Orelsan a embarqué vendredi soir le public de Paléo dans une vaste fresque mêlant monstres, armure magique et démons intérieurs. Adapté de son film ‘Yoroï’, le show brouille les frontières entre musique et cinéma grâce à une scénographie spectaculaire qui a conquis le public de la plaine de l’Asse.

Après avoir plongé le public dans le noir, c’est à travers les écrans géants que débute le concert d’Orelsan vendredi soir vers 23h40. Tel le début d’un film d’action, on le voit, en direct, arriver à vive allure sur une voiturette, alors que des combats font rage sur le chemin qui le mène en direction de la Grande scène. Sur le titre ‘Yoroï’, cette ouverture scénarisée d’une grande intensité donne le ton de ce concert présenté peu avant sur les écrans comme une adaptation du film du même nom que le rappeur a sorti en automne dernier.

Mais avant d’immerger entièrement les spectateurs dans l’histoire de ‘Yoroï’, Orelsan propose, une fois arrivé sur scène, de « revenir aux bases » et interprète deux anciens titres parmi ses plus gros succès: ‘Basique’ et ‘La quête’.

Comme dans un film

Porté ensuite par une scénographie résolument cinématographique — cameraman qui suit le chanteur sur scène, voix off, combats, décor et travail visuel en temps réel sur les images projetées — Orelsan embarque le public dans le récit de ‘Yoroï’. Ce film raconte l’histoire d’un musicien, alter ego du rappeur, qui part s’installer au Japon avec sa femme enceinte et se retrouve confronté à ses peurs les plus intimes, entre angoisses liées à la paternité, doutes et passage à une nouvelle étape de sa vie.

A l’aide de plusieurs chansons (‘Le pacte’, ‘Ailleurs’, ‘Boss’) tirées de son dernier album-concept ‘La fuite en avant’, conçu comme la bande-son de son film, on le voit quitter la France à bord d’une camionnette chargée de bagages, s’installer au Japon, puis découvrir dans le puits de sa nouvelle maison une mystérieuse armure dont il ne peut plus se défaire.

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Combattre ses démons intérieurs

Avec cette armure sur lui, le rappeur normand dit « avoir l’impression d’être dans le passé » avant d’enchaîner avec un medley d’anciens tubes rappelant les différentes étapes de sa vie. Ses fans de la première heure n’hésitent pas à donner de la voix sur ‘Pour le pire’, ‘Jimmy Punchline’, ‘Le chant des sirènes’, ‘A l’heure où j’me couche’, ‘La pluie’ et ‘Rêves bizarres’.

Et c’est en duo avec le rappeur Yamê – qui était programmé plus tôt dans la soirée sur cette même Grande scène – qu’il entame ‘Encore une fois’, chanson dans laquelle la voix de Yamê lui rappelle ses failles et ses anciennes addictions, illustrant la difficulté de se défaire de son passé et de ses démons.

Quelques chansons plus tard, le rappeur subit une nouvelle transformation. Il est désormais OrelSama, double fantasmé puissant et intrépide, mais qui possède aussi une noirceur inquiétante. Un personnage qui n’hésite pas à provoquer et insulter à la fois son double Orelsan, mais également le public. « Fermez vos gueules, c’est fini Orelsan, maintenant c’est Sama », déclame-t-il avant d’ajouter: « Je prends le contrôle du concert ».

Continuant d’égrainer des chansons de son dernier album (‘Sama’, ‘Soleil levant’, ‘Les monstres’, ‘Athéna’), le chanteur finit par redevenir lui-même et retrouver une certaine sérénité. Les couleurs sur scène se font plus chaudes et Orelsan propose ‘Jour meilleur’ et ‘Epiphanie’ en guise de conclusion à ce voyage introspectif qui n’était pas de tout repos.

Le public a répondu présent pour le concert d'Orelsan vendredi soir au Paléo Festival. [Paléo Festival 2026 - Lucie Gertsch] Le public a répondu présent pour le concert d’Orelsan vendredi soir au Paléo Festival. [Paléo Festival 2026 – Lucie Gertsch] Plus qu’un simple concert

En guise de rappel, il reviendra avec deux de ses plus grands succès: ‘La terre est ronde’ durant laquelle il descendra dans la fosse pour signer de nombreux autographes, puis ‘Du propre’ afin de « continuer à faire la fête ».

Avant de mettre fin définitivement à l’ultime concert de sa tournée d’été, Orelsan remercie encore toute son équipe technique et artistique ainsi que Paléo et… Lausanne. Suite à quelques sifflets venant du public, il se rattrape en montrant ses connaissances géographiques de la Suisse romande, en citant Genève, Nyon, Vevey, Neuchâtel et même Saint-Saphorin.

Un spectacle généreux, intense, immersif et ambitieux durant lequel Orelsan a fait son cinéma, au point parfois de reléguer la musique au second plan. Reste que c’est parfaitement maîtrisé et que cela n’a pas empêché le rappeur, dont c’était le cinquième passage au Paléo, d’être en interaction avec le public qui, au moment de quitter la plaine de l’Asse, avait le sentiment d’avoir assisté à bien plus qu’un simple concert.

Andréanne Quartier-la-Tente

49e édition du Paléo Festival de Nyon, du 21 au 26 juillet 2026.

A consulter, notre dossier consacré au Paléo Festival de Nyon.