« C’est une vraie expérience humaine », résume Paloma, approuvée par ses neuf camarades. Depuis plus de deux semaines, ces dix jeunes en master d’architecture à Marseille vivent et travaillent dans le foyer d’hébergement de l’Adapei, à Ajaccio, au côté des vingt-neuf résidents habituels, tous adultes en situation de handicap.

Leur mission : transformer les espaces extérieurs du bâtiment, où se trouve aussi un accueil de jour pour vingt autres personnes, et les adapter aux besoins des usagers. « On a fait des ateliers, on a beaucoup discuté pour comprendre les envies de ceux qui vivent ici. On a fait des propositions, puis des maquettes avec les résidents, tout devait obtenir leur feu vert », explique une jeune architecte.

Maquette du bâtiment avec ses futures ombrières, réalisée par les étudiants en architecture avec l'aide des résidents.Maquette du bâtiment avec ses futures ombrières, réalisée par les étudiants en architecture avec l’aide des résidents. Fanny Hamard

Parmi les besoins exprimés par les habitués des lieux, figuraient l’envie d’ombrager les terrasses, impraticables à partir de 10 heures à cause du soleil, ou encore d’aménager un coin fumeurs confortable en extérieur. Tous ont pu mettre la main à la pâte : peindre une fresque murale, déblayer, couper et assembler les morceaux de bois des futurs bancs, découper les tissus pour l’ombrière, choisir les essences de la jardinière… Les tâches étaient diverses.

Transmettre un savoir

Olivier, habituellement serveur à l’Esat, a adoré pouvoir travailler le bois. Il a notamment aidé les architectes à tracer les découpes pour assembler les bancs. « J’adore bricoler », se réjouit-il. Sa prochaine volonté pour l’immeuble ? Plus de plantes… et un labrador !

Olivier, résident au foyer d'hébergement "Casa Toia" a adoré bricoler avec les étudiants en architecture.Olivier, résident au foyer d’hébergement « Casa Toia » a adoré bricoler avec les étudiants en architecture. Fanny Hamard

Jean-Antoine, lui, s’occupe du ménage à l’Esat. Il a – entre autres – participé à la création ambitieuse de la toile d’ombrage composée de différents triangles de tissus. « C’est pas facile mais je serais capable de le refaire et bien volontiers », assure-t-il.

Car le second objectif des jeunes était aussi de transmettre leur savoir-faire. « On voulait faire en sorte que les résidents puissent refaire des sièges ou réparer l’ombrière si besoin », explique l’un d’entre eux.

« Discuter avec ceux qui vivent ici au quotidien, ça permet à l’architecte de viser juste. En plus, des études ont montré que les lieux étaient mieux compris, mieux utilisés et moins dégradés lorsque les habitants ont participé à la construction », explique Laure Bampi, encadrante du projet.

Les ombrières ont été faites en mixant différents tissus, inspirés des parapentes que les résidents du foyer aiment regarder.Les ombrières ont été faites en mixant différents tissus, inspirés des parapentes que les résidents du foyer aiment regarder. Fanny Hamard

Lorsque les locaux de l’internat de l’ancien hôpital de la Miséricorde ont été attribués à l’Adapei, c’est elle qui a été chargée de réhabiliter le bâtiment. Adepte des chantiers participatifs et professeur d’architecture, elle a ensuite lancé ce projet estival avec son association CiN.Archi, financé par la Direction régionale des affaires culturelles de Corse (Drac).

Et elle ne regrette pas. « C’était passionnant d’assister aux échanges entre les résidents et les étudiants. D’un côté les résidents ont appris à verbaliser leurs besoins et de l’autre, les étudiants ont été sensibilisés au handicap. Tout réside d’abord dans la communication dans ce métier. »

Les étudiants ont jusqu’à vendredi 24 juillet pour finir d’installer leurs initiatives, mais, déjà, les résultats commencent à prendre forme. Tous, résidents, étudiants ou personnels, ont hâte de voir enfin l’ombrière projeter les fleurs protectrices du soleil sur les terrasses.