Le Festival est encore là, les cours d’été aussi, avec des concerts donnés tant par les stars que par les jeunes pousses et, si certaines soirées ont encore lieu à Genval, la plupart se font au Monastère de Fichermont, lieu historique (et pas seulement parce que Sœur Sourire y composa son fameux Dominique) perdu au milieu du champ de bataille de Waterloo. C’est là en effet que Musica Mundi a élu domicile depuis 2018, avec le soutien de l’Archidiocèse de Malines-Bruxelles et surtout grâce à l’incroyable détermination de la pianiste Hagit Hassid-Kerbel (une foi dans son projet à déplacer les montagnes et une efficacité redoutable) et de son mari le violoniste Leonid Kerbel.
Grigory Sokolov, dont les récitals remplissent chaque année la grande salle du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, a fait de l’ancienne chapelle de Fichermont reconvertie en salle de concert son autre point de chute régulier en Belgique : jeudi, le pianiste russe – qui est sinon réticent à l’exercice des concerts filmés – avait même mandaté caméras et micros pour capter son récital en vue d’un futur DVD. Et, s’il ne donne pas de cours à proprement parler, il prit le temps de rencontrer les jeunes musiciens à l’issue d’une soirée à rallonge : c’est que, fidèle à son habitude, le pianiste russe accorda pas moins de six rappels (dont Brahms et Chopin) à l’issue d’un concert déjà copieux réunissant Beethoven (sonate n° 4 en mi bémol majeur et bagatelles opus 126) et Schubert (sonate dite posthume en si bémol majeur D. 960).
Gardien de la tradition
À 76 ans, Sokolov est probablement le représentant le plus emblématique, voire le gardien, d’une tradition pianistique remontant au XIXe siècle. Insubmersible et immarcescible. Son allure d’abord : frac impeccable, chemise amidonnée à col cassé, gilet brodé, souliers vernis, tout y est, jusqu’au double toupet de cheveux blancs que le temps a formé sur son crâne. Mais aussi la façon d’être et de jouer : une virtuosité souveraine (qui n’empêche pas, forcément, l’une ou l’autre infime irrégularité rythmique çà et là), un visage austère qui contraste avec la maîtrise des déchaînements sonores, pas de communication au public autre que musicale (il faut reconnaître ou deviner les rappels !) et, dans la façon d’aborder les œuvres, rien de ludique, rien d’anecdotique : pas de place pour la légèreté, la gravité est de mise. Une forme de respect absolu des compositeurs.
Prochains concerts : Jeunes talents les 25 et 26 et, lundi 27, Maxim Vengerov et Sergio Tempo ; www.musicamundi.org