrogent donc sur l’opportunité d’activer un « plan B » qui consisterait à mettre en pause le dossier Belfius-Ethias, le temps de faire retomber la pression, pour donner la priorité à la vente d’actions BNP Paribas.

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Pour rappel, l’État détient encore aujourd’hui, via son bras financier la SFPI (NdlR : Société Fédérale de Participations et d’Investissement), 5,5 % du capital de la banque française. Une participation, réduite au fil du temps et qui est l’héritage de la reprise par la banque française de l’ex-Fortis Banque, emportée par les crises financières de 2008 et 2011.

La capitalisation boursière de BNP Paribas tourne actuellement autour de 116 milliards d’euros.

Une telle opération pourrait avoir du sens sur le plan strictement financier. Elle permettrait à l’Etat belge de profiter de la belle envolée du cours boursier de BNP Paribas qui a progressé de 30 % depuis un an, porté par l’intérêt des investisseurs pour les valeurs bancaires. Le calcul est vite fait : la capitalisation boursière de BNP Paribas tourne actuellement autour de 116 milliards d’euros. La participation de l’État dans la banque française a donc une valeur potentielle de l’ordre de 6,38 milliards d’euros. Il suffirait donc que l’État belge vende sur le marché 2 de ses 5,5 % pour récolter plus de 2 milliards d’euros, le même montant que celui qui serait obtenu par la vente de 20 % de Belfius.

Une opération qui ne s’improvise pas

Une telle vente pourrait également se justifier d’un point de vue stratégique. La Belgique, deuxième actionnaire institutionnel de BNP Paribas, n’a plus vraiment son mot à dire dans la gestion ou la stratégie de la maison-mère de BNP Paribas Fortis. L’État belge ne dispose ainsi plus de siège au conseil d’administration de BNP Paribas. Cette participation est donc devenue purement « financière » et a vocation, tôt ou tard, à être vendue, même si elle permet encore aujourd’hui à l’État belge de garder un pouvoir d’influence sur le sort de la filiale belge, premier acteur bancaire du pays.

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Mais attention, même si le gouvernement devait décider de céder un bloc d’actions BNP Paribas – ce qui n’est pas officiellement sur la table pour le moment – une telle opération ne se ferait pas aussi facilement. Elle devrait être soigneusement préparée, accompagnée par des professionnels de la finance et répartie dans le temps. Car le risque est évidemment que la mise sur le marché d’une quantité massive de titres BNP Paribas ne déstabilise ce même marché et ne tire le cours de l’action bancaire vers le bas.

Bref, si une telle opération venait à voir le jour – indépendamment ou pas des grandes manœuvres en cours d’élaboration autour de Belfius et Ethias – elle devrait faire l’objet d’intenses tractations entre le gouvernement et le management de la banque française. Encore une fois, ce scénario n’est pas actuellement sur la table mais rien ne dit que l’idée ne risque pas de faire son chemin au gré des passes d’armes politiques et médiatiques sur le dossier Belfius-Ethias.